Le Pape demande aux diacres de son diocèse et du monde d’être des sentinelles capables de reconnaître Jésus chez les pauvres

Le Pape s’adresse aux diacres

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20 juillet 2021

«Pas des “demi-prêtres”, ou des prêtres de deuxième classe, ni des “servants d’autel de luxe”», mais «des serviteurs prévenants qui se donneront du mal pour que personne ne soit exclu et pour que l’amour du Seigneur touche concrètement la vie des personnes»: c’est ainsi que le Pape François considère les diacres permanents, et c’est ce qu’il a dit à ceux du diocèse de Rome, reçus en audience avec leurs familles dans la matinée du samedi 19 juin dans la salle des Bénédictions.

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenus! Merci de votre visite.

Je vous remercie pour vos paroles et vos témoignages. Je salue le cardinal vicaire, vous tous et vos familles. Je me réjouis Giustino, que tu aies été nommé directeur de la Caritas: en te regardant je pense qu’elle grandira, tu fais deux fois la taille du père Ben, continue! [rires, applaudissements]. Ainsi que du fait que le diocèse de Rome ait repris l’antique usage de confier une église à un diacre pour qu’elle devienne une diaconie, comme cela a été fait avec toi, cher Andrea, dans un quartier populaire de la ville. Je te salue avec affection, ainsi que ta femme Laura. J’espère que tu ne finiras pas comme saint Laurent, mais continue! [rires].

Etant donné que vous m’avez demandé ce que j’attends des diacres de Rome, je vous dirai certaines choses, comme je le fais souvent quand je vous rencontre et que je m’arrête pour échanger deux mots avec l’un d’entre vous.

Commençons par réfléchir un peu sur le ministère du diacre. La voie -royale à parcourir est celle qui est indiquée par le Concile Vatican ii, qui a entendu le diaconat comme «degré propre et permanent de la hiérarchie». La constitution Lumen gentium, après avoir décrit la fonction des prêtres comme participation à la -fonction sacerdotale du Christ, illustre le ministère des diacres, «auxquels — lit-on — on a imposé les mains non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du ministère» (n. 29). Cette différence n’est pas des moindres. Le diaconat, qui, dans la conception précédente, était réduit à un ordre de passage vers le sacerdoce, retrouve ainsi sa place et sa spécificité. Déjà le seul fait de souligner cette différence aide à surmonter la plaie du cléricalisme, qui place une caste de prêtres «au-dessus» du Peuple de Dieu. C’est le noyau du cléricalisme: une caste sacerdotale «au-dessus» du Peuple de Dieu. Et si l’on ne résout pas cela, le cléricalisme continuera dans l’Eglise. Les diacres, précisément parce qu’ils sont consacrés au service de ce Peuple, rappellent que dans le corps ecclésial, personne ne peut s’élever au-dessus des autres.

Dans l’Eglise doit être en vigueur la logique opposée, la logique de l’abaissement. Nous sommes tous appelés à nous abaisser, parce que Jésus s’est abaissé, il s’est fait le serviteur de tous. S’il y a quelqu’un de grand dans l’Eglise, c’est Lui, qui s’est fait le plus petit et le serviteur de tous. Et tout commence ici, comme nous le rappelle le fait que le diaconat est la porte d’entrée de l’Ordre. On reste diacres pour toujours. S’il vous plaît, souvenons-nous que pour les disciples de Jésus, aimer c’est servir et servir c’est régner. Le pouvoir réside dans le service, pas ailleurs. Et comme tu as rappelé ce que je dis, que les diacres sont les gardiens du service dans l’Eglise, on peut dire par conséquent que ce sont les gardiens du vrai «pouvoir» dans l’Eglise, afin que personne n’aille au-delà du pouvoir du service. Pensez à cela.

Le diaconat, en suivant la voie -royale du Concile, nous conduit ainsi au centre du mystère de l’Eglise. Tout comme j’ai parlé d’«Eglise constitutivement missionnaire» et d’«Eglise constitutivement synodale», ainsi, je dis que nous devrions parler d’«Eglise constitutivement diaconale». En effet, si l’on ne vit pas cette dimension du service, tout ministère se vide de l’intérieur, il devient stérile, il ne produit pas de fruit. Et peu à peu, il se mondanise. Les diacres rappellent à l’Eglise que ce qu’a découvert la petite Thérèse est vrai: l’Eglise a un cœur brûlant d’amour. Oui, un cœur humble qui palpite de service. Les diacres nous rappellent cela lors-que, comme le diacre saint François, ils apportent aux autres la proximité de Dieu sans s’imposer, en servant avec humilité et joie. La générosité d’un diacre qui se dépense sans chercher les premiers rangs a la bonne odeur de l’Evangile, raconte la grandeur de l’humilité de Dieu qui fait le premier pas — toujours, Dieu fait le premier pas — pour aller aussi à la rencontre de celui qui lui a tourné le dos.

Aujourd’hui il faut aussi faire attention à un autre aspect. La diminution du nombre de prêtres a conduit à un engagement prédominant des diacres dans des charges de suppléance qui, tout en étant importantes, ne sont pas spécifiques au diaconat. Ce sont des charges de suppléance. Le Concile, après avoir parlé du service au Peuple de Dieu «dans la diaconie de la liturgie, de la parole et de la charité», souligne que les diacres sont surtout — surtout — «consacrés aux offices de charité et d’administration» (Lumen gentium, n. 29). La phrase renvoie aux premiers siècles, quand les diacres s’occupaient des besoins des fidèles, en particulier des pauvres et des malades, au nom de l’évêque. Nous pouvons puiser aussi aux racines de l’Eglise de Rome. Je ne pense pas seulement à saint Laurent, mais aussi au choix de donner vie aux diaconies. Dans la grande métropole impériale, on organisait sept lieux, distincts des paroisses et répartis dans les municipalités de la ville, où les diacres accomplissaient un vaste travail en faveur de toute la communauté chrétienne, en particulier des «plus petits«, pour que, comme le disent les Actes des apôtres, aucun d’eux ne soit dans le besoin (cf. 4, 34).

C’est pourquoi à Rome, on a cherché à retrouver cette ancienne tradition de diaconie dans l’église de San Stanislao. Je sais que vous êtes bien présents aussi au sein de la Caritas et dans d’autres organismes proches des pauvres. Ce faisant, vous ne perdrez jamais votre boussole: les diacres ne seront pas des «demi-prêtres», ou des prêtres de deuxième classe, ni des «servants d’autel de luxe», non, il ne faut pas prendre ce chemin; ce seront des serviteurs prévenants qui se donneront du mal pour que personne ne soit exclu et pour que l’amour du Seigneur touche concrètement la vie des personnes. En définitive, on pourrait résumer en quelques mots la spiritualité diaconale, c’est-à-dire la spiritualité du service: disponibilité à l’intérieur et ouverture à l’extérieur. Disponibles à l’intérieur, dans le cœur, prêts au oui, dociles, sans axer sa vie autour de son agenda; et ouverts à l’extérieur, avec le regard tourné vers tous, surtout qui est resté à l’extérieur, qui se sent exclu. J’ai lu hier un passage de don Orione, qui parlait de l’accueil des nécessiteux, et il disait: «Dans nos maisons — il parlait aux religieux de sa congrégation — dans nos maisons, tous ceux qui ont un besoin devraient être accueillis, quel que soit le type de besoin, quoi que ce soit, même ceux qui éprouvent une douleur». Et j’aime cela. Recevoir non seulement les nécessiteux, mais celui qui a une douleur. Aider ces personnes est important. Je vous le confie

En ce qui concerne ce que j’attends des diacres de Rome, j’ajoute encore trois brèves idées — mais n’ayez pas peur, je finis bientôt — qui ne sont pas des «choses à faire», mais des dimensions à cultiver. J’attends en premier lieu que vous soyez humbles. Il est triste de voir un évêque et un prêtre qui se pavanent, mais ça l’est encore plus de voir un diacre qui veut se mettre au centre du monde, ou au centre de la liturgie, ou au centre de l’Eglise. Humbles. Que tout le bien que vous faites soit un secret entre vous et Dieu. Et cela portera du fruit.

En second lieu, j’attends que vous soyez de bons époux et de bons pères. Et de bons grands-pères. Cela donnera de l’espérance et de la consolation aux couples qui vivent des moments de fatigue et qui trouveront dans votre simplicité authentique une main tendue. Ils pourront penser: «Regarde un peu notre diacre! Il est content d’être parmi les pauvres, mais aussi avec notre curé, et même avec ses enfants et avec sa femme!». Même avec sa belle-mère, c’est très important! Tout faire avec joie, sans se plaindre: c’est un témoignage qui vaut plus que de nombreuses prédications. Et sans lamentations. Sans se lamenter. «J’ai eu beaucoup de travail, beaucoup…» Rien. Allez, ravalez toutes ces choses. Dehors. Le sourire, la famille, ouverts à la famille, la générosité…

Enfin, troisième [chose], j’attends que vous soyez des sentinelles: non seulement que vous sachiez repérer ceux qui sont loin et les pauvres — cela n’est pas si difficile — mais que vous aidiez la communauté chrétienne à voir Jésus dans les pauvres et dans ceux qui sont loin, tandis qu’il frappe à nos portes à travers eux. Et une dimension aussi, dirais-je, catéchétique, prophétique, de la sentinelle-prophète-catéchiste qui sait voir au-delà et aider les autres à voir au-delà, et voir les pauvres, qui sont loin. Vous pouvez faire vôtre cette belle image que l’on trouve à la fin des Evangiles, quand Jésus demande aux siens de loin: «N’avez-vous rien à manger?» Et le disciple bien-aimé le reconnaît et dit: «C’est le Seigneur!» (Jn 21 ,5.7). Quel que soit le besoin, voir le Seigneur. Ainsi vous aussi vous voyez le Seigneur quand, dans ses nombreux frères plus petits, il demande d’être nourri, accueilli et aimé. Voilà, je voudrais que ce soit le profil des diacres de Rome et du monde entier. Travaillez là-dessus. Vous avez de la générosité et continuez comme cela.

Je vous remercie pour ce que vous faites et pour ce que vous êtes et je vous demande, s’il vous plaît, de continuer à prier pour moi. Merci.