Le Vatican aujourd’hui - La Congrégation pour la doctrine de la foi

Une boussole
pour le chemin de l’Eglise

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20 avril 2021

 

Elle a presque cinq cents ans de vie, mais sa «mission» en a bien davantage et remonte aux origines mêmes de l’Eglise: promouvoir et sauvegarder la foi. Ce qui dans l’imaginaire collectif évoque encore des tribunaux, des procès et des disputes théologiques acharnées — avec des scénarios aux teintes sombres et des atmosphères de romans dans le style du Nom de la rose — n’est autre que le devoir primordial assumé par la communauté des croyants dès le début: la transmission de l’enseignement des apôtres aux générations suivantes. Une tâche qui a traversé les siècles, défiant non seulement les erreurs et les responsabilités des ecclésiastiques eux-mêmes, mais également les préjugés et les stéréotypes qui voient l’Eglise éternellement retranchée dans ses certitudes et sourde à la demande d’espérance contenue dans le cœur de l’homme. Une tâche qui aujourd’hui, dans le service au Pape et à sa mission universelle, est prise en charge de manière particulière par la Congrégation pour la doctrine de la foi.

C’est le dicastère le plus ancien de la Curie romaine. Et cela nourrit certainement les lieux communs et également les «légendes» liées aux épisodes longs et complexe qu’il a traversés. Heureusement, la compré-hension correcte du passé, et en con-séquence également du présent, est également favorisée par une nouvelle recherche documentaire qui s’appuie depuis plus de vingt ans, entre autres, sur l’ouverture de ses archives historiques aux chercheurs, qui a été décidée par le cardinal Joseph Ratzinger — à l’époque préfet — en janvier 1998.

La Congrégation relève donc aujourd’hui les défis du monde contemporain sans complexes ou réticences. Et elle prend en charge les questions et les problèmes toujours nouveaux qui naissent du progrès de la science et de la vie civile, en montrant le visage d’une Eglise qui veut être proche de chaque personne et offrir la «boussole» d’un chemin d’humanité accompli et réalisé à la lumière de la foi. Les temps de l’Inquisition et de l’Index sont loin. C’est la raison pour laquelle ce n’est plus une tâche exclusivement «défensive» ou «punitive» qui revient à ce dicastère: celle-ci est également et surtout accompagnée par une œuvre «positive» de promotion de la beauté de la foi et de soutien à la mission de l’Eglise dans les périphéries humaines et spirituelles, en particulier en défense des plus faibles. Au nombre desquels entrent aujourd’hui de plein droit les mineurs et les personnes vulnérables victimes des terribles délits d’abus, que la Congrégation est appelée à poursuivre, comme avant et même davantage, de manière inflexible et rigoureuse.

Six cardinaux à l’origine d’une histoire


Les origines du dicastère — qui dans son domaine d’action a pour horizon toute l’activité de l’Eglise (liturgie, prédication, catéchèse, vie spirituelle, action œcuménique, doctrine sociale) — remontent au xvi e siècle, quand le Pape Paul iii , avec la bulle Licet ab initio du 21 juillet 1542, institue une Commission de six cardinaux ayant pour charge de veiller précisément sur les questions de la foi. Née des cendres de l’inquisition médiévale préexistante, la Commission, connue sous le nom de «sainte inquisition romaine et universelle» (dont le siège se trouve via di Ripetta), a exclusivement au début le caractère d’un tribunal pour les procès d’hérésie et de schisme, en particulier face à la diffusion des doctrines réformées. C’est Paul iv qui, à partir de 1555, élargit considérablement son domaine d’action, en ajoutant la compétence de juger également des questions morales de différentes natures.

Le dominicain Michele Ghislieri — cardinal inquisiteur général, devenu Pape sous le nom de Pie v — pourvoit en 1566 à doter cet organisme d’un nouveau siège à la place de celui d’origine. Le Pape achète et fait restaurer un édifice situé aux alentours de la basilique vaticane, qui à l’époque est en construction et dont les travaux sont même interrompus dans le but d’accélérer la restructuration du nouveau palais, sur l’actuelle place du Saint-Office où aujourd’hui encore se trouvent les bureaux de la Congrégation. C’est précisément
Pie v qui, en 1571, adjoint à l’Inquisition la «Congrégation pour la réforme de l’index des livres interdits», avec la tâche spécifique d’examiner les œuvres suspectes, de corriger
celles qui, après les interventions de censure nécessaires, peuvent continuer à circuler et de mettre à jour périodiquement la liste des livres interdits. Cette compétence, initialement attribuée à l’Inquisition, est exercée par le nouveau dicastère jusqu’à sa suppression en 1917.

