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VIIème centenaire de la mort de Dante Alighieri

Dante, prophète d’espérance et poète de la miséricorde

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30 mars 2021

Dans sa lettre apostolique Candor lucis aeternae — Splendeur de la lumière éternelle —, publiée le jeudi 25 mars, François rappelle le septième centenaire de la mort de Dante Alighieri, soulignant l’actualité, la pérennité et la profondeur de foi de «La Divine Comédie».

Sept cents ans après sa mort en 1321 à Ravenne, dans un exil douloureux de sa chère Florence, Dante nous parle encore. Il s’adresse à nous, hommes et femmes d’aujourd’hui, et nous demande d’être non seulement lu et étudié, mais aussi et surtout écouté et imité dans son cheminement vers le bonheur, c’est-à-dire l’amour infini et éternel de Dieu. C’est ce qu’écrit le Pape François dans sa lettre apostolique Candor lucis aeternae, publiée en la solennité de l’Annonciation du Seigneur. La date n’est pas fortuite: le mystère de l’Incarnation, qui jaillit du «Fiat» de Marie, est en effet «le véritable centre d’inspiration et le -noyau essentiel» de toute la Divine Comédie qui réalise la «divinisation» ou plutôt «l’échange prodigieux» entre Dieu qui «entre dans notre histoire en se faisant chair» et l’humanité qui «est assumée en Dieu, en qui elle trouve le vrai bonheur».

Divisée en neuf paragraphes, la Lettre apostolique s’ouvre sur un bref excursus que François fait de la pensée de divers Papes sur Dante: en 1921, Benoît xv lui dédie l’encyclique In praeclara summorum et affirme que le poète florentin appartient à l’Eglise, au point de l’appeler «notre Dante», car son œuvre tire de la foi chrétienne «un puissant élan d’inspiration». En 1965, saint Paul vi écrivait la lettre apostolique Altissimi cantus et soulignait combien la Comédie est «universelle», car elle «embrasse le ciel et la terre, l’éternité et le temps» et porte une fin «transformatrice», c’est-à-dire «capable de changer radicalement l’homme et de le conduire du péché à la sainteté». Le Pape Montini soulignait également «l’idéal de paix» exprimé dans l’œuvre de Dante, ain-si que la «conquête de la liberté» qui, en libérant l’homme du mal, le conduit vers Dieu. Vingt ans plus tard, en 1985, saint Jean-Paul ii rappelle un autre terme clé de la Divine Comédie: le verbe «transhumaner» qui permet à l’homme et au divin de ne pas s’annuler réciproquement. La première encyclique de Benoît xvi, Deus caritas est, en 2005, souligne l’originalité du -poème de Dante, c’est-à-dire «la nouveauté d’un amour qui a poussé Dieu à prendre un visage humain et un cœur humain». François rappelle également sa première encyclique, Lumen fidei, publiée en 2013, dans laquelle le -Poète suprême est cité pour décrire la lumière de la foi comme «étincelle, flamme et étoile du ciel» qui scintille dans l’homme.

Le Pape s’attarde ensuite sur la vie de Dante, la définissant comme «paradigme de la condition humaine» et soulignant «l’actualité et la pérennité» de son œuvre qui «a su exprimer, avec la beauté de la poésie, la profondeur du mystère de Dieu et de l’amour». Il fait en effet «partie intégrante de notre culture, écrit François, il nous rappelle les racines chrétiennes de l’Europe et de l’Occident, il représente le patrimoine d’idéaux et de valeurs» proposé aujourd’hui encore par l’Eglise et la société civile comme «base de la coexistence humaine» sur laquelle nous pouvons et devons «nous reconnaître tous frères». -Père de la langue et de la littérature italiennes, Dante Alighieri a vécu sa vie avec la «mélancolie déchirante» d’un pèlerin et d’un exilé, toujours en mouvement, non seulement à l’extérieur parce qu’il a été contraint à l’exil, mais aussi à l’intérieur, à la recherche de son but. Et c’est ici qu’apparaissent les deux axes principaux de la Divine Comédie, explique François, c’est-à-dire le point de départ représenté par «le désir, inhérent à l’âme humaine» et le point d’arrivée, c’est-à-dire «le bonheur, donné par la vision de l’Amour qu’est Dieu».

Dante ne se résigne jamais et c’est pour cette raison qu’il est un «prophète d’espérance»: avec son œuvre il pousse l’humanité à se libérer de la «forêt obscure» du péché pour trouver «la voie droite» et atteindre ainsi «la plénitude de la vie dans l’histoire» et «la béatitude éternelle en Dieu». Il s’agit donc d’une «mission prophétique» qui n’épargne pas les dénonciations et les critiques à l’encontre des fidèles et des Pontifes qui corrompent l’Eglise et la trans-forment en un instrument d’intérêt personnel. Mais en tant que «chantre du désir humain» de bonheur, Dante Alighieri sait discerner «même dans les figures les plus abjectes et effrayantes» l’aspiration de chacun à se mettre en route «jusqu’à ce que le cœur trouve le repos et la paix en Dieu».

Le chemin indiqué par Dante, poursuit le Pape François, est «réaliste et possible» pour tous, car «la miséricorde de Dieu offre toujours la possibilité de changement et de conversion». En ce sens, Dante Alighieri est le «poète de la miséricorde de Dieu» et il est aussi le «chantre de la liberté humaine», dont il se fait le «champion», car elle représente «la condition fondamentale des choix de vie et de la foi elle-même». La liberté de ceux qui croient en Dieu en tant que Père miséricordieux, ajoute-t-il, est «le plus grand don» que le Seigneur fait à l’homme afin qu’ «il puisse atteindre le but ultime».

La Lettre apostolique Candor lucis aeternae met également en valeur trois figures féminines représentées dans la Divine Comédie: Marie, Mère de Dieu, emblème de la charité; Béatrice, symbole de l’espérance; et sainte Lucie, image de la foi. Ces trois femmes, qui rappellent les trois vertus théologales, accompagnent Dante dans les différentes étapes de son errance, démontrant que l’on «ne se sauve pas soi-même», mais qu’il est nécessaire d’avoir l’aide de ceux qui «peuvent nous soutenir et nous guider avec sagesse et prudence». Ce qui émeut Marie, Béatrice et Lucie, en effet, c’est toujours l’amour divin, «l’unique source qui peut nous donner le salut», «le renouvellement de la vie et du bonheur». Un autre paragraphe est dédié par le Pape à saint François, qui dans l’œuvre de Dante est représenté dans la «rose blanche des bienheureux». Entre le Poverello d’Assise et le Poète suprême, le Pape voit «une profonde syntonie»: tous deux, en effet, se sont adressés au peuple, le premier «allant parmi les gens» le second choisissant de ne pas utiliser le latin, mais la langue vernaculaire, «la langue de tous». Tous deux, en outre, s’ouvrent «à la beauté et à la valeur» de la création, miroir de son Créateur.

Artiste brillant, dont l’humanisme «est encore valable et actuel», Dante Alighieri est aussi «un précurseur de notre culture multimédiale», car dans son œuvre «paroles et images, symboles et sons» se fondent pour former «un seul message» qui a presque la saveur de la «provocation»: il veut, en effet, nous rendre «pleinement conscients que nous sommes dans une tension intérieure et continuelle vers le bonheur» représenté par l’amour infini et éternel de Dieu. D’où l’appel que le Souverain Pontife lance pour que l’œuvre de Dante soit encore plus connue et rendue «accessible et attrayante» non seulement aux chercheurs, mais aussi à tous ceux qui, «impatients de répondre aux demandes intérieures, désireux de réaliser pleinement leur existence, veulent vivre leur itinéraire de vie et de foi de manière consciente, accueillant et vivant avec gratitude le don et l’engagement de la liberté».

Félicitant en particulier les enseignants qui savent «communiquer avec passion le message de Dante ainsi que le trésor culturel, religieux et moral» de son œuvre, François demande toutefois que ce «patrimoine» ne reste pas enfermé dans les salles de classe des écoles et des universités, mais qu’il soit connu et diffusé grâce à l’engagement des communautés chrétiennes, des institutions académiques et des associations culturelles. Même les artistes sont mis à contribution: François les encourage à «donner forme à la poésie de Dante sur le chemin de la beauté», afin de diffuser «des messages de paix, de liberté et de fraternité». Une tâche plus pertinente que jamais en ce moment historique marqué par beaucoup d’ombres, la dégradation et le manque de confiance en l’avenir, souligne le Pape. Le Poète suprême, conclut la lettre apostolique, peut donc «nous aider à avancer avec sérénité et courage dans le pèlerinage de vie et de foi, jusqu’à ce que notre cœur ait trouvé la véritable paix et la véritable joie», c’est-à-dire «l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles».

Isabella Piro