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Message du Pape à l’occasion du pré-sommet de l’onu sur les systèmes alimentaires

La malnutrition est un crime qui viole les droits humains

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03 août 2021

«Nous produisons assez de nourriture pour tout le monde, mais beaucoup se retrouvent sans leur pain quotidien» et cela constitue «un crime qui viole les droits humains fondamentaux. Il est donc du devoir de tous d’éradiquer cette injustice». Le Pape François dénonce une nouvelle fois le scandale de la faim qui tue. Après l’avoir déjà fait lors de l’Angelus du dimanche 25 juillet, il a lancé un nouvel appel fort contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire dans un message envoyé, dans l’après-midi du lundi 26 juillet, au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, à l’occasion du pré-sommet qui s’est tenu à Rome, au siège de la Fao, en vue du prochain sommet mondial sur les systèmes alimentaires qui se tiendra en septembre à New York, à l’initiative de l’Onu. Nous publions ci-dessous une traduction du texte du Pape, qui a été lu par S.Exc. Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les Etats.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je salue cordialement tous ceux qui participent à cette importante rencontre, qui met à nouveau en évidence que l’un de nos plus grands défis actuels est de vaincre la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition à l’ère du covid-19.

Cette pandémie nous a confrontés aux injustices systémiques qui minent notre unité en tant que famille humaine. Nos frères et sœurs les plus pauvres, et la Terre, notre Maison commune qui «pleure les dommages que nous provoquons à cause de l’usage irresponsable et de l’abus des biens que Dieu y a placés»1, exigent un changement radical.

Nous développons de nouvelles technologies avec lesquelles nous pouvons augmenter la capacité de la planète de donner des fruits, et pourtant nous continuons à exploiter la nature au point de la rendre stérile2, en agrandissant ainsi non seulement les déserts extérieurs mais aussi les déserts spirituels intérieurs3. Nous produisons assez de nourriture pour tout le monde, mais beaucoup se retrouvent sans leur pain quotidien. Cela «constitue un véritable scandale»4, un crime qui viole les droits humains fondamentaux. Il est donc du devoir de tous d’éradiquer cette injustice5 par des actions concrètes et des bonnes pratiques, et à travers des politiques locales et internationales audacieuses.

Dans cette perspective, la transformation attentive et correcte des systèmes alimentaires joue un rôle important et doit avoir pour effet qu’ils soient capables d’accroître la résilience, de fortifier les économies locales, d’améliorer la nutrition, de réduire le gaspillage alimentaire, de fournir des régimes alimentaires sains accessibles à tous, d’être durables du point de vue de l’environnement, et respectueux des cultures locales.

Si nous voulons garantir le droit fondamental à un niveau de vie adapté6 et tenir nos engagements pour atteindre l’objectif Faim Zéro7, il ne suffit pas de produire de la nourriture. Il faut une nouvelle mentalité et une nouvelle approche intégrale8 et concevoir des systèmes alimentaires qui protègent la Terre et maintiennent la dignité de la personne humaine au centre; qui garantissent une nourriture suffisante au niveau mondial et promeuvent un travail digne au niveau local; et qui nourrissent le monde aujourd’hui, sans compromettre l’avenir.

Il est essentiel de retrouver le caractère central du secteur rural, dont dépend la satisfaction de nombreux besoins humains fondamentaux, et il est urgent que le secteur agricole retrouve un rôle prioritaire dans le processus de prise de décisions politiques et économiques, visant à définir le cadre du processus de «relance» post-pandémique que l’on est en train d’élaborer. Dans ce processus, les petits agriculteurs et les familles d’agriculteurs doivent être considérés comme des acteurs privilégiés. Leurs connaissances traditionnelles ne doivent pas être négligées ou ignorées, tandis que leur participation directe leur permet de mieux comprendre leurs propres priorités et leurs besoins réels. Il est important de faciliter l’accès des petits agriculteurs et de l’agriculture familiale aux services nécessaires à la production, à la commercialisation et à l’utilisation des ressources agricoles. La famille est une composante essentielle des systèmes alimentaires, car dans la famille «on apprend à profiter du fruit de la terre sans en abuser et l’on découvre les meilleurs outils pour diffuser des modes de vie respectueux du bien personnel et collectif».9 Cette reconnaissance doit s’accompagner de politiques et d’initiatives qui satisfassent pleinement les besoins des femmes rurales, favorisent l’emploi des jeunes et améliorent le travail des agriculteurs dans les zones les plus pauvres et reculées.

Nous sommes conscients que les intérêts économiques individuels, fermés et conflictuels — mais puissants10 — nous empêchent de concevoir un système alimentaire qui réponde aux valeurs du Bien commun, de la solidarité et de la «culture de la rencontre». Si nous voulons maintenir un multilatéralisme fécond11, un système alimentaire fondé sur la responsabilité, la justice, la paix et l’unité de la famille humaine est fondamental.12

La crise à laquelle nous sommes actuellement confrontés est en fait une occasion unique pour entamer des dialogues authentiques, audacieux et courageux,13 en examinant les racines de notre système alimentaire injuste.

Au cours de cette réunion, nous avons la responsabilité de réaliser le rêve d’un monde où le pain, l’eau, les médicaments et le travail circulent en abondance et atteignent en premier les plus indigents. Le Saint-Siège et l’Eglise catholique se mettront au service de ce noble objectif, en offrant leur contribution, en unissant leurs forces et leurs volontés, leurs actions et leurs sages décisions.

Je demande à Dieu que personne ne soit laissé pour compte, que chaque personne puisse faire face à ses propres besoins fondamentaux. Que cette rencontre pour la régénération des systèmes alimentaires nous encourage à construire une société pacifique et prospère, et à planter des semences de paix qui nous permettent une authentique fraternité14.

Du Vatican, le 26 juillet 2021

François

1) Pape François, 2015, Laudato si’ - Sur la sauvegarde de la Maison commune, n. 2.

2) Cf. Paul vi , 1971, Octagesima adveniens, n. 21.

3) Benoît xvi , 2005, Homélie à l’occasion du début du ministère pétrinien.

4) Fratelli tutti - Sur la fraternité et l’amitié sociale, n. 189.

5) Cf. Pape François, 2017, Message pour la session d’inauguration de la 40e conférence générale de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao).

6) Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, 1948, Déclaration universelle des droits de l’homme.

7) Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, 2015, -Transformer notre monde: l’Agenda 2030 pour le développement durable.

8) Pape François, Message pour la journée mondiale de l’alimentation 2019.

9) Pape François, Message pour la journée mondiale de l’alimentation 2019.

10) Cf. Fratelli tutti – Sur la fraternité et l’amitié sociale, nn. 12, 16, 29, 45, 52.

11) Cf. Fratelli tutti – Sur la fraternité et l’amitié sociale, n. 174.

12) Pape François, 2015, Message vidéo à l’occasion de la 75e session de l’assemblée générale des Nations unies.

13) Cf. Fratelli tutti – Sur la fraternité et l’amitié sociale, nn. 201-203.

14) Cf. Fratelli tutti – Sur la fraternité et l’amitié sociale, n. 2.