· Cité du Vatican ·

La Semaine sainte en Mongolie

Revenir à la dimension printanière de la foi

 Revenir à la dimension printanière de la foi  FRA-014
04 avril 2024

La Semaine sainte est vécue en Mongolie comme un moment très fort, spécial, unique. Depuis deux ans, les catéchumènes adultes se préparent à ce moment, passage fondamental de leur vie. Les accompagner sur ce chemin nous aide, nous missionnaires, à revivre l'émerveillement et le caractère radical de ce mystère. En ce sens, être ici avec ces frères et sœurs qui veulent accueillir librement dans leur vie la mort et la résurrection du Christ nous incite à nous approprier la célébration, à la vivre avec inten-sité et avec une conscience renouvelée.

Le dimanche de la Passion voit nos communautés brandir de minces branches de conifères (les palmiers et les oliviers sont trop loin), qui se reprennent à peine du long hiver. Les modestes processions — qui se déroulent toujours dans les espaces reconnus par les autorités — sont souvent balayées par des vents froids et poussiéreux. Le printemps est la saison la plus difficile ici, les changements de température sont brusques, les troupeaux sont affaiblis et les personnes sont éprouvées. Le mystère de notre régénération survient au moment le plus critique du cycle naturel, comme si Notre Seigneur avait choisi cette saison pour atteindre le point le plus bas de notre pauvre humanité.

La célébration de la Messe chrismale, avancée au mardi, est un rendez-vous important pour les prêtres qui viennent de localités très éloignées. Ils renouvellent leurs promesses sacerdotales dans une cathédrale avec quelques fidèles et quelques religieuses. Ensuite, nous nous arrêtons pour une brève réflexion sur le mystère du sacerdoce ordonné et nous déjeunons joyeusement. Le retour dans les paroisses doit se faire avant le soir, pour éviter de trouver les routes verglacées.

Chaque paroisse vit le Saint Triduum en prenant soin des liturgies et en accueillant l'évêque, qui fait tous les efforts pour être présent au moins dans les communautés de la capitale. La nuit sainte arrive. Le feu crépite dans les chenets traditionnels, symboles de la famille. Tout autour, il y a les embouteillages et les lumières clignotantes de la ville, la plupart ignorant ce qui se passe. La cathédrale en forme de ger (la tente mongole) est plongée dans l'obscurité, qui s'éclaircit lorsque la procession entre avec le cierge et les bougies des fidèles. L’exultet est chanté en langue mongole; avec ses images poétiques, il rappelle les compositions lyriques de la tradition locale. Peu après, les catéchumènes s'approchent des fonts baptismaux et revêtent le blanc de la nouvelle vie; certains portent un deel (habit traditionnel) confectionné spécialement pour l'occasion. Quelques larmes d'émotion, beaucoup de retenue et beaucoup de joie, même sans grandes manifestations extérieures.

Vécus ainsi, les jours saints de Pâques sont une véritable bénédiction, même pour ceux qui cheminent déjà depuis longtemps dans la foi. Tout contribue à retrouver la fraîcheur de la foi. Le lundi de Pâques, nous sommes avec les missionnaires à Khandgait, dans les bois à la sortie d'Oulan-Bator, où la préfecture apostolique a une maison de spiritualité. Nous célébrons dans une petite chapelle en bois, chauffée la veille pour l'occasion. Certaines années, il neige abondamment, d'autres fois, le soleil printanier brille. Chacun de nous se sent profondément changé par l'expérience des jours précédents et nous louons le Ressuscité pour les nouveaux membres de la communauté qui sont nés dans une vie nouvelle dans les eaux du baptême. Dans nos oreilles et dans nos cœurs résonne la question posée par Jésus après avoir lavé les pieds de ses apôtres: «Comprenez-vous ce que je vous ai fait?» (cf. Jn, 13, 12). Nous ne comprendrons jamais tout, mais les célébrations de Pâques nous aident précisément à revenir sans cesse et à nouveau à la dimension printanière de notre foi. Et à raviver ce feu qui brûlait dans le cœur des disciples d'Emmaüs, désormais disposés à avancer joyeusement vers le monde dans l'attente de l'annonce qui a changé l'histoire.

*Cardinal-préfet apostolique
d'Oulan-Bator

Giorgio Marengo *