· Cité du Vatican ·

FEMMES EGLISE MONDE

L’Interview
Le sens de la prière : dialogue avec une pasteure baptiste

Penser à Dieu
comme à une personne

 Pensare a Dio come una persona  DCM-004
06 avril 2024

Lidia Maggi est théologienne, pasteure baptiste : son ministère, sa vocation, est de faire connaître l'Ecriture. Issue d'une famille difficile, elle a grandi dans un orphelinat baptiste où elle a trouvé un « foyer » et une éducation religieuse, basée sur la parole de Dieu, le chant. Enfant, elle voulait devenir femme d'un missionnaire, puis elle a réalisé qu'elle pouvait elle-même être missionnaire. Elle a épousé un pasteur, qui est devenu à son tour missionnaire de la parole.

Mais pour apporter le Verbe, avoir la responsabilité d'une communauté enracinée dans le Christ, il faut avoir un lien avec lui, prier.

Pour moi, prier signifie parler avec Dieu, penser à lui non seulement comme une énergie, une force, mais comme une personne, qui donc communique, parle. Le fondement de notre foi est la parole qui s'est faite chair.  La prière n'est pas seulement un espace contemplatif, méditatif, mais surtout un dialogue avec un Autre. L'image de Dieu est celle de quelqu’un qui communique.

Mais comment entendre cette voix de Dieu ? On risque souvent d'entendre sa propre voix.

Je me mets dans la parole qu’il s’agit de quelqu’un d’Autre que moi et rompt mon monologue, mes listes de courses. C'est un correctif à notre besoin de transcendance. Dieu me parle tout d’abord ainsi, par la Parole que je lis et interprète selon ma responsabilité. Une Parole qui n'est pas une voix dans ma tête, mais qui est enracinée dans la Bible.

La prière, prier, c'est reconnaître que l'on n'est pas seul. Mais parfois, cela semble être une illusion.

Je fais référence à une confiance qui n'est jamais la certitude qu'il y a un interlocuteur. Mais la prière est la dimension qui m'aide à accueillir l'Autre. C'est souvent une intercession, où les visages que j'aime sont présents, pour lesquels je me soucie, et cela me sort de la solitude. Je suis dans le monde avec ses peines, que je porte devant Dieu. 

Aucune rationalisation ne peut expliquer cette certitude de ne pas être seul.

Mais même l'amour, l'amitié peuvent sembler ambigus et pas entièrement démontrables. Pourtant, ils sont vrais, réels pour nous.

Avoir quelqu'un à qui s’adresser signifie ne pas se suffire à soi-même.

C'est une expérience révélatrice pour tous, mais nous y arrivons à travers notre fragilité. Dans la prière, nous comprenons que le fait de ne pas nous suffire à nous-mêmes est notre beauté, notre force, qui nous ouvre aux autres et nous permet de nous sentir en harmonie avec l'univers. Prier, c'est se reconnaître précaire.

La prière, c'est demander, solliciter, parfois exiger. Nous oublions toujours de remercier.

La dimension de l'action de grâce est un accomplissement, c'est la prière de « l’âge adulte ». L'action de grâce ne naît pas spontanément, mais de la reconnaissance émerveillée des belles et bonnes choses reçues de la vie, du privilège de vivre ici, aujourd'hui.

Pourtant, nous prions surtout lorsque nous sommes le plus désespérés.

Parce que nous voulons comprendre, communiquer notre douleur. Mon expérience m'a appris que nous prions dans les situations les plus désespérées non pas pour qu'elles soient résolues, mais pour ne pas être seuls et ainsi l'espérance est toujours présente : il y a un Dieu qui me soutient et il y a des personnes autour de moi à qui je peux demander de l'aide. L'espoir naît toujours du désespoir. Ceux qui sont heureux espèrent peu.

Il faut du temps et une méthode pour apprendre à prier.

Chacun doit trouver son propre rythme, mais cet engagement est important. Avant tout, du temps à consacrer chaque jour à se poser les grandes questions de la vie que nous négligeons ; ensuite un espace calme, et des rituels qui témoignent de l'attention portée à un environnement accueillant et protégé. Nous, les femmes, savons combien les petits gestes comptent pour nous mettre à l'aise, une chaise confortable, le téléphone éteint, une fenêtre pour regarder la vue... Nous avons besoin d'une pédagogie de la prière, d'une grammaire, l'instinct du moment ne suffit pas. Rappelons toutefois que nous ne sommes pas devant un Dieu trop sophistiqué. J'aime beaucoup cette phrase de Luther : « Le blasphème du désespéré est plus cher à Dieu que la prière du pieux ». Israël en Egypte, esclave, souffrait tellement qu'il se lamentait de manière désordonnée, mais Dieu a transformé ces pleurs en prière et c'est de cette expérience qu'est né Israël. Dieu n'est pas difficile.

Il y a des prières que nous sentons plus nôtres, qui nous aident à méditer, à nous souvenir. Le Notre Père nous unit, nous sommes chrétiens.

Le Notre Père et les Psaumes. Parce qu'il est important d'être en contact avec ses propres émotions, mais il faut les mots justes, et les Psaumes sont les mots des autres que je peux sentir miens. Je suis toujours émue de penser que Jésus, mon Seigneur, surtout dans les derniers instants de sa passion, s'est appuyé sur le grand chemin des Psaumes. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (21) et « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (30). J'ajouterais ensuite que nous devrions apprendre une gymnastique spirituelle, en associant les actions les plus ordinaires à la prière, en la glissant dans les plis du quotidien. Un cœur qui prie fait de petits exercices quotidiens, il n'a pas besoin de grands marathons.

Monica Mondo