· Cité du Vatican ·

Nous ne sommes libres qu’en aimant et servant les autres

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26 octobre 2021

Chers frères et sœurs, bonjour!

Ces jours-ci, nous parlons de la liberté de la foi, en écoutant la Lettre aux Galates. Mais il m’est venu à l’esprit ce que Jésus disait sur la spontanéité et la liberté des enfants, quand cet enfant a eu la liberté de s’approcher et de se comporter comme s’il était chez lui... Et Jésus nous dit: «Vous aussi, si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le -Royaume des cieux». Le courage de s’approcher du Seigneur, d’être ouverts au Seigneur, de ne pas avoir peur du Seigneur: je remercie cet enfant pour la leçon qu’il nous a donnée à tous. Et que le Seigneur l’aide dans ses limites, dans sa croissance, parce qu’il a apporté ce témoignage qui lui est venu du cœur. Les enfants n’ont pas de traducteur automatique du cœur à la vie: le cœur va de l’avant.

L’apôtre Paul, dans sa Lettre aux Galates, nous introduit dans la grande nouveauté de la foi, lentement. C’est véritablement une grande nouveauté, parce qu’elle ne renouvelle pas seulement certains aspects de la vie, mais nous conduit dans cette «vie nouvelle» que nous avons reçue à travers le baptême. C’est là que s’est déversé sur nous le don le plus grand, celui d’être fils de Dieu. Renés dans le Christ, nous sommes passés d’une religiosité faite de préceptes à la foi vivante, qui a son centre dans la communion avec Dieu et avec nos frères, c’est-à-dire dans la charité. Nous sommes passés de l’esclavage de la peur et du péché à la liberté des fils de Dieu. Encore une fois le mot liberté.

Nous cherchons aujourd’hui à mieux comprendre quel est pour l’apôtre le cœur de cette liberté. Paul affirme qu’elle n’est absolument pas «prétexte pour la chair» (Ga 5, 13): c’est-à-dire que la liberté ne signifie pas vivre en libertin, selon la chair, c’est-à-dire selon l’instinct, les envies individuelles et ses pulsions égoïstes; au contraire, la liberté de Jésus nous conduit à être — écrit l’apôtre — «au service les uns des autres» (ibid.). Mais cela est-il de l’esclavage? Et oui, la liberté dans le Christ possède certains «esclavages», des dimensions qui nous conduisent au service, à vivre pour les autres. La véritable liberté, en d’autres termes, s’exprime pleinement dans la charité. Une fois de plus, nous nous trouvons devant le paradoxe de l’Evangile: nous sommes libres en servant, pas en faisant ce que nous voulons. Nous sommes libres en servant, et c’est de là que vient la liberté; nous nous trouvons pleinement dans la mesure où nous nous donnons. Nous nous trouvons pleinement dans la mesure où nous nous donnons, nous avons le courage de nous donner; nous possédons la vie si nous la perdons (cf. Mc 8, 35). Cela est pur Evangile.

Mais comment s’explique ce paradoxe? La réponse de l’apôtre est aussi simple qu’exigeante: «par l’amour» (Ga 5, 13). Il n’y a pas de liberté sans amour. La liberté égoïste de faire ce que je veux n’est pas une liberté, parce qu’elle tourne sur elle-même, elle n’est pas féconde. C’est l’amour du Christ qui nous a libérés et c’est encore l’amour qui nous libère du pire des esclavages, celui de notre ego; la liberté croît donc avec l’amour. Mais attention: pas avec l’amour de l'intimité, avec l’amour des feuilletons, pas avec la passion qui cherche simplement ce qui nous convient et ce qui nous plaît, mais avec l’amour que nous voyons dans le Christ, la charité: c’est l’amour qui est vraiment libre et libérateur. C’est l’amour qui resplendit dans le service gratuit, modelé sur celui de Jésus, qui lave les pieds de ses disciples et dit: «Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous» (Jn 13, 15). Servir les uns les autres.

