· Cité du Vatican ·

L’esprit de Tibhirine vit toujours

 L’esprit de Tibhirine vit toujours  FRA-043
24 octobre 2024

«L’esprit de Tibhirine n’est pas mort en Afrique du Nord. Après la fermeture du monastère de Notre-Dame de l’Atlas, en Algérie, il continue d’exister à Midelt, au Maroc, où une petite communauté de moines a fondé en 2000 un autre couvent, qui porte le même nom. Dans ce lieu ouvert à tous, de nombreuses familles qui habitent dans les environs viennent partager leurs joies et leurs peines avec les religieux». C’est ce qu’a souligné le cardinal Cristóbal López Romero, archevêque de Rabat, lors d’une conférence à deux voix intitulée «Le message de Tibhirine et le dialogue islamo-chrétien», organisée le 18 octobre par l’ambassade de France près le Saint-Siège. Son interlocuteur était Faouzi Skali, docteur en anthropologie, ethnologie et sciences des religions, de confession musulmane, mais de nombreuses autres personnes issues du monde de la culture et de la diplomatie dans le monde arabo-musulman étaient également présentes à la Villa Bonaparte.

«Que ce soit en Algérie autrefois et maintenant au Maroc, nous représentons une petite minorité, insignifiante numériquement au regard de ce peuple qui nous accueille, nous sommes des priants parmi un peuple qui prie», a affirmé le cardinal espagnol. «Tibhirine — a-t-il poursuivi — bien que monastère de clôture, était devenu en Algérie un monastère ouvert: pour les habitants qui y venaient travailler comme agriculteurs ou éleveurs, côtoyant les moines quand ceux-ci mettaient à profit leurs heures de travail, et puis pour ceux qui venaient recevoir des soins auprès de frère Luc. Mais c’était également un monastère en sortie, car les moines allaient dans les environs acheter ou vendre des produits et surtout, par amitié, pour participer aux événement des familles du quartier: mariage, fêtes, enterrements».

L’esprit de Tibhirine, a souligné en outre l’archevêque de Rabat, peut être aussi considéré comme une mise en pratique de ce qu’affirmait la Déclaration conciliaire Nostra ætate, qui en 1965 exhortait les chrétiens et les musulmans «à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhen-sion mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté». «Tibhirine a été une sorte de lieu d’amitié, d’alliance, d’amour, qui s’est établi entre le monastère et le village, comme l’ont manifesté les moines eux-mêmes en décidant de ne pas quitter leur monastère en dépit des dangers qu’ils courraient», a souligné le cardinal López Romero. «En ce qui concerne notre petite communauté au Maroc — a-t-il ajouté — nous avons partagé déjà beaucoup de choses avec les musulmans, nous ne nous rencontrons pas tous les jours, mais quand nous sommes les uns à côté des autres nous sommes plus que des amis: nous sommes des frères».

Charles de Pechpeyrou