· Cité du Vatican ·

Le Pape rencontre les jeunes de Scholas Occurrentes

Non à la psychologie de l’indifférence

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30 novembre 2021

Une représentation théâtrale de la douleur qui frappe les jeunes d’aujourd’hui a été le point de départ d’une conversation avec le Pape François sur les migrants, la société du rebut, l’inclusion, la pandémie, la discrimination et l’accueil. Celle-ci a eu lieu dans l’après-midi du 25 novembre, au collège pontifical international Maria Mater Ecclesiae de Rome à l’initiative de Scholas Occurrentes.

Le Pape, arrivé en voiture du Vatican, a écouté les conclusions et les projets qui sont nés du premier cours de l’école politique «Fratelli tutti», qui s’est déroulé en présentiel, après 21 mois de rendez-vous hebdomadaires en classes virtuelles au niveau international. Cinquante jeunes âgés de 16 à 27 ans, provenant de 16 pays, se sont retrouvés pour trois jours de rencontre, au terme desquels ils ont voulu partager leurs expériences et leurs débats précisément avec l’Evêque de Rome.

Ils ont été écoutés également par les directeurs mondiaux de Scholas, José María del Corral et Enrique Palmeyro, et par le ministre de l’éducation de la République italienne, Patrizio Bianchi. Le Pape a répondu à certaines questions en espagnol, après que les jeunes, provenant de divers milieux sociaux, économiques, culturels et linguistiques, ont chanté et témoigné de leurs difficultés et de leurs attentes. Parmi les personnes présentes, figuraient des réfugiés, des demandeurs d’asile, mais également des étudiants de prestigieux collèges: en somme, une tranche de la réalité mondiale des jeunes, où se mêlent pauvreté et richesse, difficulté et émancipation, marginalisation et inclusion.

La douleur exprimée par un groupe de jeunes qui portaient des masques blancs avec des rayures de diverses couleurs, a offert au Pape l’occasion de parler de créativité. Celle-ci est ce qui «donne de l’élan» mais c’est aussi aussi «un risque». Toutefois, une communauté sans créativité est «un masque comme celui-ci, tous ont uniformisé non seulement leur visage, mais aussi leur cœur, et là où s’affaiblissent les sentiments, s’affaiblissent également les mouvements de l’âme». En pratique, on fait ce qui «est ordonné, on fait ce qui est exigé, on fait ce que tous font socialement», et ainsi, on perd sa personnalité. Il est clair, a ajouté le Pape, que parfois, certains «réagissent contre tout cela et vont dans l’autre direction» et deviennent des «enfants terribles». Il faut souligner, toutefois, qu’un jeune qui «fait des bêtises, qui va dans l’autre direction», le fait pour «rappeler l’attention, pas toujours dans le mauvais sens du terme», mais il demande de l'aide à une société qui a «un visage indistinct, un visage blanc, politiquement correct, tous les mêmes, tous les mêmes à l'extérieur… mais où est ton cœur?», a été l’interrogation soulevée par le Pape François.

A suivi ensuite le récit de l’expérience dramatique d’Austen, un réfugié du Rwanda, qui a réussi à s’échapper au Congo et à échapper au génocide qui a frappé le pays africain en 1994. Le jeune a trouvé en Scholas Occurentes un soutien précieux et, à travers sa question, il a offert au Pape l’occasion d’attirer à nouveau l’attention sur le drame des réfugiés et de ceux qui sont victimes d’exclusion et d’exploitation.

La condition de réfugié, a dit le Pape, indique que «tu as quitté un lieu qui était le tien, ta patrie, et tu t’es mis en route par nécessité». L’horrible génocide au Rwanda a fait ressentir la nécessité de fuir une tragédie, une prison, quelque chose qui ne permettait pas de vivre en homme libre. Les réfugiés, a ajouté le Pape, qui risquent leur vie en fuyant, traversant la Méditerranée, la mer Egée, l’Atlantique, mais aussi la route maritime vers les îles Canaries, ont une seule obsession, celle de sortir.

Aujourd’hui, a-t-il souligné, la vie d’un réfugié «est très dure». Il suffit de penser à ce qui a lieu sur les côtes de la Libye, surtout pour ceux qui retournent en arrière, qui sont capturés par les mafias, par des gens sans scrupules qui exploitent, torturent, et vendent les femmes. Et s’adressant précisément aux jeunes filles présentes, à l’occasion de la journée internationale contre la violence sur les femmes, François a dit être certain qu’elles pouvaient imaginer ce que signifie être vendues comme marchandises.

Le Pape a voulu ensuite souligner que lorsque l’on parle de réfugiés, on ne parle pas de chiffres, mais de nos frères et sœurs qui ont dû fuir et qui n’ont pas pu le faire, tandis que d’autres ont été capturés et envoyés dans des camps de concentration où les trafiquants les font d’abord embarquer, puis les reprennent quand ils sont renvoyés en arrière.

La vie d’un réfugié, a-t-il répété, est de vivre dans la rue, toutefois pas dans la rue de sa ville, mais dans la rue de la vie, où «tu es ignoré, piétiné, traité comme rien». D’où l’invitation à ouvrir nos cœurs à la vie des réfugiés, parce que ce ne sont pas des personnes qui sont venues faire du tourisme dans un autre pays. Ce sont des gens qui fuient pour vivre et qui risquent leur vie pour vivre. L’égoïsme, a-t-il ajouté, conduit à la psychologie de l’indifférence, au point que plus personne ne se scandalise du fait que la Méditerranée est en train de devenir le plus grand cimetière du monde.

Enfin, le Pape a exhorté qui n’est pas contraint de fuir son pays à exprimer sa gratitude, en appelant dans le même temps à faire attention à ne pas être emprisonnés dans son propre pays, c’est-à-dire emprisonnés culturellement. Il faut, a-t-il dit, apprendre à fuir les prisons qui sont présentées par les habitudes sociales prédéterminées, le socialement correct. Parfois, on est emprisonné par des comportements qui rendent comme «amidonnés», et empêchent de ressentir. Par ailleurs, un réfugié fuit parce qu’il a «un sentiment de liberté, un sentiment de justice».