L’élargissement des compétences se poursuit au cours des années. Et ainsi, à la suite de la réforme de la Curie effectuée par Sixte v en 1588, l’activité de l’Inquisition s’étend à tout ce qui peut concerner directement ou indirectement la foi et la morale. Un rôle décisif qui, dans la réorganisation générale du gouvernement central de l’Eglise et de l’Etat pontifical, place la Congrégation dans une position de privilège -absolu.

Il faut arriver aux premières années du xxe siècle pour enregistrer des changements substantiels dans la nature et dans les caractéristiques du dicastère. Tout d’abord, en 1908,
Pie x en réorganise la structure et les fonctions, en transformant son ancien nom en celui de «Sacrée Congrégation du Saint-Office». Suite à la grande réforme de la Curie, lui est ensuite également conféré le titre de «Suprême», qui dérive du fait qu’elle est en premier lieu présidée par le Souverain Pontife lui-même. Quelques années plus tard, en 1917, Be--noît xv , en supprimant la Sacrée Congrégation de l’Index, transfère à nouveau cette compétence relative au Saint-Office, alors qu’il enlève à ce dicastère le domaine des indul-
gences.

Dans le climat de ferment du Concile Vatican II


Presque un demi-siècle plus tard, dans un climat de grand ferment culturel, religieux et social, les pères du Concile Vatican ii sont d’accord sur l’opportunité d’une mise à jour également des dicastères de la Curie romaine, dont la réforme avait été, par ailleurs, l’une des premières intentions de Paul vi . Mais alors que la commission cardinalice spécifique travaille à ce projet, le Pape Montini l’anticipe en réformant, en 1965, le dicastère le plus prestigieux et discuté de la Curie romaine. Il change son nom en celui de «Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi» et en actualise les modes opératoires: sur le caractère «punitif» de la condamnation prévaut celui «positif» de la correction des erreurs, avec la sauvegarde, la préservation et la promotion de la foi. En cette occasion fut également aboli l’Index des livres interdits.

Jean-Paul ii , avec Pastor bonus (28 juin 1988), décide une réorganisation supplémentaire de toute la Curie, en précisant également la fonction, les tâches et les normes de cette même Congrégation pour la doctrine de la foi, à laquelle est assignée la mission «de promouvoir et de protéger la doctrine sur la foi dans tout le monde catholique» (art. 48).

L’organisation actuelle


Chaque dicastère est constitué par un collège de membres — cardinaux et évêques — à la tête duquel se trouve le préfet, qui le dirige et le représente: depuis le 1er juillet 2017, c’est le cardinal jésuite espagnol Luis Francisco Ladaria Ferrer.

Le cardinal est assisté par le secrétaire, S.Exc. Mgr Giacomo Morandi, par deux secrétaires-adjoints, Leurs Excellences NN.SS. Joseph Augustine Di Noia, dominicain, et Charles Jude Scicluna, par le sous-secrétaire, Mgr Matteo Visioli, et par le promoteur de justice, le jésuite Robert
Joseph Geisinger.

A leurs côtés se trouve l’équipe des officiaux (chefs de bureau, «aiutanti di studio», attachés du secrétariat, attachés techniques et «scrittori») répartis dans les bureaux qui composent le dicastère. En tout, y compris les six supérieurs, la Congrégation compte 65 employés, dont 22 sont des laïcs. Dans les 36 restants on compte des prêtres, des consacrés (dont 5 religieux) et une religieuse. Quant à leurs pays d’origine, il s’agit de l’Europe (Italie, Allemagne, Espagne, France, Pologne, Autriche, Malte, Irlande), des Amériques (Etats-Unis, Mexique, Brésil), de l’Asie (Inde et Philippines) et de l’Afrique (Bénin).

Le dicastère est également assisté par trente consulteurs de nomination pontificale, choisis parmi des personnalités de tout le monde catholique qui se sont distinguées par leur compétence doctrinale et leur préparation spécialisée; ce sont des interlocuteurs précieux en ce qui concerne les exigences particulières des diverses cultures. A ces derniers peuvent être adjoints, si la matière le demande, des experts choisis en particulier parmi les enseignants universitaires, qui peuvent également être appelés à participer, si nécessaire, aux réunions de la Consulta.

