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Le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales évoque le voyage du Pape François en Irak
qui débute vendredi 5 mars

Nous sommes tous frères

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03 mars 2021

Le Pape François s’envolera vendredi pour l’Irak. Un nouveau voyage apostolique à l’étranger après quinze mois sans pouvoir quitter le Vatican en raison de la pandémie de
Covid 19. Du 5 au 8 mars, ce -voyage se déploiera autour du thème «Vous êtes tous frères» et sera largement inspiré par le thème de la fraternité humaine, dans la dynamique de sa der-nière encyclique Fratelli Tutti.

Cette visite conduira le Saint-Père de Bagdad à Erbil au Kurdistan irakien en passant par Ur, la ville d’Abraham, mais aussi la plaine de Ninive dans le Nord du pays, à Mossoul et Qaraqosh, où vivent des communautés chrétiennes importantes. En l’année jubilaire 2000, le Pape Jean-Paul ii n’avait pu se rendre en Irak malgré sa volonté. Vingt ans plus tard, l’attente est donc immense chez les Irakiens, à commencer par les chrétiens du pays dont la présence s’est fortement réduite en raison de la guerre et des persécutions, comme celles de Daech. Le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, nous explique les enjeux et l’importance de ce voyage vers l’un des berceaux du christianisme.

Quelle est selon-vous la portée de ce voyage apostolique du Pape François, en particulier pour les communautés chrétiennes locales?

Ce geste du Pape a une grande importance pour la société civile, pour la nation irakienne tout entière, mais surtout pour nos frères et sœurs chrétiens parce qu’ils ont été protagonistes d’une réalité évangélique qu’on croyait parfois avoir oublié. Ils ont vécu la souffrance de la guerre, les bombardements, l’Etat islamique, la persécution, les attentats terribles comme celui dans l’église syro-catholique de Bagdad où il y avait eu 48 morts. Tout ça est une forme de témoignage pour le monde entier: même dans cette situation difficile, de terrible souffrance pour les chrétiens, ils sont restés fidèles à l’Evangile, au Christ.

Un voyage d’autant plus attendu que Jean-Paul ii avait dû renoncer à se rendre en Irak. Ressentez-vous cette forte attente dans le pays?

Oui je la sens et je désirerais beaucoup que ce soit un voyage de joie pour cette raison, cette attente née du désir de Jean-Paul ii de se rendre pour le jubilé de l’an 2000 sur la terre d’Abraham, d’aller aux sources de notre foi. Je me rappelle aussi tous les efforts du Saint-Siège lors du bombardement de l’Irak, le Pape Jean-Paul ii avait envoyé le cardinal Etchegaray pour parler avec Saddam Hussein. Aujourd’hui, la visite du Pape François vient remplir cette attente, la remplir avec la joie et l’espérance de dire que l’on peut construire un monde nouveau, pas seulement parce que nous avons l’Evangile, mais aussi avec nos frères des autres religions. Le Pape vient porter cette joie avec les «fruits de son pontificat» que sont la Déclaration sur la Fraternité humaine d’Abou Dhabi et l’encyclique Fratelli Tutti.

Malgré les drames vécus par les communautés chrétiennes, ce voyage a aussi pour objectif de montrer combien elles contribuent à la reconstruction du pays, comme à Mossoul par exemple. Avez-vous bon espoir que ces communautés soient plus visibles à l’issue de ce voyage pontifical?

Oui, je pense que le voyage mettra justement en lumière cette présence chrétienne. Il permettra de rappeler que ces chrétiens d’Irak sont des citoyens comme les autres, qu’ils travaillent pour le bien commun. Tout ce que font les chrétiens dans le pays n’est pas fait à des fins égoïstes mais pour la cons-truction du pays: les écoles, la promotion humaine de l’homme, de la femme, des enfants, tout ce qui touche au secteur de la santé publique...

Il s’agira aussi du premier -voyage du Pape François depuis plus d’un an, c’est aussi le symbole d’un Pape «en sortie» en pleine pandémie...

Pour moi, ce voyage est une sorte «d’exorcisme de la pandémie». Ce sera un voyage où la multitude des cœurs s’unit au Pape, même si physiquement, de nombreuses personnes ne seront pas là. (Olivier Bonnel)