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Discours aux participants à un congrès promu par la Fondation Migrantes de la conférence épiscopale italienne

La maison commune européenne ne doit pas être abîmée par la haine et les préjugés

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23 novembre 2021

Grâce également aux «millions d'émigrés italiens qui renouvellent le visage des villes», l'Europe est en train de devenir «une belle mosaïque» et ne doit pas être abîmée ou corrompue «par des préjugés ou une haine voilée de respectabilité». C'est ce qu'a affirmé le Pape François en s'adressant aux participants au congrès: «Les Italiens en Europe et la mission chrétienne» — promu par la Fondation Migrantes de la conférence épiscopale italienne — au cours de l'audience qui s'est déroulée le jeudi 11 novembre dans la salle Clémentine. Nous publions ci-dessous le discours du Pape

Chers frères et sœurs,

Je vous souhaite la bienvenue et je remercie le cardinal Bassetti pour ses paroles de salutation et d’introduction. Je salue le secrétaire général de la cei, le président de la Fondation Migrantes avec le directeur et les collaborateurs, et j’adresse un salut reconnaissant à vous tous, prêtres et collaborateurs pastoraux, qui êtes au service des communautés et des missions italophones en Europe.

Le thème qui guide le travail de votre rencontre est: «Les Italiens en Europe et la mission chrétienne». Je vois en cela, d’une part, la sollicitude pastorale qui pousse toujours à connaître la réalité, en l’occurrence la mobilité italienne; et, d’autre part, le désir missionnaire que celle-ci puisse être un ferment, un levain de nouvelle évangélisation en Europe. Dans ce contexte, je voudrais partager trois ré-flexions qui, je l’espère, vous aideront dans le présent et dans l’avenir.

La première concerne la mobilité, la migration. Nous ne voyons souvent les migrants que comme «autres» que nous, comme des étrangers. En réalité, notamment en lisant les données du phénomène, on découvre que les migrants sont une partie importante de «nous», ainsi que, dans le cas des émigrés italiens, des personnes proches de nous: nos familles, nos jeunes étudiants, diplômés, chômeurs, nos entrepreneurs. La migration italienne révèle — comme l’écrivait le grand évêque Geremia Bonomelli, fondateur de l'Œuvre d’aide aux migrants en Europe et au Moyen-Orient — une «Italie fille», en chemin en Europe, surtout, et dans le monde. C’est une réalité dont je me sens particulièrement proche, car ma famille a également émigré en Argentine. Le «nous», pour lire mobilité.

La seconde réflexion concerne l’Europe. La lecture de l’émigration italienne dans le continent européen doit nous rendre toujours plus conscients que l’Europe est une maison commune. Même l’Eglise en Europe ne peut manquer de considérer les millions d’émigrants d’Italie et d’autres pays qui renouvellent le visage des villes et des pays. Et, dans le même temps, ils nourrissent «le rêve d’une Europe unie, capable de reconnaître ses racines communes et de se féliciter de la diversité qui l’habite» (Enc. Fratelli tutti, n. 10). C’est une belle mosaïque, qui ne doit pas être abîmée ou corrompue par des préjugés ou une haine voilée de respectabilité. L’Europe est appelée aujourd’hui à revitaliser sa vocation à la solidarité dans la subsidiarité.

La troisième réflexion concerne le témoignage de foi des communautés d’émigrés italiens dans les pays européens. Grâce à leur religiosité populaire bien ancrée, ils ont communiqué la joie de l’Evangile, ont rendu visible la beauté d’être des communautés ouvertes et accueillantes, ils ont partagé les chemins des communautés chrétiennes locales. Un style de communion et de mission a caractérisé leur histoire, et j’espère qu’il pourra façonner aussi leur avenir. C’est un très beau fil qui nous lie à la mémoire de nos familles. Comment ne pas penser à nos grands-parents émigrés et à leur capacité à être génératifs également dans le domaine de la vie chrétienne? C’est un héritage à préserver et à entretenir, en trouvant des moyens qui nous permettent de revitaliser l’annonce et le témoignage de la foi. Et cela dépend beaucoup du dialogue entre les générations: notamment entre grands-parents et petits-enfants. C’est très important, je le souligne: les grands-parents et les petits-enfants. En effet, les jeunes Italiens qui se déplacent aujourd’hui en Europe sont très différents, en termes de foi, de leurs grands-parents, et pourtant, en général ils leur sont très attachés. Et il est crucial qu’ils restent attachés à leurs racines: précisément au moment où ils doivent vivre dans d’autres contextes européens, la sève qu’ils puisent de leurs racines, de leurs grands-parents, une sève de valeurs humaines et spirituelles, est précieuse. Alors, s’il y a ce dialogue entre générations, entre grands-parents et petits-enfants, vraiment «les expressions de la piété populaire ont beaucoup à nous apprendre […], en particulier au moment où nous pensons à la nouvelle évangélisation» (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 126 ).

A la lumière de l’expérience latino-américaine, j’ai pu affirmer que «les migrants, si on les aide à s’intégrer, sont une bénédiction, une richesse et un don qui invitent une société à grandir» (Enc. Fratelli tutti, n. 135). Accueillir, accompagner, promouvoir et intégrer, les quatre étapes. Si nous n’arrivons pas à l’intégration, il peut y avoir des problèmes, et sérieux. La tragédie de Zaventem me vient toujours à l’esprit: ceux qui ont fait cela étaient des Belges, mais des enfants de migrants non intégrés et ghettoïsés. Accueillir, accompagner, promouvoir et intégrer. Il en va de même pour l’Europe. Les émigrants sont aussi une bénédiction pour et dans nos Eglises en Europe. S’ils sont intégrés, ils peuvent aider à faire respirer l’air d’une diversité qui régénère l’unité; ils peuvent nourrir le visage de la catholicité; ils peuvent témoigner de l’apostolicité de l’Eglise; ils peuvent donner lieu à des histoires de sainteté. N’oublions pas, par exemple, que sainte Françoise Xavière Cabrini, religieuse lombarde émigrée parmi les émigrants, fut la première sainte citoyenne des Etats-Unis d’Amérique. Dans le même temps, les migrations ont accompagné et peuvent soutenir, par la rencontre, la relation et l'amitié, le chemin œcuménique dans les différents pays européens où les fidèles appartiennent en majorité aux communautés réformées ou orthodoxes.

Dans ce sens, je me réjouis de constater que le chemin synodal des Eglises en Italie, également grâce au travail pastoral de la Fondation Migrantes, se propose de considérer les migrants comme une ressource importante pour le renouveau et la mission des Eglises en Europe. Surtout, le monde des jeunes en émigration, souvent désorienté et seul, devra voir une Eglise avec ses pasteurs attentifs, qui marche avec eux et parmi eux.

Que le bienheureux évêque Giovanni Battista Scalabrini, dont l’action auprès des migrants a nourri la mission des Eglises en Italie, et sainte Francesca Cabrini, patronne des migrants, guident et protègent votre chemin dans les Eglises en Europe pour une nouvelle annonce joyeuse et prophétique de l’Evangile.

Chers frères et sœurs, je vous remercie pour ce que vous faites. Je vous encourage à poursuivre votre engagement et à penser de manière créative à une mission tournée vers l’avenir de nos communautés, afin qu’elles soient toujours plus enracinées dans l’Evangile, fraternelles et accueillantes. Je vous bénis et je vous accompagne. Et vous, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci!