· Cité du Vatican ·

Audience au groupe mixte de travail orthodoxe-catholique

Irénée «Doctor unitatis»

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12 octobre 2021

Le Pape proclamera saint Irénée docteur de l’Eglise sous le titre de «Doctor unitatis». C’est le Pape François qui l’a annoncé au cours de l’audience, qui s’est déroulée le jeudi 7 octobre dans la salle Clémentine, au groupe mixte de travail orthodoxe-catholique intitulé au grand théologien et évêque de Lyon. Nous publions ci-dessous le discours du Pape à cette occasion:

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je vous souhaite avec joie la bienvenue à Rome, où vous vous réunissez pour la première fois pour votre session annuelle. Je vous suis reconnaissant pour le travail théologique que vous accomplissez au service de la communion entre catholiques et orthodoxes. Je remercie le cardinal Koch pour ses paroles d’introduction. J’ai été frappé par ce qu’il a dit au sujet de votre tâche spécifique: chercher ensemble les modalités par lesquelles les différentes traditions peuvent s’enrichir mutuellement sans perdre leur identité. Ce que vous avez dit à propos de l’interprétation comme Gegensätze était intéressant: cela m’a plu, merci. Il est beau de cultiver une unité enrichie par les différences, qui ne cède pas à la tentation d’une uniformité qui homologue: cela est toujours mauvais, ce n’est pas du bon esprit. Animés par cet esprit, vous vous confrontez pour comprendre comment les aspects contrastants présents dans nos traditions, au lieu d’alimenter les conflits, peuvent devenir des occasions légitimes d’exprimer la foi apostolique commune.

J’aime aussi votre nom: pas une commission ou un comité, mais un «groupe de travail»: un groupe qui réunit, dans un dialogue fraternel et patient, des experts de diverses Eglises et de divers pays, désireux de prier et d’étudier ensemble l’unité. Votre patron, saint Irénée de Lyon, qu’avec plaisir, je déclarerai Docteur de l’Eglise prochainement sous le titre de Doctor unitatis, est venu d’Orient et a exercé son ministère épiscopal en Occident, il a été un grand pont spirituel et théologique entre les chrétiens orientaux et occidentaux. Dans son nom, Irénée, est inscrit le mot paix. Nous savons que la paix du Seigneur n’est pas une paix de «négociation», fruit d’accords pour protéger des intérêts, mais une paix qui réconcilie, qui réintègre l’unité. Telle est la paix de Jésus. Le Christ — écrit l’apôtre Paul — est «notre paix, […] lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine» (Ep 2, 14 ). Chers amis, vous aussi, avec l’aide de Dieu, travaillez à abattre les murs de séparation et à construire des ponts de communion.

Je vous remercie pour cela et en particulier pour l’étude que vous venez de publier, intitulée Servir la communion. Repenser la relation entre primauté et synodalité. A travers la patience -constructive du dialogue, en particulier avec les Eglises orthodoxes, nous comprenons mieux que primauté et synodalité dans l’Eglise ne sont pas deux principes concurrents à maintenir en équilibre, mais deux réalités qui se constituent et se soutiennent au service de la communion. De même que le primat présuppose l’exercice de la synodalité, ainsi la synodalité inclut l’exercice du primat. De ce point de vue, ce que la Commission théologique internationale a écrit est intéressant, expliquant que la synodalité dans l’Eglise catholique, au sens large, peut être comprise comme l’articulation de trois dimensions: «“tous”, “quelques-uns” et “un”». En effet «la synodalité implique l’exercice du sensus fidei de l’universitas fidelium (tous), le ministère de direction du collège des évêques, chacun avec son presbyterium (quelques-uns), et le ministère d’unité de l’évêque et du Pape (un)» (La synodalité dans la vie et la mission de l’Eglise, 2018, n. 64).

Dans cette vision, le ministère primatial est intrinsèque à la dynamique synodale, de même que l’aspect communautaire qui inclut tout le Peuple de Dieu et la dimension collégiale relative à l’exercice du ministère épiscopal. C’est pourquoi une approche fructueuse du primat dans les dialogues théologiques et œcuméniques ne peut que se fonder sur une réflexion sur la synodalité: il n’y a pas d’autre voie. En effet, j’ai exprimé à plusieurs reprises ma conviction que «dans une Eglise synodale, même l’exercice du primat pétrinien pourra recevoir une plus grande lumière» (Discours à l’occasion du 50e anniversaire de l’institution du synode des évêques, 17 octobre 2015). J’espère qu’avec l’aide de Dieu, le processus synodal qui sera inauguré dans quelques jours dans tous les diocèses catholiques sera l’occasion d’approfondir aussi cet aspect important avec d’autres chrétiens.

Chers frères et sœurs, je vous remercie de votre visite et vous souhaite une session de travail fructueuse à Rome à l’Institut d’études œcuméniques de l’Angelicum. En confiant mon ministère à vos prières, j’invoque sur vous la bénédiction du Seigneur et la protection de la Sainte Mère de Dieu. Et à présent, si vous le souhaitez, nous pouvons prier ensemble le Notre Père, chacun dans sa langue. [Notre Père]