Messe du Dimanche de la Divine Miséricorde

Miséricordieux
parce que bénéficiaires
de la miséricorde

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14 avril 2021

Il est difficile de devenir «miséricordieux» sans la conscience d’avoir été bénéficiaires de la miséricorde: c’est ce qu’a dit le Pape François au cours de la Messe célébrée en l’église Santo Spirito in Sassia dans la matinée du 11 avril, deuxième dimanche de Pâques, fête de la Divine Miséricorde. Ont concélébré avec le Pape Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, Mgr Jozef Bart, recteur de l’église, ainsi que des missionnaires de la miséricorde représentant les plus de mille institués au cours du jubilé extraordinaire célébré entre 2015 et 2016. Parmi les personnes présentes figuraient un groupe de détenues et de détenus des prisons romaines de Regina Coeli, Rebibbia et Casal del Marmo, des religieuses hospitalières de la Miséricorde, une délégation d’infirmiers et infirmières du proche hôpital Santo Spirito in Sassia, des porteurs de handicap, une famille de migrants venue d’Argentine, un groupe de jeunes réfugiés provenant de Syrie, du Nigéria et d’Egypte: deux personnes égyptiennes appartenant à l’Eglise copte et un volontaire syrien de la Caritas appartenant à l’Eglise catholique syrienne. Les lectures ont été proclamées par un séminariste institué lecteur, tandis que le service liturgique a été assuré par des jeunes provenant d’une paroisse de la banlieue de Rome. Etaient également présents les bénévoles du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, le dicastère du Saint-Siège chargé d’organiser la célébration, qui est compétent pour tout ce qui a trait à la spiritualité de la Divine Miséricorde. Des bénévoles de l’association nationale des carabiniers ont également prêté leur collaboration. Nous publions ci-dessous l’homélie prononcée par le Pape à cette occasion:

Jésus ressuscité apparaît aux disciples plusieurs fois. Avec patience il console leurs cœurs découragés. Après sa résurrection, il opère ainsi la «résurrection des disciples». Et eux, relevés par Jésus, changent de vie. Avant, de nombreuses paroles et de nombreux exemples du Seigneur n’avaient pas réussi à les transformer. Maintenant, à Pâques, il se passe quelque chose de nouveau. Et cela arrive dans le signe de la miséricorde. Jésus les relève avec la miséricorde — il les relève avec la miséricorde — et eux, bénéficiaires de la miséricorde, deviennent miséricordieux. C’est très difficile d’être miséricordieux si quelqu’un ne se rend pas compte qu’il est bénéficiaire de la miséricorde.

1. Avant tout ils sont bénéficiaires de la miséricorde, à travers trois dons: d’abord Jésus leur offre la paix, puis l’Esprit, enfin ses plaies. En premier lieu il leur donne la paix. Ces disciples étaient angoissés. Ils s’étaient enfermés dans la maison par crainte, par peur d’être arrêtés et d’avoir la même fin que le Maître. Mais ils n’étaient pas enfermés seulement dans la maison, ils étaient aussi enfermés dans leurs remords. Ils avaient abandonné et renié Jésus. Ils se sentaient incapables, bons à rien, mauvais. Jésus arrive et répète deux fois: «Paix à vous!». Il n’apporte pas une paix qui enlève les problèmes du dehors, mais une paix qui répand la confiance à l’intérieur. Pas une paix extérieure, mais la paix du cœur. Il dit: «La paix soit avec vous! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie» (Jn 20, 21). C’est comme s’il avait dit: «Je vous envoie parce que je crois en vous». Ces disciples découragés sont réconciliés avec eux-mêmes. La paix de Jésus les fait passer du remord à la mission. La paix de Jésus suscite en effet la mission. Ce n’est pas la tranquillité, ce n’est pas le confort, c’est sortir de soi. La paix de Jésus libère des fermetures qui paralysent, rompt les chaînes qui retiennent le cœur prisonnier. Et les disciples se sentent bénéficiaires de la miséricorde: ils sentent que Dieu ne les condamne pas, ne les humilie pas, mais croit en eux. Oui, il croit en nous plus que nous croyons en nous-mêmes. «Il nous aime plus que nous nous aimons» (cf. S.J.H. Newman, Meditations and devotions, iii, 12, 2). Pour Dieu, personne n’est mauvais, personne n’est inutile, personne n’est exclu. Jésus aujourd’hui répète encore: «Paix à toi, qui es précieux à mes yeux. Paix à toi, qui es important pour moi. Paix à toi, qui as une mission. Personne ne peut l’effectuer à ta place. Tu es irremplaçable. Et je crois en toi».

