Smart sister

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02 janvier 2021

Elles se distinguent parmi les personnalités politiques et les activistes, les économistes et les scientifiques. Parce que désormais, tant dans les milieux traditionnels de l'éducation et de la promotion sociale, que dans les domaines plus à l'avant-garde, comme la finance, l'environnement ou les médias sociaux, de plus en plus de religieuses excellent par leurs compétences et leur esprit d'entreprise, leur courage et leur créativité.

L'une d'elles, sœur Norma Pimentel, a même été citée parmi les cent personnalités les plus influentes l'an dernier par la revue « Time ». Religieuse des Missionnaires de Jésus, elle dirige depuis de nombreuses années la Caritas du Rio Grande à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, et s'engage au service des migrants. Née au Mexique et émigrée aux Etats-Unis à l'âge de dix ans, elle continue d'œuvrer sur une frontière non seulement géographique, mais aussi politique et sociale, en particulier au cours des années de la présidence de Donald Trump, qui en a fait une sorte de manifeste.

Mais également sur d'autres frontières, plus symboliques mais non moins cruciales, comme celles des réseaux sociaux qui font émerger certaines figues de religieuses d'un grand intérêt. Comme hermana Claudia, de la Congrégation des Sœurs de la la Charité  du Bon et Perpétuel Secours, une Argentine installée en Italie et... sur TikTok ! Elle a été la première à débarquer sur le réseau social préféré des jeunes, se frayant une place, entre meme et gags, danses et vidéo, avec des messages de foi et de prière. Avec environ 75 mille followers, sœur Claudia a réalisé de véritables exploits, par exemple avec une vidéo dans laquelle elle demande une bénédiction à tous ceux qui la regardent, en obtenant deux millions de visualisations.

Mais pour ne rien laisser au hasard, l'Union internationale des supérieures générales (Uisg) a organisé pas moins de trois wébinaires sur les nouvelles voies de l'évangélisation et du discernement numérique. Le premier, consacré précisément à l'utilisation de TikTok, a permis à des religieuses du monde entier de s'interroger et de réfléchir sur ce que peut être la signification de la présence des sœurs sur ce média social et sur la façon dont elle peut aider dans la mission de la vie religieuse. Un thème, mais surtout une pratique, qui semble s'être diffusée rapidement avec l'apparition de la pandémie de coronavirus, qui a imposé d'inévitables distances physiques, mais également de nouvelles formes de proximité. Ceux qui, comme les religieuses de clôture, ont fait de l'isolement un choix de vie, en ont également fait l'expérience. Un exemple est fourni par les Sœurs pauvres de sainte Claire  de Curtatone, dans la région de Mantoue, qui ont choisi WhatsApp pour envoyer quotidiennement des synthèses et des commentaires de l'Evangile. D'autres se sont tournées vers Facebook. Ou Twitter. Comme sœur Simone Campbell, responsable du Network Lobby for Catholic Social Justice, qui avec deux mille autres religieuses américaines, au cours des jours agités qu ont suivi les élections, a écrit une lettre au président Trump et a relancé  l’hashtag #EveryVoteCounts, (« chaque vote compte »), en expliquant que « dans une démocratie séculaire, le vote est ce qui s'approche le plus d'un sacrement, et nous ferons tout le possible pour protéger ce  sacrement ». Sister Simone est également à la tête de Nuns on the Bus (Sœurs sur le bus), un groupe de religieuses qui, depuis 2012, traverse les Etats-Unis à bord d'un bus pour mener des campagnes de sensibilisation sur divers thèmes concernant la justice sociale: de la pauvreté aux migrations, du droit à la santé aux inégalités, en dénonçant un système économique et financier qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres.

C'est ce que sait bien sœur Alessandra Smerilli, salésienne et économiste, professeure d'Economie politique et de statistiques à l'université pontificale Auxilium, membre du Comité des femmes pour l'égalité des chances voulu par le ministre Elena Bonetti, mais surtout nommée par le Pape François conseillère d'Etat du Vatican. Avant elle, une autre religieuse s'était essayée dans les salles de contrôle des finances : sœur Giuliana Galli, des Sœurs vincentiennes de Cottolengo, titulaire d'une maîtrise en sociologie en Floride et pendant plus de vingt ans coordinatrice du bénévolat de la Petite Maison de la Divine Providence de Turin. Mais également membre, à partir de 2008, du conseil d'administration de la Compagnie de Saint Paul, dont elle est devenue vice-présidente en 2010, en s'occupant d'investir dans le domaine social les bénéfices du groupe Intesa-San Paolo. Elle a été appelée « sœur banque », mais elle se sent davantage militante, dans la réalité comme dans le virtuel. Et aujourd'hui encore, à 85 ans, elle est très active tant sur Facebook que dans l'association qu'elle a contribué à fonder, Mamre onlus, engagée dans des projets d'intégration et de médiation interculturelle, mais également dans la distribution de vivres en ce temps de pandémie. Le grand engagement des religieuses est reconnu également dans les domaines où les minorités religieuses n'ont pas toujours la vie facile. Comme en Inde où, en septembre 2020, une sœur catholique, William Parmar, des Sœurs carmélitaines de la  charité, a reçu une prestigieuse reconnaissance de la part du président Ram Nath Kovind,  pour « son service social exemplaire et louable » dans le domaine de l'alphabétisation et de l'écologie, à travers la plantation de près de 20 mille arbres. Un domaine, celui de l'attention à l'environnement et au climat, dans lequel de nombreuses femmes et également de nombreuses religieuses, apportent une contribution souvent silencieuse, mais toujours plus significative et précieuse.

Anna Pozzi