· Cité du Vatican ·

Pécheurs mais justifiés par la grâce

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05 octobre 2021

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans notre itinéraire pour mieux comprendre l’enseignement de saint Paul, nous rencontrons aujourd’hui un thème difficile mais important, celui de la justification. Qu’est-ce que la justification? Nous, qui étions des pécheurs, sommes devenus des justes. Qui nous a rendus justes? Ce processus de transformation est la justification. Nous, devant Dieu, sommes justes. Certes, nous avons nos péchés personnels, mais à la base nous sommes justes. Cela est la justification. On a beaucoup discuté sur cet argument, pour trouver l’interprétation la plus cohérente avec la pensée de l’apôtre et, comme cela arrive souvent, on en est même parvenu à opposer les positions. Dans la Lettre aux Galates, ainsi que dans celle aux Romains, Paul insiste sur le fait que la justification vient de la foi en Christ. «Mais, Père, je suis juste car je garde tous les commandements!» — Oui: mais ce n’est pas de là que vient la justification. Elle vient en premier. Quelqu’un t’a justifié, quelqu’un t’a fait juste devant Dieu. «Oui, mais je suis pécheur!» — oui: tu es juste, mais pécheur. Mais au fond, tu es juste. Qui t’a fait juste? Jésus Christ. Ceci est la justification.

Que se cache-t-il derrière le mot «justification», qui est si décisif pour la foi? Ce n’est pas facile de parvenir à une définition exhaustive, mais dans l’ensemble de la pensée de saint Paul, nous pouvons simplement dire que la justification est la conséquence de «la miséricorde de Dieu qui offre le pardon» (Catéchisme de l’Eglise catholique, 1990). Et c’est notre Dieu, tellement bon! Miséricordieux, patient, plein de miséricorde, qui donne continuellement le pardon, continuellement. Lui pardonne, et la justification c’est Dieu qui pardonne dès le commencement à chacun, en Christ. La miséricorde de Dieu qui donne le pardon. Dieu, en effet, par la mort de Jésus, — et ceci nous devons le souligner: par la mort de Jésus — a détruit le péché et nous a donné de manière définitive le pardon et le salut. Ainsi justifiés, les pécheurs sont accueillis par Dieu et réconciliés avec lui. C’est comme un retour à la relation originelle entre le Créateur et la créature, avant que n’intervînt la désobéissance du péché. La justification que Dieu opère nous permet donc de retrouver l’innocence perdue par le péché. Comment la justification a-t-elle lieu? Répondre à cette question équivaut à découvrir une autre nouveauté dans l’enseignement de saint Paul: la justification se fait par la grâce. Seulement par la grâce: nous avons été justifiés par pure grâce. «Mais ne puis-je pas, comme certains le font, aller voir le juge et payer pour qu’il me rende justice?». — Non: on ne peut pas payer pour cela. Un seul a payé pour nous tous: le Christ. Et du Christ qui est mort pour nous vient cette grâce que le Père nous donne à tous: la justification advient par la grâce.

L’apôtre garde toujours à l’esprit l’expérience qui a changé sa vie: la rencontre avec Jésus ressuscité sur le chemin de Damas. Paul avait été un homme fier, religieux et zélé, convaincu que dans l’observation scrupuleuse des préceptes consistait la justice. Maintenant, toutefois il a été conquis par le Christ, et la foi en Lui l’a transformé en profondeur, lui permettant de découvrir une vérité jusqu’alors cachée: nous ne devenons pas justes par nos propres efforts, non: ce n’est pas nous; mais c’est le Christ, avec la force de sa grâce, qui nous rend justes. Ainsi, Paul, pour avoir une pleine connaissance du mystère de Jésus, est disposé à renoncer à tout dont il était auparavant riche (cf. Ph 3, 7), car il a découvert que seule la grâce de Dieu l’a sauvé. Nous avons été justifiés, nous avons été sauvés par pure grâce, non par nos propres mérites. Et cela nous donne une grande confiance. Nous sommes pécheurs, oui; mais nous avançons sur le chemin de la vie avec cette grâce de Dieu qui nous justifie chaque fois que nous demandons pardon. Mais pas à ce moment-là, il justifie: nous sommes justifiés, mais il vient nous pardonner une autre fois.

