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Publication de deux documents de l’Académie pontificale pour la vie et de la Commission vaticane pour le covid-19

L’attention de l’Eglise pour les enfants en temps de pandémie

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04 janvier 2022

«Laissons les enfants aller à l’école!»: en paraphrasant la phrase de l’Evangile «laissez les enfants venir à moi», l’Académie pontificale pour la vie (apv) lance un appel renouvelé en ce temps de Noël marqué une fois de plus par le coronavirus. Elle le fait à travers la note: «La pandémie et le défi de l’éducation - Enfants et adolescents au temps de la Covid-19», publiée le 22 décembre, jour où a été publié également un document analogue, en date du jeudi 15 décembre, rédigé par la Commission vaticane pour le Covid-19 (Covaco), instituée par le Pape François au sein du dicastère pour le service du développement humain intégral, intitulé: «Enfants et Covid-19 - Les victimes les plus vulnérables de la pandémie».

La note de l’apv

«L’Eglise catholique souligne l’urgence d’éliminer les lourds obstacles qui empêchent, dans le monde, les enfants et les adolescents de s’intégrer dans la société de manière saine et positive — explique l’apv —. Les jeunes doivent fréquenter l’école». D’où le vœu, modelé sur les paroles du Christ: «Que l’école soit un environnement sain, où l’on apprend la connaissance et la science du vivre ensemble et des relations! Que les plus jeunes aient de bons professeurs, attentifs aux talents de chacun et capables de patience et d’écoute!».

En outre, demande la note, il faut «ressentir dans nos cœurs, ainsi que dans notre action pastorale, un fort désir d’amener les plus jeunes à Jésus. Laissons-les aller à Lui avec leurs questions, leur capacité de résilience et leur propre chemin de foi». Du reste, «la pandémie a rappelé à tous la nécessité de répondre aux questions sincères et profondes des enfants à l’égard d’un mal soudain et collectif». Et dans ce sens, «inclure les réponses à ces questions dans les programmes d’initiation à la foi est une opportunité».

Le document s’ouvre par la description de ce qui a été appelé une «pandémie parallèle». En effet, bien que les manifestations cliniques soient limitées sur les mineurs, le stress psycho-social a provoqué des malaises et des pathologies, avec des conséquences diversifiées selon l’âge, les conditions sociales et environnementales. Cette «pandémie parallèle, qui touche ces générations au moment où se développent en elles ces énergies qui sont destinées à alimenter leur imaginaire à l’égard de l’avenir, ne manquera pas d’avoir un effet profond sur la psychologie des enfants, et notamment des adolescents». Et «la désorientation qui en suit ne peut manquer d’attirer l’attention des adultes», bien que le débat en cours ne laisse pas percevoir de détermination adéquate dans ce sens. C’est pourquoi la note de l’apv «souhaite mettre à profit ce qui a été vécu ces derniers mois, en reconnaissant les ressources positives qui ont émergé durant cette période de pandémie et en mettant en évidence certains domaines particulièrement fragiles et problématiques, afin d’affronter l’avenir proche avec espérance».

Après avoir analysé «les ressources des enfants et des adolescents au temps de la Covid» en termes de «sensibilité, de résilience et de confiance dans la science», le document identifie «quatre défis urgents: ouvrir le plus possible les écoles, prendre soin des relations familiales, éduquer à la fraternité universelle et transmettre la foi dans le Dieu de la vie».

C’est surtout le premier d’entre eux qui comporte une série de conséquences négatives qui suscitent de graves préoccupations: l’apv en dénombre cinq: la croissance, dans les pays au sud de notre planète, du taux d’abandon scolaire dû à la fermeture des écoles (au moins 10 millions d’enfants ne feront jamais retour à l’école, et seront rattrapés par les problèmes sociaux qui les obligent à travailler et à être exploités); le risque d’une régression des compétences et réussites scolaires (en particulier à cause de l’augmentation des inégalités dues au à la «fracture numérique» liée aux pratiques d’apprentissage en distanciel, à la capacité réduite des parents à aider leurs enfants dans leurs devoirs à la maison et aux inégalités en termes de types de logement); la réduction de l’apport calorique quotidien pour tous les enfants qui vivent dans des zones où le système scolaire prévoit également la fourniture d’un repas (tandis qu’au contraire, dans les pays développés, la fermeture des écoles s’est associée à des styles de vie moins sains, en termes de régime alimentaire et d’activité physique réduite); l’impact sur la santé psycho-physique, mentale des enfants et sur l’interaction sociale générée par la fermeture des écoles qui a engendré des troubles anxieux, des dépressions et du stress (de même que la fermeture des centres sportifs et les autres limitations imposées par la distanciation sociale); dépendance à internet, aux jeux vidéo et à la télévision (binge watching).

