· Cité du Vatican ·

Message pour le Festival de la doctrine sociale de l’Eglise

Construire le changement

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21 décembre 2021

Contre tout angélisme apparent et tout fatalisme, ce sont «l'audace, l'espérance, la créativité et le courage» qui définissent «la spiritualité du chrétien» selon le Pape François. C'est ce qu'il a expliqué aux participants au Festival de la doctrine sociale de l'Eglise, qui s'est déroulé du 25 au 28 novembre à Vérone, à travers un message vidéo dans lequel il invite à vivre pleinement le slogan de cette onzième édition: «Où que vous soyez, construisez le changement!». Nous publions ci-dessous le message du Pape, transmis lors de l'ouverture des travaux, le 25 novembre.

Un salut cordial à vous tous qui participez à la 11e édition du Festival de la doctrine sociale de l’Eglise. Le thème que vous avez choisi cette année est «Audacieux dans l’espérance - créatifs avec courage». C’est un thème qui résume l’attitude par laquelle nous avons tenté d’affronter cette période encore conditionnée par la pandémie. L’audace, l’espérance, la créativité et le courage ne sont pas synonymes, mais représentent un lien d’intentions, de vertus, d’ouvertures et de regards sur la réalité qui fortifient l’âme humaine. Mais pas seulement.

Vous vous souviendrez de la parabole des talents racontée dans l’Evangile de Matthieu (25, 14-30). «Celui qui avait reçu les cinq talents alla les faire produire et en gagna cinq autres», lit-on au verset 16. Cette parabole est la dernière parabole avant le texte dans lequel il est dit que nous serons jugés sur la charité (Mt 25, 31-46). Ainsi ce discours sur les talents semble être le discours programmatique de Jésus précisément sur l’audace nécessaire pour être chrétiens.

Contre tout angélisme de façade et contre tout fatalisme, Jésus invite les foules à user de leurs talents avec courage. Peu importe combien et quels sont les talents de chacun. Jésus demande de prendre des risques et de les investir pour les multiplier. Lorsque nous restons repliés sur nous-mêmes dans le seul objectif de conserver ce qui existe, pour l’Evangile nous sommes perdants: en effet, même ce qui reste sera emporté. L’audace, l’espérance, la créativité et le courage sont des mots qui décrivent la spiritualité du chrétien. «Car à tout homme qui a, l'on donnera et il aura du surplus; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera ce qu'il a» (Mt 25, 29).

Dans l’encyclique Fratelli tutti, je rappelle que «la pandémie récente nous a permis de distinguer et de valoriser de nombreux hommes et femmes, compagnons de voyage, qui, dans la peur, ont réagi en offrant leur propre vie. Nous avons pu reconnaître comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires qui, sans aucun doute, ont écrit les événements décisifs de notre histoire commune: médecins, infirmiers et infirmières, pharmaciens, employés de supermarchés, agents d’entretien, assistants, transporteurs, hommes et femmes qui travaillent pour assurer des services essentiels et de sécurité, bénévoles, prêtres, personnes consacrées...» et ainsi de suite. Ceux-ci «ont compris que personne ne se sauve seul» (n. 54). Personne ne se sauve tout seul. Voici les talents mis à contribution. Voilà l’espérance qui soutient et oriente la créativité avec audace et courage. C’est pourquoi, je renouvelle l’invitation à marcher dans l’espérance qui «est audacieuse, sait regarder au-delà du confort personnel, des petites sécurités et compensations qui rétrécissent l’horizon, pour s’ouvrir aux grands idéaux qui rendent la vie plus belle et digne» (ibid., 55; cf. Salut aux jeunes du Centre culturel père Félix Varela, La Havane – Cuba, 20 septembre 2015).

L’espérance, je l’ai dit à d’autres occasions, est «comme jeter l’ancre sur l’autre rive». C’est cette audace qui inspire de nouvelles actions, oriente les compétences, stimule l’engagement, donne vie à la vie. Qui espère sait qu’il fait partie d’une histoire construite par d’autres et reçue en don, tout comme dans la parabole des talents. Et il sait aussi qu’il doit faire fructifier ce don.

Je voudrais encore adresser un mot aux différents acteurs de la vie sociale réunis à Vérone à l’occasion du Festival: entrepreneurs, professionnels, représentants du monde institutionnel, de la coopération, de l’économie et de la culture. Continuez à vous engager en suivant le chemin que le père Adriano Vincenzi a tracé avec vous pour la connaissance et la formation à la doctrine sociale de l’Eglise. Comme le dit le thème de cette édition: Où que vous soyez, construisez le changement!. Où que vous soyez. Mais pour construire le changement, car nous savons que de la crise on ne sort pas pareils: nous en sortirons meilleurs ou pires.

Que le Seigneur vous bénisse, que Notre-Dame vous garde. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci!