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Message du Pape pour la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages alimentaires

La spéculation sur la nourriture doit cesser

 La spéculation sur la nourriture doit cesser   FRA-040
06 octobre 2022

La nourriture ne peut «faire l'objet de spéculations. La vie dépend d'elle». «Et il est scandaleux que les grands producteurs encouragent un consumérisme compulsif pour s'enrichir, sans même tenir compte des véritables besoins des êtres humains»: c’est ce qu’a souligné le Pape François dans le message envoyé au directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages alimentaires 2022, qui a été célébrée le 29 septembre. Nous publions ci-dessous le message du Pape.

A Son Excellence
M. Qu Dongyu
directeur général de la FAO

Excellence,

Je salue cordialement les participants à la célébration de la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages alimentaires. Je remercie pour l'espace qui m'a été accordé dans cet événement qui à pour objectif de souligner la gravité d'un problème que nous ne pouvons pas ignorer en ce moment si difficile que nous vivons.

Lorsque la nourriture n'est pas convenablement exploitée, que ce soit parce qu'elle est perdue ou parce qu'elle est gaspillée, nous sommes à la merci de la «culture du rejet», qui se traduit par une manifestation de désintérêt pour ce qui a une valeur fondamentale ou d'attachement à ce qui manque d'importance. Sachant qu'une multitude d'êtres humains ne peuvent accéder à une nourriture suffisante ou aux moyens de se la procurer — ce qui est un droit fondamental et prioritaire de toute personne —, voir la nourriture jetée à la poubelle ou détériorée par manque des ressources nécessaires pour la faire parvenir à ses destinataires est véritablement honteux et préoccupant.

Tant la perte que le gaspillage de nourriture sont des faits vraiment déplorables parce qu'ils divisent l'humanité entre ceux qui ont trop et ceux qui manquent de l'essentiel, parce qu'ils augmentent les inégalités, engendrent des injustices et nient aux pauvres ce dont ils ont besoin pour vivre dignement.

Le cri des personnes souffrant de la faim, privés d'une façon ou d'une autre du pain quotidien, doit retentir dans les centres où se prennent les décisions. Et il ne peut être réduit au silence ou étouffé par d'autres intérêts, considérant que les dernières données du Rapport sur l'état de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le monde (sofi 2022) révèlent que l'année dernière, le nombre de personnes souffrant de la faim sur notre planète a augmenté de manière significative en raison des multiples crises auxquelles l'humanité est confrontée. Permettez-moi alors de le répéter, il est nécessaire de «récolter pour redistribuer, pas produire pour disperser» (Discours aux membres de la Fédération européenne des banques alimentaires, 18 mai 2019). Je l'ai déjà dit par le passé, et je ne me lasserai pas de le répéter: jeter de la nourriture, c'est jeter des personnes!

Toute la communauté internationale doit se mobiliser pour mettre fin au regrettable «paradoxe de l'abondance» que mon prédécesseur Jean-Paul ii avait dénoncé avec clairvoyance il y a trente ans (cf. Discours à l'ouverture de la Conférence internationale sur la nutrition, 5 décembre 1992). Il existe dans le monde la nourriture nécessaire pour que personne n’aille se coucher le ventre vide! On produit des ressources alimentaires plus que suffisantes pour nourrir 8 milliards de personnes. Le problème concerne cependant la justice sociale, c'est-à-dire la façon dont la gestion des ressources et la répartition des richesses sont réglementées.

Les denrées alimentaires ne peuvent faire l'objet de spéculations. La vie dépend d'elles. Et il est scandaleux que les grands producteurs encouragent un consumérisme compulsif pour s'enrichir, sans même tenir compte des véritables besoins des êtres humains. Il faut arrêter la spéculation alimentaire! Nous devons cesser de traiter la nourriture, qui est un bien fondamental pour tous, comme une monnaie d'échange pour quelques-uns.

En outre, le gaspillage ou la perte de denrées alimentaires contribue de manière significative à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre et, par conséquent, au changement climatique et à ses conséquences néfastes. La terre que nous exploitons avec avidité gémit à cause de nos excès de consommation et implore que nous cessions de la maltraiter et de la détruire en inversant le cours de nos actions. Les jeunes, surtout, nous demandent avec force que nous pensions à eux, que nous aiguisions notre regard et élargissions notre cœur, en donnant le meilleur de nous-mêmes pour prendre soin de la maison commune qui est sortie des mains de Dieu et que nous devons sauvegarder, en répondant par de bonnes actions au mal que nous lui causons.

Dans ce thème si ample, nous ne pouvons nous contenter d'exercices rhétoriques, qui aboutissent à des déclarations que l’on ne réussit pas ensuite à appliquer, par oubli, mesquinerie ou avidité. Il est temps d'agir d'urgence et de rechercher le bien commun. Il est urgent, tant pour les Etats que pour les grandes entreprises multinationales, pour les associations comme pour les individus — pour tous sans exclure personne — de répondre avec efficacité et honnêteté au cri déchirant des affamés qui réclament justice.

Chacun de nous est appelé à réorienter son style de vie de manière consciente et responsable, afin qu'aucune personne ne soit laissée pour compte et qu’à toutes parviennent les aliments dont elles ont besoin, tant en quantité qu'en qualité. Nous le devons à nos proches, aux générations futures et à ceux qui sont frappés par la pauvreté économique et existentielle.

Que Dieu tout-tuissant bénisse vos travaux, au bénéfice de toute l'humanité.

Vatican, le 29 septembre 2022

François