Deuxièmement, Jésus fait miséricorde aux disciples en leur offrant l’Esprit Saint. Il le donne pour la rémission des péchés (cf. vv: 22-23). Les disciples étaient coupables, ils avaient fui en abandonnant le Maître. Et le péché tourmente, le mal a son prix. Notre péché, dit le Psaume (cf. 51, 5), est toujours devant nous. Seuls nous ne pouvons pas l’effacer. Seul Dieu l’élimine, seul, avec sa miséricorde, il nous fait sortir de nos misères les plus profondes. Comme ces disciples, nous avons besoin de nous laisser pardonner, de dire de tout cœur: «Pardon Seigneur». Ouvrir notre cœur pour nous laisser pardonner. Le pardon dans l’Esprit Saint est le don pascal pour renaître à l’intérieur. Demandons la grâce de l’accueillir, d’embrasser le Sacrement du pardon. Et de comprendre qu’au centre de la Confession ce n’est pas nous avec nos péchés, mais Dieu avec sa miséricorde. Nous ne nous confessons pas pour être découragés, mais pour nous faire relever. Nous en avons tant besoin, tous. Nous en avons besoin comme les petits enfants, toutes les fois qu’ils tombent, ils ont besoin d’être relevés par leur père. Nous aussi, nous tombons souvent. Et la main du Père est prête à nous remettre debout et à nous faire aller de l’avant. Cette main sûre et fiable est la Confession. Elle est le Sacrement qui nous relève, qui ne nous laisse pas par terre à pleurer sur le sol dur de nos chutes. Elle est le Sacrement de la résurrection, elle est pure miséricorde. Et celui qui reçoit les Confessions doit faire sentir la douceur de la miséricorde. Et c’est cela le chemin de ceux qui reçoivent les confessions des gens: faire sentir la douceur de la miséricorde de Jésus qui pardonne tout. Dieu pardonne tout.

Après la paix qui réhabilite et le pardon qui relève, voici le troisième don avec lequel Jésus fait miséricorde aux disciples: il leur offre ses blessures. Par ces blessures nous sommes guéris (cf. 1 P 2, 24; Is 53, 5). Mais comment une blessure peut-elle nous guérir? Avec la miséricorde. Dans ces plaies, comme Thomas, nous touchons du doigt le fait que Dieu nous aime jusqu’au bout, qu’il a fait siennes nos blessures, qu’il a porté dans son corps nos fragilités. Les plaies sont des canaux ouverts entre lui et nous, qui reversent sa miséricorde sur nos misères. Les plaies sont les voies que Dieu nous a ouvertes en grand pour que nous entrions dans sa tendresse et que nous touchions du doigt qui il est. Et que nous ne doutions plus de sa miséricorde. En adorant, en embrassant ses plaies nous découvrons que chacune de nos faiblesses est accueillie dans sa tendresse. Cela arrive dans chaque Messe, où Jésus nous offre son Corps blessé et ressuscité: nous le touchons et il touche nos vies. Et il fait descendre le Ciel en nous. Ses plaies lumineuses percent les ténèbres que nous portons en nous. Et nous, comme Thomas, nous trouvons Dieu, nous le découvrons intime et proche, et émus nous lui disons: «Mon Seigneur et mon Dieu!» (Jn 20, 28). Et tout naît d’ici, de la grâce d’être bénéficiaires de la miséricorde. A partir d’ici commence le cheminement chrétien. Si au contraire nous nous basons sur nos capacités, sur l’efficacité de nos structures et de nos projets, nous n’irons pas loin. Seulement si nous accueillons l’amour de Dieu nous pourrons donner quelque chose de nouveau au monde.

2. Ainsi ont fait les disciples: bénéficiaires de la miséricorde, ils sont devenus miséricordieux. Nous le voyons dans la première lecture. Les Actes des apôtres racontent que «personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun» (4, 32). Ce n’est pas du communisme, c’est du christianisme à l’état pur. Et c’est d’autant plus surprenant si nous pen-sons que ces mêmes disciples peu avant s’étaient disputés sur les récompenses et les honneurs, sur celui qui était le plus grand parmi eux (cf. Mc 10, 37; Lc 22, 24). Maintenant ils partagent tout, ils ont «un seul cœur et une seule âme» (Ac 4, 32). Comment ont-ils fait pour changer ainsi? Ils ont vu dans l’autre la même miséricorde qui a transformé leur vie. Ils ont découvert d’avoir en commun la mission, d’avoir en commun le pardon et le Corps de Jésus: partager les biens terrestres a semblé une conséquence naturelle. Le texte dit ensuite qu’«aucun d’entre eux n’était dans l’indigence» (v. 34). Leurs craintes s’étaient dissoutes en touchant les plaies du Seigneur, maintenant ils n’ont pas peur de soigner les plaies des nécessiteux. Parce qu’ils y voient Jésus. Parce que là il y a Jésus, dans les plaies des nécessiteux.

Sœur, frère, tu veux une preuve que Dieu a touché ta vie? Vérifie si tu te penches sur les blessures des autres. Aujourd’hui c’est le jour où nous nous demandons: «Moi, qui tant de fois ai reçu la paix de Dieu, qui tant de fois ai reçu son pardon et sa miséricorde, suis-je miséricordieux avec les autres? Moi, qui si souvent me suis nourri du Corps de Jésus, est-ce que je fais quelque chose pour nourrir celui qui est pauvre?». Ne restons pas indifférents. Ne vivons pas une foi à moitié, qui reçoit mais ne donne pas, qui accueille le don mais ne se fait pas don. Nous avons été touchés par la miséricorde, devenons miséricordieux. Parce que si l’amour finit avec nous-mêmes, la foi se dessèche dans un intimisme stérile. Sans les autres elle devient désincarnée. Sans les œuvres de miséricorde elle meurt (cf. Jc 2, 17). Frères, sœurs, laissons-nous ressusciter par la paix, par le pardon et par les plaies de Jésus miséricordieux. Et demandons la grâce de devenir témoins de miséricorde. Seulement ainsi la foi sera vivante. Et la vie sera unifiée. Seulement ainsi nous annoncerons l’Evangile de Dieu, qui est Evangile de miséri-corde.