Pour Paul donc, la liberté n’est pas de «faire ce qu’il me plaît». Ce type de liberté, sans fin et sans référence, serait une liberté vide, une liberté de cirque: cela ne va pas. En effet, elle laisse un vide à l’intérieur: combien de fois, après avoir suivi uniquement notre instinct, nous nous apercevons que nous restons avec un grand vide à l’intérieur et que nous avons mal utilisé le trésor de notre liberté, la -beauté de pouvoir choisir le véritable bien pour nous et pour les autres. Seule cette liberté est pleine, concrète, et nous insère pleinement dans la vie réelle de chaque jour. La véritable liberté nous libère toujours, en revanche, quand nous recherchons la liberté de «ce qui me plaît et ne me plaît pas», à la fin nous restons -vides.

Dans une autre lettre, la première aux Corinthiens, l’apôtre répond à ceux qui soutiennent une idée erronée de liberté. «Tout est permis!» disent-ils. «Oui, mais tout n’est pas profitable», répond Paul. «Tout est permis; mais tout n’édifie pas», répond l’apôtre, qui ajoute ensuite: «Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d'autrui» (1 Co 10, 23-24). Telle est la règle pour démasquer toute liberté égoïste. Devant ceux qui sont tentés de réduire la liberté uniquement à leurs propres goûts, Paul place l’exigence de l’amour. La liberté guidée par l’amour est la seule qui rende libres les autres et nous-mêmes, qui sait écouter sans imposer, qui sait aimer sans contraindre, qui édifie et ne détruit pas, qui n’exploite pas les autres pour son propre intérêt et qui leur fait du bien sans rechercher de profit personnel. En somme, si la liberté n’est pas au service — cela est le test — si la liberté n’est pas au service du bien, elle risque d’être stérile et de ne pas porter de fruit. En revanche, la liberté animée par l’amour conduit vers les pauvres, en reconnaissant dans leur visage celui du Christ. C’est pourquoi le service des uns envers les autres permet à Paul, en écrivant aux Galates, de souligner quelque chose de très important: ain-si, en parlant de la liberté que les autres apôtres lui ont donnée d’évangéliser, il souligne qu’ils ne lui recommandèrent qu’une chose: de se rappeler des pauvres (cf. Ga 2, 10). Cela est intéressant. Quand, après la lutte idéologique entre Paul et les apôtres, ils se sont mis d’accord, que lui ont dit les apôtres? «Va de l’avant, va de l’avant et n’oublie pas les pauvres», c’est-à-dire que ta liberté de prédication soit une liberté au service des autres, non pas pour toi-même, pour faire ce qu’il te plaît.

Nous savons en revanche qu’une des conceptions modernes les plus répandues sur la liberté est celle-ci: «Ma liberté finit là où commence la tienne». Mais ici manque la relation, le rapport! C’est une vision individualiste. Au contraire, celui qui a reçu le don de la libération opérée par Jésus ne peut penser que la liberté consiste à se tenir éloigné des autres, les considérant comme une gêne, il ne peut voir l’être humain retranché sur lui-même, mais toujours inséré dans une communauté. La dimension sociale est fondamentale pour les chrétiens, et leur permet de regarder le bien commun et non l’intérêt privé.

Surtout en ce moment historique, nous avons besoin de redécouvrir la dimension communautaire, pas individualiste, de la liberté: la pandémie nous a enseigné que nous avons besoin les uns des autres, mais il ne suffit pas de le savoir, il faut le choisir chaque jour concrètement, décider de suivre cette voie. Nous décidons et nous -croyons que les autres ne sont pas un obstacle à ma liberté, mais sont la possibilité de la réaliser pleinement. Parce que notre liberté naît de l’amour de Dieu et croît dans la charité.

A l’issue de l’audience générale, le Saint-Père a salué les fidèles francophones:

Je salue cordialement les personnes de langue française, particulièrement les étudiants du Studium de Notre-Dame de vie, les membres de l’équipe Notre-Dame, les jeunes de Bons-en-Chablais et les fidèles de la paroisse de Martigny en Suisse. Demandons la grâce d’être comblés de l’amour de Dieu afin de faire de notre maison commune un lieu où chacun puisse vivre dignement en ayant accès aux ressources que nous offrent le Créateur. A tous, ma Bénédiction!