· Cité du Vatican ·

Les Evangiles

Jésus, la théologie
avec les femmes

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06 février 2021

Les théologiens interprètent la parole de Dieu, et dans l'Evangile de Jean, les femmes agissent constamment en tant que théologiennes. La première femme mentionnée par Jean est « la mère de Jésus » (2, 1). Aux noces de Cana, elle dit à Jésus qu’il n’y a plus de vin. Bien que sa réponse —  « Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue » (2, 4) —  ne concerne pas directement la question, elle l'interprète correctement. Sachant qu'il fournira le vin, la mère ordonne aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira » (2, 5).

De même la femme de Samarie interprète correctement les paroles de Jésus, même si certains commentateurs ont mal compris son rôle. Certains la jugent de manière négative en raison de ses cinq maris et de sa situation actuelle. Nous ne connaissons pas les faits de son histoire familiale. Nous savons cependant que le cadre préfigure un mariage, parce que c'est près d'un puits que le serviteur d'Abraham a rencontré Rebecca et que Moïse a rencontré Séphora. Non seulement Jean-Baptiste a identifié Jésus comme l'époux (3, 29), mais le cadre est le puits de Jacob et c'est « en plein jour » (Genèse 29, 7) que Jacob a rencontré Rachel.  Jésus se révélera être un époux très peu conventionnel et la Samaritaine une épouse plutôt insolite.

D'autres prétendent qu'elle se rend au puits à midi parce que les habitants du village la méprisent, mais s'ils avaient ressenti du dédain pour elle, ils ne l'auraient pas écoutée. Elle est plutôt le contraire de Nicodème, qui a rencontré Jésus la nuit (3, 2). Puisque Jésus, la « lumière du monde » (9, 5), affirme que « si quelqu'un marche le jour, il ne trébuchera pas, car il voit la lumière de ce monde » (11,9), la femme, qui est clairement dans la lumière, sert d'épouse symbolique qui unit l'époux à sa famille, les Samaritains à Sychar.

Dans Matthieu 16, 16, Pierre proclame Jésus « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Dans l'Evangile de Jean, cet honneur revient à Marthe, qui entend dire Jésus « Je suis la résurrection et la vie » et qui interprète correctement « tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde » (II, 25-27).

Marthe dit à sa sœur Marie que Jésus l'appelle (II , 28), même s'il ne l'a pas fait. Marthe a compris que c'est son rôle, tout comme la mère de Jésus a appelé les serviteurs et la Samaritaine a évangélisé son village.

Dans le chapitre suivant, Marie utilise « une livre d'huile parfumée [...], très précieuse » (12,3) pour oindre les pieds de Jésus. Jean raconte que « toute la maison était remplie du parfum de l'onguent » (12, 3), créant ainsi un contraste avec le tombeau de Lazare, où Marthe parle de la « mauvaise odeur » émanant de la dépouille (II, 39). Le geste de Marie anticipe la croix, puisqu'elle oint symboliquement Jésus pour la sépulture (12, 7). Sa générosité est en contraste avec le vol des fonds de la communauté par Judas. Et son geste anticipe le lavement des pieds des disciples par Jésus.

Sur la croix, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ! »; il dit au disciple qu'il aimait : « Voici ta mère ! » (19, 26-27). La mère de Jésus, que Jean n'appelle jamais « Marie », devient ainsi la mère symbolique de tous les disciples. Si les commentateurs font souvent remarquer que le disciple bien-aimé qui accueille la mère de Jésus dans sa maison prendra soin d'elle, en réalité, ce soin est réciproque, parce qu’elle continuera à lui rappeler l'enseignement de Jésus.

Enfin, si Marie de Magdala arrive au tombeau de Jésus « alors qu'il faisait encore nuit » (20, I), nous savons qu'elle verra bientôt la lumière. Elle appelle Pierre et le disciple que Jésus aimait et ils croient à ses paroles. Bien qu'elle confonde d'abord Jésus avec le gardien du jardin, elle le reconnaît lorsqu'il l'appelle par son nom. Jésus lui assigne alors la tâche de devenir l’apôtre des apôtres ; nous savons qu'ils la croiront à nouveau.

En écoutant, en interrogeant, en interprétant et en appelant les autres, les femmes dans l'Evangile de Jean ne sont pas seulement des théologiennes. Elles sont aussi des disciples, des apôtres, des maîtresses/enseignantes, des évangélistes et des modèles.

Amy-Jill Levine