· Cité du Vatican ·

Discours aux participants à la rencontre des modérateurs des associations de fidèles, des mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés

Rencontre avec les associations de fidèles

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12 octobre 2021

Les charges de gouvernement dans les associations de laïcs sont «un appel à servir» et non pas un instrument pour satisfaire «la soif de pouvoir». C’est ce qu’a dit le Pape François aux modérateurs des associations de fidèles, des mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés qui ont participé à une rencontre promue au Vatican par le dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, à trois mois de la publication, précisément le 11 juin dernier, du Décret relatif aux associations internationales de fidèles. En les rencontrant dans la matinée du jeudi 16 septembre dans la salle du synode, le Pape a prononcé le discours suivant:

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenus!

Je salue cordialement Son Eminence le cardinal Kevin Farrell et je le remercie pour les paroles qu’il m’a adressées. Et merci à vous tous, d’être présents malgré les difficultés dues à la pandémie — et parfois à «l’absence de bonne humeur» que ce décret a peut-être semée dans le cœur de certains! Mais allons de l’avant ensemble. Je salue et je remercie également ceux qui participent en liaison vidéo, dont une grande partie n’ont pas pu voyager à cause des limites encore en vigueur dans de nombreux pays. Je ne sais pas comment le secrétaire a réussi à rentrer du Brésil! Il faudra que tu me l’expliques.

1. J’ai désiré être ici, aujourd’hui, avant tout pour vous dire merci! Merci pour votre présence en tant que laïcs, hommes et femmes, jeunes et personnes âgées, engagés à vivre et à témoigner de l’Evangile dans les réalités ordinaires de la vie, dans votre travail, dans de nombreux contextes différents — éducation, engagement social, etc., dans la rue, dans les gares ferroviaires, vous y êtes tous —: c’est le vaste domaine de votre apostolat, c’est votre évangélisation.

Nous devons comprendre que l’évangélisation est un mandat qui vient du baptême; le baptême qui fait de nous des prêtres, dans le sacerdoce du Christ: le peuple sacerdotal. Et nous ne devons pas attendre qu’arrive le prêtre, le prêtre pour évangéliser, le missionnaire… Oui, cela, ils le font très bien, mais ceux qui ont reçu le baptême ont le devoir d’évangéliser. Vous avez réveillé cela avec vos mouvements et cela est très bon. Merci!

Ces derniers mois, vous avez vu de vos yeux et touché de vos mains les souffrances et les angoisses de tant d’hommes et de femmes, à cause de la pandémie, surtout dans les pays les plus pauvres, où beaucoup d’entre vous sont présents. L’un de vous m’en a parlé. Tant de pauvreté, de misère… Je pense à nous, au Vatican, qui nous plaignons quand le repas n’est pas bien cuit, alors qu’il y a des personnes qui n’ont rien à manger. Je vous suis reconnaissant parce que vous ne vous êtes pas arrêtés: vous n’avez pas cessé d’apporter votre solidarité, votre aide, votre témoignage évangélique, même pendant les mois les plus durs, quand le nombre des contagions était très élevé. En dépit des restrictions dues aux nécessaires mesures de prévention, vous n’avez pas baissé les bras, au contraire, je sais que beaucoup parmi vous ont multiplié leurs efforts en s’adaptant aux situations concrètes que vous aviez, et que vous avez devant vous, avec cette créativité qui vient de l’amour, parce que celui qui se sait -aimé par le Seigneur aime sans me-sure.

Ce «sans mesure» est ce qui a lieu dans ces moments critiques. Et ce «sans mesure», nous l’avons vu également chez beaucoup de religieuses, beaucoup de personnes consacrées, beaucoup de prêtres et beaucoup d’évêques. Je pense à un évêque qui a fini par être entubé, pour avoir été toujours aux côtés des personnes. Maintenant, il se remet lentement. C’est vous, et tout le peuple de Dieu, qui vous êtes engagés pour cela, et vous avez été là. Aucun de vous n’a dit: «Non, je ne peux pas y aller, parce que mon fondateur pense autrement». Alors, pas de fondateur: là, c’était l’Evangile qui appelait et tout le monde y est allé. Merci beaucoup! Vous avez été des témoins de «cette appartenance commune (bénie) à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire: l’appartenance en tant que frères» (Méditation en temps de pandémie, 27 mars 2020). Ou nous sommes frères, ou nous sommes ennemis! «Non, non. Je prends mes distances: ou frères, ou ennemis». Il n’y a pas de compromis.

2. En tant que membres d’associations de fidèles, de mouvements ecclésiaux internationaux et d’autres communautés, vous avez une véritable mission ecclésiale. Vous cherchez avec dévouement à vivre et à faire fructifier les charismes que l’Esprit Saint, à travers vos fondateurs, a confiés à tous les membres de vos réalités associatives, au profit de l’Eglise et de tous les hommes et les femmes auxquels vous consacrez votre apostolat. Je pense en particulier à ceux qui, se trouvant dans les périphéries existentielles de nos sociétés, en faisant dans leur chair l’expérience de l’abandon et de la solitude, et qui souffrent à cause des nombreux besoins matériels et des pauvretés morales et spirituelles. Cela nous fera du bien à tous de nous souvenir tous les jours non seulement des pauvretés des autres, mais également, et avant tout, des nôtres.

Il y a une chose de Mère Teresa qui me vient souvent à l’esprit. Oui, elle était religieuse, mais cela nous arrive à tous si nous sommes sur la voie. Quand tu vas prier et que tu ne sens rien. J’appelle cela l’«athéisme spirituel», quand tout est obscur, tout semble dire: «J’ai échoué, ce n’est pas la bonne voie, c’est une belle illusion». La tentation de l’athéisme, lorsqu’elle vient dans la prière. La pauvre Mère Teresa a beaucoup souffert parce que c’est la vengeance du diable que nous allions là-bas, aux périphéries, là où est Jésus, précisément là où Jésus est né. Nous préférons un Evangile sophistiqué, un Evangile distillé, mais ce n’est pas l’Evangile, l’Evangile, c’est cela. Merci. Cela nous fera du bien à tous de penser à ces pauvretés.

Vous êtes aussi, même avec les limites et les péchés de tous les jours — grâce à Dieu, nous sommes pécheurs et Dieu nous donne la grâce de reconnaître nos péchés et également la grâce de demander ou d’aller voir le confesseur: c’est une grande grâce, ne la perdez pas! — même avec ces limites, vous êtes un signe clair de la vitalité de l’Eglise: vous représentez une force missionnaire et une présence de prophétie qui nous fait bien espérer pour l’avenir. Vous aussi, avec les pasteurs et tous les autres fidèles laïcs, vous avez la responsabilité de construire l’avenir du saint peuple fidèle de Dieu. Mais souvenez-vous toujours que construire l’avenir ne signifie pas sortir de l’aujourd’hui que nous vivons! Au contraire, l’avenir doit se préparer ici et maintenant, «en cuisine», en apprenant à écouter et à discerner le temps présent avec honnêteté et courage et dans une disponibilité à une rencontre constante avec le Seigneur, à une conversion personnelle constante. Sinon, on court le risque de vivre dans un «monde parallèle», distillé, loin des défis réels de la société, de la culture et de toutes ces personnes qui vivent à côté de vous et qui attendent votre témoignage chrétien. En effet, appartenir à une association, à un mouvement ou une communauté, surtout s’ils se réfèrent à un charisme, ne doit pas nous enfermer dans un «tonneau en fer», nous faire nous sentir en sécurité, comme si les défis et les changements n’avaient pas besoin de réponses. Nous tous, chrétiens, nous sommes toujours en chemin, toujours en conversion, toujours en discernement.

Souvent, nous trouvons ce que l’on appelle les «agents pastoraux», qu’il s’agisse d’évêques, de prêtres, de religieuses, de laïcs engagés [le Pape dit «compromis»]. Je n’aime pas cette expression: le laïc est engagé ou il n’est pas engagé. Les laïcs actifs dans quelque chose. Mais il y en a certains qui confondent ce chemin avec une sortie touristique ou qui pensent à tort que ce chemin consiste à toujours tourner en rond sur soi-même, sans pouvoir aller de l’avant. Le chemin évangélique n’est pas une sortie touristique. C’est un défi: chaque pas est un défi et chaque pas est un appel de Dieu, chaque pas est — comme nous le disons dans mon pays — «mettre la viande sur le grill». Toujours aller de l’avant. Nous sommes toujours en chemin, toujours en conversion, toujours en discernement pour faire la volonté de Dieu.

Penser être «la nouveauté» dans l’Eglise — c’est une tentation que l’on trouve souvent chez les nouvelles congrégations ou les nouveaux mouvements — et donc, n’ayant pas besoin de changements, cela peut devenir une fausse sécurité. Les nouveautés aussi vieillissent rapidement! C’est pourquoi même le charisme auquel nous appartenons, nous devons toujours l’approfondir davantage, toujours réfléchir ensemble pour l’incarner dans les nouvelles situations que nous vivons. Cela exige de nous une grande docilité, une grande humilité, pour reconnaître nos limites et accepter de changer nos façons de faire et de penser qui sont dépassées, ou des méthodes d’apostolat qui ne sont plus efficaces, ou des formes d’organisation de la vie interne qui se sont révélées inadéquates ou même nocives. Par exemple, c’est un des services que nous rendent toujours les chapitres généraux. Quand [les façons et les méthodes] ne sont pas bons, on doit les revoir en assemblée.

Mais maintenant, venons-en au sujet principal, ce que vous attendiez.

3. Le Décret sur Les associations internationales de fidèles, promulgué le 11 juin de cette année, est un pas dans cette direction. Mais ce Décret nous met-il en prison? Fait-t-il obstacle à la liberté? Non, ce Décret nous pousse à accepter quelques changements et à préparer l’avenir à partir du présent. A l’origine de ce Décret, il n’y a pas une théorie sur l’Eglise ou sur les associations de laïcs que l’on veut appliquer ou imposer. Non, il n’y en a pas. C’est la réalité elle-même des dernières décennies qui nous a montré la nécessité des changements que le Décret nous demande.

Et je vous dis une chose sur cette expérience de ces dernières décennies de l’après-concile. A la Congrégation pour les religieux, ils sont en train d’étudier les congrégations religieuses, les associations qui sont nées pendant cette période. C’est curieux, c’est très curieux. Beaucoup, beaucoup, et cela est une grande nouveauté, se sont retrouvées dans des situations très difficiles: elles se sont retrouvées avec des visites apostoliques, elles se sont retrouvées avec des péchés graves, avec des commissaires… On est en train de faire une étude. Je ne sais pas si l’on peut publier cela, mais vous connaissez mieux que moi à travers les bavardages cléricaux quelles sont ces situations. Elles sont si nombreuses, et pas seulement les grandes que nous connaissons, et qui sont scandaleuses — les choses qu’ils ont faites pour se sentir une Eglise à part, on aurait dit des rédemp-teurs! — mais aussi les petites. Par exemple, dans mon pays, trois d’entre elles ont déjà été dissoutes, et toutes pour avoir fini dans des choses les plus sales. Elles étaient le salut, non? A ce qu’il semblait… Toujours avec le fil [rouge] de la rigidité disciplinaire. Cela est important. Et cela m’a conduit… Cette réalité des dernières décennies nous a montré une série de changements, pour aider, des changements que le Décret nous demande.

Aujourd’hui, donc, précisément à partir de de ce Décret, vous vous arrêtez sur un thème important non seulement pour chacun de vous, mais pour toute l’Eglise: «La responsabilité de gouvernement des associations de laïcs. Un service ecclésial». Gouverner signifie servir. L’exercice du gouvernement au sein des associations et des mouvements est un thème qui me tient particulièrement à cœur, surtout si l’on considère — ce que j’ai dit auparavant — les cas d’abus de diverse nature qui ont eu lieu également dans ces réalités et dont la racine se trouve toujours dans l’abus de pouvoir. Voilà l’origine: l’abus de pouvoir. Le Saint-Siège a dû souvent intervenir au cours de ces années, en lançant des processus difficiles d’assainissement. Et je pense non seulement à ces situations si laides qui font du bruit; mais aussi aux maladies qui viennent de l’affaiblissement du charisme fondateur, qui devient tiède et qui perd sa capacité d’attraction.

4. Les charges de gouvernement qui vous sont confiées dans les associations de laïcs auxquelles vous appartenez ne sont pas autre chose qu’un appel à servir. Mais que signifie servir pour un chrétien? Dans certaines occasions, j’ai pu indiquer deux obstacles qu’un chrétien peut rencontrer sur son chemin et qui l’empêchent de devenir un véritable serviteur de Dieu et des autres (cf. Méditation du matin à Sainte-Marthe, 8 novembre 2016).

5. Le premier est la «soif de pouvoir»: quand cette soif de pouvoir te fait changer la nature du service de gouvernement. Combien de fois avons-nous fait sentir aux autres notre «soif de pouvoir»? Jésus nous a enseigné que celui qui commande doit devenir comme celui qui sert (cf. Lc 22, 24-26) et que «si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous» (Mc 9, 35). C’est-à-dire que Jésus renverse les valeurs de la mondanité, du monde.

Notre soif de pouvoir s’exprime de nombreuses façons dans la vie de l’Eglise; par exemple, quand nous estimons, en raison du rôle que nous avons, devoir prendre des décisions sur tous les aspects de la vie de notre association, du diocèse, de la paroisse, de la congrégation. On délègue à d’autres des tâches et des responsabilités, pour des domaines déterminés, mais seulement en théorie! Dans la pratique, la délégation à d’autres est vidée par la manie d’être partout. Et cette soif de pouvoir annule toute forme de subsidiarité. Cette attitude n’est pas belle et finit par vider de sa force le corps ecclésial. C’est une mauvaise façon de «discipliner». Et nous l’avons vu. Beaucoup de supérieurs, de supérieurs généraux — et je pense aux congrégations que je connais le plus — s’éternisent au pouvoir et font mille et mille choses pour être réélus et réélus, même en changeant les Constitutions. Et derrière, il y a une volonté de pouvoir. Cela n’aide pas; c’est le début de la fin d’une association, d’une congrégation.

Certains penseront peut-être que cette «soif» ne le concerne pas, que cela n’arrive pas dans son association. Ayons présent à l’esprit que le Décret Les associations internationales de fidèles ne s’adresse pas seulement à certaines réalités ici présentes, mais qu’il vaut pour toutes, sans exception. Pour toutes. Il n’y en a pas de meilleures ou de moins bien, de parfaites ou pas: toutes les réalités ecclésiales sont appelées à la conversion, à comprendre et mettre en œuvre l’esprit qui anime les dispositions que nous donnent le Décret. Deux images me viennent à ce propos. Deux images historiques. Cette religieuse qui était à l’entrée du Capitole et qui disait: «Si vous votez pour moi, je ferai cela…». Ils achètent le pouvoir. Et puis, un cas qui me semble étrange, comme «l’esprit du fondateur est descendu sur moi». On dirait une prophétie d’Isaïe! «Il me l’a donné à moi! Je dois avancer seule ou seul parce que le fondateur m’a donné son manteau, comme Elie à Elysée. Et vous, oui, faites les élections, mais c’est moi qui commande». Et cela arrive! Je ne parle pas de choses inventées. Cela arrive aujourd’hui dans l’Eglise.

L’expérience de proximité à vos réalités a enseigné qu’il est bénéfique et nécessaire de prévoir une alternance dans les charges de gouvernement et une représentation de tous les membres à vos élections. Même dans le contexte de la vie consacrée, il y a des instituts religieux qui, en maintenant toujours les mêmes personnes dans les charges de gouvernement, n’ont pas préparé l’avenir; ils ont permis que des abus s’insinuent, et ils traversent encore de grandes difficultés. Je pense, vous ne le connaissez pas, à un institut dont la responsable s’appelait Amabilia. L’institut a fini par s’appeler «odiobilia», parce que ses membres se sont rendu compte que cette femme était un «Hitler» en habit religieux.

6. Il y a également un autre obstacle au vrai service chrétien, et celui-ci est très subtil: la déloyauté. Nous le rencontrons quand quelqu’un veut servir le Seigneur mais sert aussi d’autres choses qui ne sont pas le Seigneur (et derrière d’autres choses, il y a toujours l’argent). C’est un peu comme jouer un double jeu! En paroles, on dit vouloir servir Dieu et les autres, mais dans les faits, nous servons notre ego, et nous nous plions à notre désir d’apparaître, d’être reconnus, appréciés… N’oublions pas que le vrai service est gratuit et sans condition, ne connaît ni calculs ni prétentions. En outre, habituellement le vrai service oublie les choses qu’il a faites pour servir les autres. Il arrive, vous en avez tous fait l’expérience, quand on vous remercie [que vous disiez]: «Pour quoi?» — «Pour ce que vous avez fait…» — «Mais qu’est-ce que j’ai fait?»… Et puis cela revient en mémoire. C’est un service, point.

Et nous tombons dans le piège de la dé-loyauté quand nous nous présentons aux autres comme les seuls interprètes du charisme, les seuls héritiers de notre association ou mouvement — ce cas que j’ai mentionné auparavant —; ou bien quand, en nous croyant indispensables, nous faisons tout pour exercer des charges à vie; ou encore, lorsque nous prétendons décider a priori qui doit être notre successeur. Cela arrive-t-il? Oui, cela arrive. Et plus souvent que nous ne le croyons. Personne n’est le maître des dons reçus pour le bien de l’Eglise — nous en sommes des administrateurs — personne ne doit les étouffer, mais les laisser grandir, avec moi et avec celui qui vient après moi. Chacun, là où il est placé par le Seigneur, est appelé à les faire grandir, à les faire fructifier, confiant dans le fait que c’est Dieu qui œuvre tout en tous (cf. 1 Co 12, 6) et que notre vrai bien fructifie dans la communion ecclésiale.

7. Chers amis, par conséquent, en accomplissant le rôle de gouvernement qui nous a été confié, apprenons à être d’authentiques serviteurs du Seigneur et de nos frères, apprenons à dire «nous sommes des serviteurs inutiles»
(Lc 17, 10). Gardons à l’esprit cette expression d’humilité, de docilité à la volonté de Dieu qui fait tant de bien à l’Eglise et rappelle l’attitude juste pour agir en elle: le service humble dont Jésus nous a donné l’exemple, en lavant les pieds de ses disciples (cf. Jn 13, 3-17; Angelus, 6 octobre 2019).

8. Dans le document du dicastère, il est fait référence aux fondateurs. Cela me semble très sage. Un fondateur ne doit pas être changé, il continue, il va de l’avant. En simplifiant un peu, je dirais qu’il faut faire la distinction, dans les mouvements ecclésiaux (et aussi dans les congrégations religieuses), entre ceux qui sont en processus de formation et ceux qui ont déjà acquis une certaine stabilité organique et juridique. Ce sont deux réalités différentes. Les premiers, les instituts, ont aussi le fondateur ou la fondatrice vivants.

Bien que tous les instituts — religieux ou mouvements laïcs — aient le devoir de vérifier, dans les assemblées ou dans les chapitres, l’état du charisme fondateur, et de faire les changements nécessaires dans leurs propres statuts (qui seront ensuite approuvés par leur dicastères respectifs); en revanche, les instituts en formation — et je dis en formation au sens le plus large: les instituts qui ont leur fondateur vivant, et c’est pourquoi le Décret parle de fondateur à vie — qui sont en phase de fondation, cette vérification du charisme est plus continue, pour ainsi dire. C’est pourquoi, le document parle d’une certaine stabilité des supérieurs durant cette phase. Il est important de faire cette distinction pour pouvoir se mouvoir avec plus de liberté dans le discernement.

Nous sommes les membres vivants de l’Eglise et c’est pourquoi nous avons besoin d’avoir confiance dans l’Esprit Saint, qui agit dans la vie de toute association, de tout membre, qui agit en chacun de nous. D’où la confiance dans le discernement des charismes confié à l’autorité de l’Eglise. Soyez conscients de la force apostolique et du don prophétique qui vous sont remis aujourd’hui de façon renouvelée.

Merci de votre attention. Et une chose: quand j’ai lu le projet du Décret, que j’ai ensuite signé — le premier brouillon —, j’ai pensé: «Mais c’est trop rigide! Cela manque de vie, cela manque…». Mais chers [amis], le langage du droit canonique est ainsi! Et ceci c’est du droit, c’est une question de langage. Mais nous devons, comme j’ai essayé de le faire, voir ce que signifie ce langage, le droit. C’est pour cela que j’ai voulu bien l’expliquer. Et aussi expliquer les tentations qu’il y a derrière, que nous avons vues et qui font tant de mal aux mouvements et aussi aux instituts religieux et de laïcs.

Merci de votre attention, et merci au dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, d’avoir organisé cette rencontre. Je vous souhaite à tous un bon travail et un bon chemin, et une bonne réunion. Dites tout ce qu’il vous vient à cœur de dire. Posez les questions que vous voulez poser, clarifiez les situations. C’est une rencontre pour le faire, pour faire Eglise, pour nous. Et n’oubliez pas de prier pour moi, parce que j’en ai besoin. Ce n’est pas facile de faire le Pape, mais Dieu aide. Dieu aide toujours.