Pour l’apôtre, la foi a une valeur globale. Elle touche chaque moment et chaque aspect de la vie du croyant: du baptême jusqu’au départ de ce monde, tout est imprégné par la foi en la mort et la résurrection de Jésus, qui donne le salut. La justification par la foi souligne la priorité de la grâce, que Dieu offre à tous ceux qui croient en son Fils sans aucune distinction.

Pourtant nous ne devons pas conclure, de toute façon, que pour Paul la Loi mosaïque n’a plus aucune valeur; au contraire, elle reste un don irrévocable de Dieu, elle est — écrit l’apôtre — elle est «sainte» (Rm 7, 12). Bien sûr, il est essentiel, dans notre vie spirituelle, d’observer les commandements, — nous l’avons déjà dit plusieurs fois — mais même là nous ne pouvons pas compter sur nos propres forces: la grâce de Dieu que nous recevons dans le Christ est fondamentale, cette grâce qui vient de la justification que nous donne le Christ, qui a déjà payé pour nous. De lui, nous recevons cet amour gratuit qui nous permet, à notre tour, d’aimer de manière concrète.

Dans ce contexte, il est également bon de rappeler l’enseignement de l’apôtre Jacques, qui écrit: «L’homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi. — Il semblerait que ce soit le contraire, mais ce n’est pas le contraire —. […] Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte» (Jc 2, 24.26). La justification, si elle ne fleurit pas par nos œuvres, sera là, sous terre, comme morte. Elle est là, mais nous devons la mettre en œuvre par nos actions. Ainsi, les paroles de Jacques complètent l’enseignement de Paul. Pour les deux, donc, la réponse de la foi exige donc d’être actifs dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain. Pourquoi «actif dans cet amour»? Parce que cet amour nous a sauvés tous, nous a justifiés gratuitement, gratuitement!

La justification nous insère dans la longue histoire du salut, qui montre la justice de Dieu: face à nos chutes continuelles et à nos insuffisances, Lui ne s’est pas résigné, mais a voulu nous rendre justes et l’a fait par la grâce, à travers le don de Jésus Christ, de sa mort et résurrection. Plusieurs fois j’ai dit comment est la manière d’agir de Dieu, quel est le style de Dieu, et je l’ai dit en trois mots: le style de Dieu est proximité, compassion et tendresse. Il est toujours proche de nous, il est compatissant et tendre. Et la justification est précisément la plus grande proximité de Dieu avec nous, hommes et femmes, la plus grande compassion de Dieu envers nous, hommes et femmes, la plus grande tendresse du -Père. La justification est ce don du Christ, de la mort et de la résurrection du Christ qui nous libère. «Mais, Père, je suis un pécheur, j’ai volé, j’ai...» — oui, oui: mais à la base tu es un juste. Laisse que Christ réalise cette justification. Nous ne sommes pas condamnés, à la base, non: nous sommes justes. Permettez-moi de le dire ainsi: nous sommes saints, à la base. Mais ensuite, par nos actions, nous devenons des pécheurs. Mais, à la base, soit saints: laissons la grâce du Christ prendre le dessus et cette justice, cette justification nous donne la force d’aller de l’avant. Ainsi, la lumière de la foi nous permet de reconnaître combien est infinie la miséricorde de Dieu, la grâce qui agit pour notre bien. Mais cette même lumière nous fait aussi voir la responsabilité qui nous est confiée de collaborer avec Dieu dans son œuvre de salut. La force de la grâce a besoin de s’unir à nos œuvres de miséricorde que nous sommes appelés à vivre pour témoigner combien est grand l’amour de Dieu. Allons de l’avant avec cette confiance: tous nous avons été justifiés, nous sommes justes en Christ. Nous devons mettre en œuvre cette justice par nos actions. Merci.

A l’issue de l’audience générale, le Pape s’est adressé aux fidèles francophones:

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins des diocèses de Grenoble et d’Agen.

En ce jour où l’Eglise célèbre les saints archanges, je demande à saint Michel, protecteur de la France, de veiller sur votre pays, de le garder dans la fidélité à ses racines, et de conduire votre peuple sur les voies d’une unité et d’une solidarité toujours plus grandes. Que Dieu vous bénisse!