Un travail distribué dans quatre bureaux


Le travail est distribué dans quatre bureaux. Le premier, le Bureau doctrinal (dans lequel travaillent 13 personnes), se consacre aux matières qui concernent la promotion et la sauvegarde de la doctrine de la foi et de la morale. Le Bureau disciplinaire (avec 19 personnes) traite en revanche les délits contre la foi, ainsi que les délits plus graves (delicta graviora) commis contre la morale et lors de la célébration des sacrements et, en outre, il examine d’autres problèmes liés à la discipline de la foi. C’est là que, sur la base du motu proprio Sacramentorum sanctitatis tutela de 2001 et des Normae de gravioribus delictis (ensuite soumises à diverses modifications entre 2010 et 2019), sont traités les cas d’abus sur les mineurs qui concernent des prêtres ou des religieux: le 16 juillet dernier a précisément vu le jour le Vademecum sur quelques points de procédure dans le traitement des cas d'abus sexuel sur mineurs commis par des clercs, annoncé au cours du sommet de février 2019 au Vatican et conçu comme un instrument pour aider les évêques et les supérieurs religieux à instruire et à gérer les causes qui concernent des diacres, des prêtres ou des membres de l’épiscopat. Il y a ensuite le Bureau matrimonial (qui comprend 3 personnes) qui s’occupe de ce qui concerne le privilegium fidei, en suivant les procès d’annulation de mariages in favorem fidei et, en conséquence, des doutes à propos de la validité du baptême et, en accord avec le Bureau doctrinal, d’autres aspects du lien matrimonial. Enfin, le Bureau de la Quatrième section (qui comprend 5 personnes), auquel ont été transférées les compétences de la Commission pontificale Ecclesia Dei, créée par Jean-Paul ii en 1988, après l’acte schismatique de Mgr Lefebvre, pour favoriser la pleine communion ecclésiale avec les instituts et les communautés liées à la célébration de la liturgie romaine pré-conciliaire, et ensuite supprimée par le Pape François en janvier 2019. A l’organigramme du dicastère s’ajoutent 9 personnes qui travaillent dans les archives, 3 secrétaires, 2 responsables du protocole et du courrier, un agent administratif et quatre huissiers.

Les décisions promulguées par la Congrégation peuvent être, selon la matière traitée, doctrinales ou disciplinaires et, étant donné qu’elles ont une grande valeur, dans certains cas, elles doivent être approuvées par le Pape. Les documents doctrinaux, toujours soumis à l’approbation du Saint-Père, participent donc au magistère ordinaire du Pape.

Au rythme des temps


Pour autant qu’il puisse sembler pédant ou abscons, le travail de la Congrégation avance toujours au -rythme des temps et se mesure à chaque fois avec les résultats toujours nouveaux du débat culturel et théologique le plus récent. L’effort du dicastère est précisément d’identifier, dans le flux des problématiques et des opinions qui apparaissent, les noyaux de pensée et les propositions les plus significatifs. C’est là qu’entre en scène le rôle des experts, chargés d’examiner les thèmes et les questions, en les approfondissant dans leurs racines ultimes et en proposant des évaluations et des lignes d’orientation qui s’inspirent de l’Evangile et de la Tradition catholique.

Les documents publiés après le Concile Vatican ii , qui ont offert des réponses faisant autorité à des questions nouvelles apparues dans des domaines comme ceux de la christologie, de l’ecclésiologie, de l’anthropologie, de la théologie de la libération, de la vocation du théologien, de la doctrine à propos des sacrements et de la morale, ont été recueillis dans l’ouvrage Documenta inde a Concilio Vaticano secundo expleto edita (1966–2005) [Cité du Vaticano, Librairie éditrice vaticane, 2005], et publié sur le site du Vatican (http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith), qui est également la page de référence en ligne, car la Congrégation n’a pas de site internet et elle n’est pas présente sur les réseaux sociaux.

La vie du dicastère, en dépit de l’image «rigide» qui apparaît dans certains stéréotypes médiatiques, est articulée et vivante, rythmée par des colloques, par des sessions d’étude et par une intense correspondance avec les évêques, les nonces, et les supérieurs d’instituts dans le monde entier. Les relations avec les autres dicastères du Saint-Siège deviennent plus intenses à l’occasion de l’élaboration de documents officiels ou de la prise de décisions qui concernent la doctrine de la foi et la vie morale. C’est ainsi que l’on comprend également la présence, auprès de la Congrégation, de la Commission pontificale biblique et de la Commission théologique internationale, qui lui offrent le soutien d’une consultation variée et ponctuelle dans les divers domaines de compétence. Et dans le même temps, grâce à leurs documents, elles aident également le chemin d’approfondissement de la foi de toute l’Eglise.

Maurizio Fontana