· Cité du Vatican ·

Dialogue avec les jeunes de Scholas Occurentes

Dans la vie il faut se salir les mains pour ne pas se salir le cœur

 Dans la vie il faut se salir les mains pour ne pas se salir le cœur  FRA-032
10 août 2023

«C'est une Chapelle Sixtine peinte par vous!». Le Pape lève la tête pour observer avec admiration et une pointe d'amusement la fresque de 3,5 km entièrement réalisée par les jeunes de Scholas Occurrentes, à laquelle il ajoute lui-même quelques traits de pinceau.

Le Saint-Père était à Cascais dans la matinée du jeudi 3 août, une ville côtière à quelques kilomètres à l'ouest de Lisbonne, pour un rendez-vous d'environ une heure avec des jeunes de l'organisation internationale de droit pontifical présente dans 190 pays, dédiée à l’éducation et à la culture. C’est au siège portugais de Scholas Occurentes que s’est concrétisé le projet «La vie entre les mondes», initiative impliquant des personnes âgées et des jeunes, des riches et des pauvres, des croyants et des non-
croyants, de différentes nationalités, afin de créer cette œuvre d'art. Il s’agit de l'une des plus grandes peintures murales du monde, coordonnée par l’artiste José Maria del Corral, qui a donné au Pape, au cours de cette rencontre, un pinceau particulier, incrusté dans une sculpture en céramique blanche, utilisée chez les peuples d'Afrique. Sous le regard des jeunes, le Souverain Pontife a esquissé sur l’un des murs trois cercles verts.

Plusieurs jeunes ont également pris la parole. Paulo, un évangéliste, heureux de ce réseau d’écoles car on y trouve «des gens qui s'expriment, de différentes religions, différentes cultures, tout le monde est le bienvenu à Scholas». Puis Mariana, une catholique, qui a parlé de la peinture murale comme quelque chose qui est «bien plus qu'une peinture ou un être ensemble», mais plutôt un ensemble «d'histoires, de vie et beaucoup de partage, un partage qui n'était ni superficiel ni un partage de likes sur Instagram». «Je pense qu'il y a très peu d'espoir chez les gens de nos jours et il faut vraiment comprendre que chez les gens il y a aussi cet espoir et cette volonté de vivre, même si parfois cela se cache derrière un petit sourire», a-t-elle expliqué. Enfin Aladje, un musulman, à l’aise dans ce mouvement qui «ne regarde pas la race, ne regarde pas la religion, ne regarde pas notre culture en soi, mais valorise l'interculturalité qui existe et finit par aider des gens d'horizons différents».

Le Pape s’est arrêté ensuite sur le concept de «crise». Celles qui ont une signification négative mais dont peuvent aussi découler de bons fruits. «En cas de crise, il faut marcher, rarement seul et c'est important aussi, pour affronter la crise ensemble et aller de l'avant, en grandissant», a-t-il précisé, «une vie sans crise, c'est comme de l'eau distillée. Elle est aseptisée, sans saveur, elle ne se boit pas, -elle ne sert à rien qu'à être conservée». La crise «doit être embrassée, acceptée, affrontée et résolue».

Dans le chaos de la vie, un «cosmos» peut naître, a ensuite expliqué le Souverain Pontife, en commentant le récit de la Création. «Dieu un jour fait la lumière et va transformer les choses. (…) Il se passe la même chose dans nos vies: il y a des moments critiques, très chaotiques, où on ne sait pas se tenir debout. Nous passons tous par ces moments…», a poursuivi le Pape. Et c'est ici que le «travail personnel» et le travail «de groupe» doivent prendre le dessus. «Vous créez le cosmos. N'oubliez jamais cela», a-t-il confié à la jeunesse de Scholas Occurentes.

L’Evêque de Rome a conclu cette rencontre en offrant aux jeunes une icône représentant la parabole du Bon Samaritain, qui lui est si chère. «Personne n'est certain d’être un bon samaritain, mais nous devons l'être pour tout le monde», a déclaré le Pape. «Combien de fois la pureté rituelle est-elle préférée à la proximité humaine», a-t-il ajouté, avant d’interroger les étudiants: «Qu'est-ce qui vous fait ressentir de la compassion? Ou votre cœur est-il si sec que vous ne pouvez pas ressentir de compassion? Que se passe-t-il?». «Parfois dans la vie il faut se salir les mains pour ne pas se salir le cœur», a résumé François.

Avant de quitter le siège portugais de Scholas Occurentes, le Pape a apposé sa signature sur un ballon de hand-ball, avant de bénir un olivier et quelques plants de cet arbre symbole de paix.

Salvatore Cernuzio