La Covaco

Une alliance entre les gouvernements, les organisations de la société civile et celles de l’Eglise, «unies» pour soulager la souffrance croissante des enfants les plus vulnérables en cette période de pandémie, est ce que demande en revanche la Commission vaticane Covid-19, à partir de la constatation selon laquelle la situation sanitaire actuelle a fait basculer d’innombrables enfants dans une pauvreté extrême et a laissé beaucoup d’entre eux sans parents ni proches pour veiller sur eux: «Dans le monde entier — explique la Covaco —, l’exploitation et la violence à l’égard des enfants se sont accrues, et l’accès aux établissements scolaires a été réduit ou suspendu».

Divisé en trois parties, le document offre tout d’abord un panorama du contexte actuel, puis l’analyse à la lumière du magistère et enfin, propose un plan concret d’action.

La partie initiale explique qu’une génération entière d’enfants subit de plein fouet les conséquences économiques, sanitaires et sociales de la pandémie, avec l’augmentation soudaine de la pauvreté extrême sur les cinq continents, l’insécurité alimentaire croissante et les mesures de confinement imposées par les gouvernements, qui ont mis les familles à rude épreuve. En effet, le virus frappe rapidement, laissant peu de temps pour se préparer au décès ou à la maladie de longue durée. Le nombre des cas de violence, d’abus et d’exploitation des enfants signalés a fortement augmenté, de même que les adversités que doivent supporter les communautés les plus pauvres sont démesurées.

Dans la conscience «que la garantie et la protection des droits des enfants peuvent favoriser le développement économique et social à long terme», la Covaco souligne que sans protection ni éducation les enfants «ont une plus grande probabilité de tomber dans la pauvreté, d’avoir des problèmes avec la justice et de connaître des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale». On estime que plus de 5 millions d’enfants ont perdu un parent, un grand-parent ou un proche veillant sur eux à cause du Covid-19; un toutes les 12 secondes. Et au cours des prochaines années, des millions d’enfants supplémentaires subiront ces pertes, avec le risque d’être placés dans des orphelinats et d’avoir un accès réduit à l’éducation. Du reste, dans les pays à faible revenu, après des décennies de réduction de la pauvreté, 150 millions d’enfants sont tombés dans cette spirale et le nombre d’enfants victimes du travail a atteint 160 millions.

Il en est de même en ce qui concerne l’insécurité alimentaire croissante: en 2020, les 6 à 7 millions de nouveaux cas de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de 5 ans ont entraîné la mort d’environ 10.000 enfants par mois, dont 80% en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

La Covaco, comme l’apv, observe les importants retards dans l’éducation des plus petits. Plus de 168 millions d’enfants ont manqué une année scolaire entière, et beaucoup d’autres ont vu leur scolarité réduite ou en distanciel.

Sans parler de l’augmentation du risque de violence et d’exploitation: les services de prévention ont été interrompus pour 1,8 milliard d’enfants, au point que le secrétaire général de l’onu a exprimé son inquiétude face à l’«horrible flambée mondiale de la violence domestique». Ce sont en particulier les filles qui en sont victimes. Environ 10 millions d’entre elles risquent d’être mariées de force et de nombreux rapports font état d’une recrudescence des grossesses chez les enfants.

Enfin, la note n’oublie pas les conséquences sur les mineurs immunodéprimés ou handicapés, en particulier pour les enfants placés dans des établissements de soins collectifs.

En faisant référence au magistère de François et à la doctrine sociale de l’Eglise, la deuxième partie du document souligne que les enfants qui perdent un parent ou un proche en raison de la pandémie devraient rester dans une famille dans la mesure du possible; et que la violence contre eux est contraire au message de l’Evangile, qui exige le soin et la protection des plus faibles et des sans défense. En somme, souligne la Covaco, «les enfants d’aujourd’hui sont le fondement de notre avenir» et «nos réponses à la vulnérabilité des enfants face à la pandémie doivent être holistiques».

D’où les plans d’action proposés aux décideurs politiques et à la société civile d’un côté, et aux organisations ecclésiales de l’autre. En ce qui concerne les premiers, cinq consignes leur sont confiées: promouvoir la distribution équitable du vaccin, renforcer les systèmes de soin au sein de la famille, consacrer des dépenses budgétaires accrues à la protection des enfants, associer les transferts en espèces aux pays pauvres à des programmes complémentaires et protéger les enfants victimes de traumatismes lors de la réouverture des écoles

Aux deuxièmes en revanche, il est demandé de préparer les diocèses et les paroisses à intervenir rapidement quand les noyaux familiaux sont touchés par le Covid-19, de garantir une assistance familiale sûre et enrichissante, de redoubler d’efforts pour trouver une famille pour chaque enfant, d’affronter directement la montée de la violence contre les mineurs pendant la pandémie.