· Cité du Vatican ·

Discours aux participants à la rencontre de l’International Catholic Legislators Network

La politique est au service du bien commun et non de l’intérêt personnel

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07 septembre 2021

La «vocation la plus haute» pour la politique est «celle de servir le bien commun et donner la priorité au bien-être de tous, avant le bénéfice personnel». C’est ce qu’a recommandé le Pape François aux participants à la rencontre de l’International Catholic Legislators Network, reçus en audience dans la matinée du vendredi 27 août dans la salle Clémentine.

Je voudrais vous demander pardon de ne pas parler debout, mais je suis encore dans la phase post-opératoire et je dois rester assis. Excusez-moi.

Mesdames et Messieurs!

Je suis heureux de vous rencontrer à nouveau, parlementaires de divers pays, en ce moment critique de l’histoire: un moment critique de l’histoire. Je remercie le cardinal Schönborn et Monsieur Alting von Geusau pour leurs paroles de salutation et d’introduction. Et je me réjouis de la présence de Sa Sainteté Ignace Ephrem ii, patriarche de l’Eglise syro-orthodoxe.

Depuis les débuts de l’International Catholic Legislators Network, en 2010, vous avez accompagné, soutenu et promu le travail du Saint-Siège en tant que témoins de l’Evangile au service de vos pays et de la communauté internationale dans son ensemble. Je vous suis reconnaissant pour votre amour de l’Eglise et votre collaboration à sa mission.

Notre rencontre a lieu aujourd’hui à un moment très difficile. La pandémie de Covid-19 s’acharne. Nous avons certes accompli des progrès significatifs dans la création et la distribution de vaccins efficaces, mais il nous reste encore beaucoup de travail à mener à terme. Il y a déjà eu plus de deux cents millions de cas confirmés et quatre millions de décès dus à ce terrible fléau, qui a également causé une importante ruine économique et sociale.

Votre rôle de parlementaires est donc plus important que jamais. Préposés à servir le bien commun, vous êtes maintenant appelés à collaborer, à travers votre action politique, à renouveler intégralement vos communautés et la société entière. Pas seulement pour vaincre le virus, ni pour revenir au statu quo d’avant la pandémie, non, ce serait une défaite; mais pour affronter les causes profondes que la crise a révélées et amplifiées: la pauvreté, les inégalités sociales, le chômage généralisé et le manque d’accès à l’éducation. Frères et sœurs, on ne sort pas les mêmes d’une crise: nous en sortirons meilleurs ou pires. On ne sort pas seuls d’une crise: nous en sortirons ensemble ou nous ne pourrons pas en -sortir.

A une époque d’agitation et de polarisation politique, les parlementaires et les hommes politiques plus généralement ne sont pas toujours tenus en haute estime. Ce n’est pas nouveau pour vous. Pourtant, quelle plus haute vocation existe-t-il que celle de servir le bien commun et donner la priorité au bien-être de tous, avant le bénéfice personnel? Cela doit toujours être votre objectif, parce qu’une bonne politique est indispensable pour la fraternité universelle et la paix sociale (cf. Enc. Fratelli tutti, n. 176).

A notre époque, en particulier, l’un des plus grands défis qui se profilent à l’horizon est l’administration de la technologie pour le bien commun. Les merveilles de la science et de la technologie moderne ont amélioré notre qualité de vie. «Il est juste de se réjouir face à ces progrès, et de s’enthousiasmer devant les grandes possibilités que nous ouvrent ces cons-tantes nouveautés, parce que la science et la technologie sont un produit merveilleux de la créativité humaine, ce don de Dieu» (Enc. Laudato si’, n. 102). Cependant, abandonnées à elles-mêmes et aux seules forces du marché, sans les orientations appropriées données par les assemblées législatives et par les autres autorités publiques guidées par le sens de la responsabilité sociale, ces innovations peuvent menacer la dignité de l’être humain.

Il ne s’agit pas de freiner le progrès technologique. Toutefois, les instruments de la politique et de la réglementation permettent aux parlementaires de protéger la dignité humaine lorsqu’elle est menacée. Je pen-se par exemple au fléau de la pédopornographie, à l’exploitation des données personnelles, aux attaques contre des infrastructures critiques comme les hôpitaux, aux fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux etc. Une législation attentive peut et doit guider l’évolution et l’application de la technologie pour le bien commun. Je vous encourage donc chaleureusement, frères et sœurs, à entreprendre la tâche d’une sérieuse et profonde réflexion morale sur les risques et les opportunités -inhérents au progrès scientifique et technologique, afin que la législation et les normes internationales qui les régissent puissent se concentrer sur la promotion du développement humain intégral et de la paix, plutôt que sur le progrès pour lui-même.

Les parlementaires reflètent naturellement les forces et les faiblesses de ceux qu’ils représentent, chacun ayant des spécificités à mettre au service du bien de tous. L’engagement des citoyens, dans les divers domaines de participation sociale, civile et politique, est incontournable. Nous sommes tous appelés à promouvoir l’esprit de solidarité, à partir des besoins des personnes les plus faibles et défavorisées. Toutefois, pour guérir le monde, durement éprouvé par la pandémie, et pour construire un avenir plus inclusif et durable, dans lequel la technologie sert les besoins humains et ne nous isole pas les uns des autres, il faut non seulement des citoyens res-ponsables, mais également des leaders préparés et animés par le principe du bien commun.

Chers amis, que le Seigneur vous permette d’être un ferment d’une régénération de l’esprit, du cœur et de l’âme, témoins d’un amour politique pour les plus vulnérables, afin qu’en les servant, vous puissiez Le servir, Lui, dans tout ce que vous faites.

Je vous bénis, je bénis vos familles et je bénis votre travail. Et vous aussi, je vous demande, s’il vous plaît, priez pour moi. Merci.