· Cité du Vatican ·

Présentation de la Lettre aux époux

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28 décembre 2021

Chers frères e sœurs, bonjour!

Nous fêtons aujourd’hui la sainte Famille de Nazareth. Dieu a choisi une famille humble et simple pour habiter parmi nous. Nous contemplons la beauté de ce mystère, en soulignant également deux aspects concrets pour nos familles.

Le premier: la famille est l’histoire dont nous provenons. Chacun de nous a sa propre histoire, personne n’est né par magie, avec une baguette magique, chacun de nous a une histoire et la famille est l’histoire d’où nous provenons. L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui nous rappelle que Jésus est lui aussi fils d’une histoire familiale. Nous le voyons voyager à Jérusalem avec Marie et Joseph pour Pâques; puis il fait préoccuper sa mère et son père qui ne le trouvent pas; une fois retrouvé, il rentre avec eux au foyer (cf. Lc 2, 41-52). Il est beau de voir Jésus inséré dans la trame des liens familiaux, qui naît et qui grandit dans l’étreinte et la préoccupation des siens. Cela est important pour nous aussi: nous provenons d’une histoire tissée de liens d’amour et la personne que nous sommes aujourd’hui ne naît pas tant des biens matériels dont nous avons bénéficié, mais de l’amour que nous avons reçu, de l’amour au sein de la famille. Sans doute ne sommes-nous pas nés dans une famille exceptionnelle et sans problèmes, mais c’est notre histoire — chacun doit penser: c’est mon histoire —, ce sont nos racines: si nous les coupons, la vie devient aride! Dieu ne nous a pas créés pour être des chefs solitaires, mais pour marcher ensemble. Rendons-lui grâces et prions-le pour nos familles. Dieu pense à nous et veut que nous soyons ensemble: reconnaissants, unis, capables de conserver nos racines. Et nous devons penser à cela, à notre histoire.

Le deuxième aspect: on apprend tous les jours à être une famille. Dans l’Evangile, nous voyons que même au sein de la sainte Famille, tout ne va pas toujours bien: il y a des problèmes inattendus, des angoisses, des souffrances. La sainte Famille des images pieuses n’existe pas. Marie et Joseph perdent Jésus et le cherchent, angoissés, pour le retrouver trois jours plus tard. Et quand, assis parmi les maîtres du Temple, il répond qu’il doit s’occuper des affaires de son Père, ils ne comprennent pas. Ils ont besoin de temps pour apprendre à connaître leur fils. Il en est de même pour nous: chaque jour, en famille, il faut apprendre à s’écouter et à se comprendre, à marcher ensemble, à affronter les conflits et les difficultés. C’est le défi quotidien, et il se remporte grâce à une juste attitude, des petites attentions, des gestes simples, en prenant soin des détails de nos relations. Et cela aussi nous aide beaucoup, cela nous aide de parler en famille, de parler à table, le dialogue entre parents et enfants, le dialogue entre frères, nous aide à vivre cette racine familiale qui vient des grands-parents. Le dialogue avec les grands-parents!

Et comment fait-on cela? Regardons Marie qui, dans l’Evangile d’aujourd’hui, dit à Jésus: «Ton père et moi, nous te cherchons» (v. 48). Ton père et moi, elle ne dit pas moi et ton père: avant le moi, il y a le toi! Apprenons cela: avant le moi il y a le toi. Dans ma langue, il y a un adjectif pour les gens qui disent d’abord moi, puis toi: «Je, moi, et avec moi et pour moi et pour mon profit». Des gens qui sont comme cela, d’abord le moi, puis le toi. Non, dans la sainte Famille, il y a d’abord le toi, puis le moi. Pour préserver l’harmonie en famille, il faut combattre la dictature du moi, quand le moi se gonfle. Cela est dangereux quand, au lieu de nous écouter, nous nous reprochons nos erreurs; quand, au lieu d’avoir des gestes d’attention pour les autres, nous nous concentrons sur nos besoins; quand, au lieu de dialoguer, nous nous isolons avec notre portable — cela est triste de voir à table une famille, chacun avec son portable sans se parler, chacun parle avec son portable; quand on s’accuse mutuellement, en répétant toujours les mêmes phrases, en mettant en scène une comédie vue et revue, où chacun veut avoir raison et à la fin, un silence glacial s’installe. Ce silence lourd, glacial, après une dispute familiale, cela est laid, très laid! Je répète ce conseil: le soir, après tout, il faut faire la paix, toujours. Ne jamais aller se coucher sans avoir fait la paix, sinon, le lendemain, il y aura la «guerre froide»! Et cela est dangereux parce qu’alors commencera une histoire de reproches, une histoire de ressentiments. Combien de fois, malheureusement, entre les murs domestiques, des conflits naissent et s’intensifient à cause des silences trop longs et des égoïsmes non guéris! On arrive parfois même à des violences physiques et morales. Cela déchire l’harmonie et tue la famille. Convertissons-nous du moi au toi. Ce qui doit être le plus important dans la famille, c’est le toi. Et chaque jour, s’il vous plaît, priez un peu ensemble, si vous pouvez faire l’effort, pour demander à Dieu le don de la paix en famille. Et efforçons-nous tous — parents, enfants, Eglise, société civile — de soutenir, défendre et préserver la famille, qui est notre trésor!

Que la Vierge Marie, épouse de Joseph et mère de Jésus, protège nos familles.

A l’issue de l’Angelus, le Saint-Père a évoqué la publication ce même jour, de la lettre aux époux:

Je m’adresse à présent aux époux du monde entier.

Aujourd’hui, en la fête de la Sainte-Famille, est publiée une lettre que j’ai écrite en pensant à vous. C’est mon cadeau de Noël pour vous, époux: un encouragement, un signe de proximité et aussi une occasion de méditation. Il est important de réfléchir et de faire l’expérience de la bonté et de la tendresse de Dieu qui guide d’une main paternelle les pas des époux sur le chemin du bien. Que le Seigneur donne à tous les époux la force et la joie de poursuivre le chemin entrepris. Je veux aussi vous rappeler que nous célébrerons bientôt la Rencontre mondiale des familles: je vous invite à vous préparer à ce rendez-vous, en particulier par la prière, et à le vivre dans vos diocèses, avec les autres familles.

Et, à propos de la famille, je pense à une préoccupation, une préoccupation réelle, tout au moins ici, en Italie: l’hiver démographique. Il semble que de nombreuses personnes ont perdu l’aspiration à avoir des enfants et de nombreux couples préfèrent rester sans enfant ou avec un seul enfant. Pensez à cela, c’est une tragédie. Il y a quelques instants, j’ai vu dans le programme télévisé «A sua immagine» [A son image], que l’on parlait de ce problème grave, l’hiver démographique. Faisons tous notre possible pour reprendre conscience, pour vaincre cet hiver démographique qui va à l’encontre de nos familles, de notre pays, et également de notre avenir.

Je vous salue à présent tous, pèlerins venus d’Italie et de divers pays, les familles, les groupes paroissiaux, les associations. Je renouvelle le vœu que la contemplation de l’Enfant-Jésus, cœur et centre des fêtes de Noël, puisse susciter des attitudes de fraternité et de partage dans les familles et dans les communautés. Et pour fêter un peu Noël, cela fera du bien de visiter la crèche installée ici, sur la place, et les cent crèches, qui sont sous la colonnade, cela aussi nous aidera.

Ces jours-ci, j’ai reçu de nombreux messages de vœux de Rome et d’autres régions du monde. Malheureusement, il ne m’est pas possible de répondre à tous, mais je prie pour chacun et je remercie en particulier pour les prières qu’un grand nombre d’entre vous ont promis de faire. Priez pour moi, n’oubliez pas. Merci beaucoup et bonne fête de la sainte Famille. Bon déjeuner et au revoir!