· Cité du Vatican ·

Audience aux organisateurs d’un festival italien sur l’inclusion

Face aux tortures infligées aux migrants on ne peut pas fermer les yeux

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07 décembre 2021

« J’ai vu l’un des panneaux que vous avez apportés, sur les tortures que subissent les migrants lorsqu’ils sont pris par les trafiquants. Et cela se passe aujourd’hui. Nous ne pouvons pas fermer les yeux»! En s’adressant aux organisateurs du Giavera Festival — reçus en audience dans la matinée du samedi 27 novembre, dans la salle Clémentine — le Pape François a dénoncé à nouveau les groupes criminels qui profitent du drame de ceux qui quittent leur pays à la recherche d’un meilleur avenir. Au début de la rencontre, l’initiateur de ce Festival, le père Bruno Baratto — directeur du bureau pour la pastorale des migrations-Migrantes du diocèse de Trévise — a présenté au Pape l’esprit de la manifestation qui se tient à Giavera del Montello sous le signe de l’intégration, avec des témoignages des personnes directement concernées, et l’Evêque de Rome a répondu en exhortant à s’engager afin que la «culture de l’accueil» l’emporte sur la culture du rebut. Nous publions ci-dessous les paroles du Pape au cours de la rencontre:

Chers frères et sœurs!

Je vous remercie de m’avoir fait connaître l’expérience de votre Festival, notamment à travers les paroles du père Bruno, que je remercie de tout cœur, mais surtout à travers votre présence, vos visages. Merci!

J’ai été frappé de lire la liste des associations et des groupes de migrants qui participent à cette initiative et qui la réalisent: on voit que la maison dont parlait le père Bruno, votre maison d’accueil, est une maison avec de nombreuses fenêtres ouvertes sur le monde! Ainsi, le Festival Giavera est devenu un carrefour, un lieu de rencontre, de dialogue, de connaissance mutuelle. Et également un lieu où partager l’espérance, le rêve d’un monde plus fraternel.

Il est beau et très significatif que votre Festival soit né et renaisse toujours à partir d’une expérience de cohabitation. Il n’est pas né autour d’une table, sur la base d’un projet idéologique, mais à partir de journées, de mois, d’années de partage avec les migrants. Avec leurs histoires, avec leurs problèmes, et surtout avec leur bagage d’humanité, de traditions, de culture, de foi…

Et puis — cela, oui — votre initiative est née de la volonté de faire connaître l’expérience vécue, de la faire circuler dans le tissu social, pour contribuer à diffuser une culture d’accueil. Une culture de l’accueil contre la culture du rebut. Nous en avons tant besoin! Parce que la réalité des migrations à notre époque revêt des caractéristiques qui peuvent parfois effrayer. Objectivement, le phénomène est très complexe et, malheureusement, il y a des groupes criminels qui en profitent; les migrants risquent d’être instrumentalisés aussi à l’intérieur des conflits géopolitiques. Ils cessent alors d’être des personnes et deviennent des numéros. C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire d’avoir des lieux où l’on place au centre les visages, les histoires, les chants, les prières et l’art des migrants.

Ce matin, j’ai reçu le premier ministre de l’Albanie qui me disait que la première Constitution en Albanie — elle remonte à cent ans, il y a cent ans? — disait que tu devais ouvrir à celui qui frappe à ta porte, parce que c’était Dieu. Et c’est de là que vient l’humanité des Albanais lorsqu’ils reçoivent les migrants. Cette pensée m’a touché: celui qui frappe à ta porte est Dieu. Ouvre-lui et laisse-lui ta place.

Cette manière de voir la réalité des migrations ne veut pas dire cacher ou ignorer les difficultés et les pro-blèmes. Qui mieux que vous les connaît et peut en témoigner? Il est donc important que vos expériences soient également mises à la disposition de la bonne politique, pour aider ceux qui ont des responsabilités de gouvernement au niveau local, national ou international à faire des choix qui sachent toujours unir un sain réalisme au respect de la dignité des personnes. J’ai vu l’un des panneaux que vous avez apportés, sur les tortures que subissent les migrants lorsqu’ils sont pris par les trafiquants. Et cela se passe aujourd’hui. Nous ne pouvons pas fermer les yeux! La dignité des personnes. C’est pourquoi votre Festival, comme d’autres initiatives analogues en Italie et dans différents pays, ne doit pas se réduire à une manifestation folklorique ou à un rassemblement d’idéalistes. Non! Je le dis comme sujet de réflexion et de vérification pour vous-mêmes. Nous pouvons nous demander, après trente ans: notre expérience a-t-elle réussi, et dans quelle mesure, à avoir un impact sur le plan des choix politiques, en dialoguant avec les institutions et avec la société civile? Il me semble important de se poser cette question.

Chers amis, avec vous, je rends grâce surtout au Seigneur pour le chemin qu’il vous a donné de réaliser pendant ces années à travers l’expérience du Festival. Je vous souhaite d’aller de l’avant avec un esprit toujours renouvelé. Je vous propose de prendre comme modèle Abraham, que Dieu a appelé à partir et qui est resté un migrant toute sa vie. Abraham est un «père» que, en tant que chrétiens, nous partageons avec les juifs et les musulmans, mais c’est une figure dans laquelle peuvent se reconnaître tous les hommes et les femmes qui conçoivent la vie comme un voyage à la recherche de la Terre promise, terre de liberté et de paix où vivre ensemble, en frères.

Merci pour votre visite. Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Marie vous protège. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.