· Cité du Vatican ·

Audience aux coopératrices oblates missionnaires de l’Immaculée

Dans le monde avec et au milieu des autres

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07 décembre 2021

Etre consacrés dans un institut séculier «ne signifie pas se réfugier dans une "terre du milieu"» mais «partager pleinement, comme Jésus, la condition des gens ordinaires». C'est ce qu'a dit le Pape aux Oblates coopératrices missionnaires de l’Immaculée, reçues en audience dans la matinée du 20 novembre, dans la salle du Consistoire.

Chères sœurs et chers frères!

Je suis heureux de vous rencontrer à l’occasion de vos deux anniversaires: le 70e anniversaire de la naissance de l’Institut et le 20e anniversaire de l’approbation pontificale. Je m’adresse en particulier à vous Oblates, mais mon salut et mes réflexions s’étendent aussi à vous qui partagez leur spiritualité et leur mission: merci de votre présence!

L’Institut a été fondé par le père Gaetano Liuzzo, qui vous a transmis le charisme de saint Eugène de Mazenod, fondateur des Oblats missionnaires de Marie Immaculée. Ainsi vous avez été appelées à accueillir la mission évangélisatrice en imitant l’audace de saint Eugène dans l’annonce du Christ Sauveur, dans son amour passionné pour lui, pour l’Eglise et pour chaque frère et chaque sœur. Vous êtes appelés à vivre ce charisme dans la sécularité, insérées dans le monde avec votre cœur immergé en Dieu. Etre consacrés dans un Institut séculier ne signifie pas se réfugier dans une «terre du milieu», mais partager pleinement, comme Jésus, la situation des gens ordinaires, le quotidien du travail, de la maison, des relations de voisinage, etc., le tout animé par la lumière de la foi, par la chaleur de la charité, par l’horizon de l’espérance. C’est vivre l’esprit de l’Incarnation dans le temps et le lieu où Dieu nous a placés, en assumant la réalité avec un cœur ouvert, pour semer l’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Votre spécificité est précisément celle de sanctifier les activités séculières afin de tout récapituler dans le Christ. Vivre comme les autres, au milieu des autres, dans les mêmes professions, dans les mêmes métiers, dans les mêmes difficultés; mais avec une telle union avec Dieu qu'elle sanctifie les projets et les actions. Lors-que le Pape Pie xii, dans le motu proprio Primo Feliciter, en parlant des instituts séculiers, dit que «toute la vie des membres doit se traduire en apostolat», il fait précisément référence à cela. En effet, Jésus, dans sa vie cachée, est un modèle pour tous. Même ses actions ordinaires avaient une valeur divine, conférées par sa Personne, par l’union avec le Père, par les fins rédemptrices pour lesquelles il s’était incarné. Il en est de même pour les membres des Instituts séculiers et pour les laïcs qui leur sont associés. Leurs activités quotidiennes communes acquièrent une valeur apostolique toute particulière du fait de leur consécration personnelle, par l’union avec Dieu, par le but donné à leur vie. Les activités séculières, en elles-mêmes, ne sont pas un apostolat direct, mais elles peuvent le devenir.

Si la mission est de se consacrer au projet de Dieu dans l’histoire, la sécularité consiste à l’habiter. Et la prophétie de la consécration séculière est incompatible avec la peur de lieux et de situations à risque. Au contraire, ce sont précisément ces situations qui sont propices à cette consécration, afin qu’en elles, les membres des instituts séculiers puissent apporter leur contribution, avec humilité et courage, à l’histoire du salut, où les gens souffrent d’exclusion, de marginalisation, sont blessés dans leur dignité. Les relations quotidiennes — dans la famille et dans la communauté chrétienne, au travail et à l’école, dans les différentes situations psychologiques et sociales, et surtout dans le partage de la foi et de l’engagement apostolique — voilà le tissu sur lequel broder la richesse de votre charisme. Sans relations, tout s’écroule et tout risque de devenir un contre-témoignage.

Saint Eugène de Mazenod répétait souvent aux Oblats: «Au nom de Dieu, soyez saints». Je voudrais décliner cet appel à la sainteté selon trois attitudes.

1) Etre prêtes. Jésus dit: «Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées» (Lc 12, 35). Cela signifie vivre pleinement dans le présent en saisissant la promesse d’éternité. Toute notre vie consiste à tendre vers la vie éternelle et nous devons être prêts. Une personne est prête quand elle est complètement donnée à Dieu et à ses frères. Pas quand les applaudissements et le succès arrivent, non, la vie est beaucoup plus. C’est être au monde en plénitude, dans la vérité et la liberté des enfants de Dieu et dans la relation de fraternité avec les autres. Et cette intensité de relation avec le Père et avec les frères et sœurs se nourrit dans la prière: la prière permet à Dieu d’être proche de nous, libère de la solitude et fait naître l’espérance. La prière oxygène la vie: de même qu’on ne peut vivre sans respirer, ainsi, on ne peut pas être chrétien et vivre en chrétien, et plus encore en tant que consacrés, sans la prière.

2) Etre Oblates: vous êtes «Oblates Coopératrices», c’est-à-dire totalement données — oblates — au Christ pour vous identifier spirituellement à Lui. Il est très important de toujours vous souvenir du «totalement». Il indique une adhésion exclusive, généreuse et sans réserve. Mais faites attention! Nous ne devons pas fixer notre regard sur notre engagement, mais sur Lui, sur la grâce de son don. C’est Lui l’Oblat, en qui vous êtes Oblates. Jésus, venu parmi nous comme serviteur, et mourant sur la croix au milieu de deux malfaiteurs, nous a bien expliqué ce qu’est la vie: c’est l’amour qui demande l’amour, la grâce qui demande la gratuité. Et il nous le montre de la croix, car cette route n’est pas aisée, elle n’est pas facile, elle demande de -payer de sa personne. Mais c’est le chemin de la paix et de la joie.

3) Et troisième trace: avoir confiance en Dieu comme Marie: en l’imitant dans l’écoute et dans l’accueil de la volonté de Dieu, afin que sa Parole prenne chair aussi en nous. Grâce à sa foi, à son «oui», à son «me voici», le dessein de salut universel du Père s’est réalisé. La route sûre, donc, pour vous aussi, qui êtes «de l’Immaculée», est celle qu’elle a suivi. Cette route est bien décrite par les paroles incandescentes que votre Fondateur historique vous a laissées dans son testament: «Votre vocation est l’amour, votre loi est l’amour, votre médecine est l’amour. Amour christocentrique trinitaire et missionnaire universel, dans votre patrie et dans le monde entier, en réincarnant celui de la Mère, en véritables nouvelles Marie de Nazareth, ardentes et généreuses comme et avec Elle».

Et c’est aussi mon souhait pour vous. Puissiez-vous tout faire avec un dévouement joyeux comme Marie, afin d’être de véritables «Oblates coopératrices missionnaires de l’Immaculée». En avant, avec courage et audace, sans vous soucier des chiffres! Vous êtes — vous l’avez dit — comme du levain. Petites, cachées, mais pleines de foi. Plus la pâte à lever est abondante, plus le ferment doit être riche en qualité!

Je vous bénis, vous, personnes consacrées et, vous tous, amis et collaborateurs. Je prie pour vous. Et vous aussi, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.