· Cité du Vatican ·

Audience à l'assemblée générale du mouvement des Focolari

La proximité est le style
de Dieu

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23 février 2021

«La proximité» est «le style» et «le langage le plus authentique de Dieu». C'est ce qu'a rappelé le Pape François en recevant, dans la matinée du samedi 6 février, dans la salle Paul vi , les participants à l'assemblée générale du Mouvement des Focolari, qui s'est déroulée en ligne, en raison de la pandémie, du 24 janvier au 7 février.

Eminence,
Chers frères et sœurs!

Je suis heureux de vous accueillir en conclusion de votre assemblée générale, au cours de laquelle vous avez débattu de thèmes importants et choisi les nouveaux responsables. Je remercie la présidente sortante, Maria Voce — merci Maria! Elle a été très bien et très humaine. Merci! — et la nouvelle élue, Margaret Karram, pour leurs aimables paroles et pour avoir évoqué le souvenir de cette soirée de prière pour l’unité et la paix en Terre Sainte avec le président d’Israël et avec le président de l’Etat de Palestine. Ce furent des moments de promesse, mais la promesse est toujours là. Nous devons aller de l’avant et porter la Terre Sainte dans nos cœurs, toujours, toujours. Je vous adresse, comme je l’ai dit à Maria, un grand «merci» — mes vœux de tout cœur, qui s’adressent également au co-président et aux conseillers. Je suis heureux que le cardinal Kevin Farrell et Mme Linda Ghisoni, la sous-secrétaire, soient présents. Je vous salue tous, vous qui êtes ici et tous ceux qui sont reliés par streaming; et j’étends mon salut à tous les membres de l’Œuvre de Marie que vous représentez. Pour vous encourager sur votre chemin, je voudrais vous proposer quelques réflexions que je divise en trois points: l’après-fondatrice; l’importance des crises; vivre la spiritualité avec cohérence et réalisme.

L’après-fondatrice. Douze ans après le départ de Chiara Lubich pour le Ciel, vous êtes appelés à surmonter le sentiment d’égarement, qui est naturel, et également la baisse numérique, pour continuer à être une expression vivante du charisme fondateur. Cela requiert — nous le savons — une fidélité dynamique, capable d’interpréter les signes et les besoins des temps et de répondre aux nouvelles exigences que pose l’humanité. Chaque charisme est créatif, ce n’est pas une statue de musée, non, il est créatif. Il s’agit de rester fidèle à la source originelle en s’efforçant de la repenser et de l’exprimer en dialogue avec les nouvelles situations sociales et culturelles. Il a des racines bien solides, mais l’arbre grandit en dialogue avec la réalité. Ce travail de mise à jour est d’autant plus fructueux lorsqu’il est réalisé en harmonisant la créativité, la sagesse, la sensibilité envers tous et la fidélité à l’Eglise. Votre spiritualité, caractérisée par le dialogue et l’ouverture aux divers contextes culturels, sociaux et religieux, peut certainement favoriser ce processus. L’ouverture aux autres, quels qu’ils soient, doit toujours être cultivée: l’Evangile est destiné à tous, mais pas comme prosélytisme, non, il est destiné à tous, c’est un ferment d’humanité nouvelle en tout lieu et en tout temps.

Cette attitude d’ouverture et de dialogue vous aidera à éviter toute auto-référence, qui est toujours un péché, c’est une tentation, celle de se regarder dans le miroir. Non, cela est mauvais. Juste pour se coiffer le matin et rien de plus! Ce fait d’éviter toute auto-référence, qui ne vient jamais du bon esprit, est ce que nous espérons pour toute l’Eglise: se garder du repli sur soi, qui conduit toujours à défendre l’institution au détriment des personnes, et qui peut aussi conduire à justifier ou à couvrir des formes d’abus. Nous l’avons vécu avec beaucoup de douleur, nous l’avons découvert ces dernières années. L’auto-référence empêche de voir les erreurs et les lacunes, ralentit le chemin, empêche une vérification ouverte des procédures institutionnelles et des styles de gouvernement. Au contraire, il vaut mieux être courageux et affronter les problèmes avec parrhésie et dans la vérité, en suivant toujours les indications de l’Eglise, qui est Mère, qui est une vraie Mère, et en répondant aux besoins de la justice et de la charité. L’auto-célébration ne rend pas un bon service au charisme. Non. Il s’agit plutôt d’accueillir chaque jour avec émerveillement — n’oubliez pas l’émerveillement qui indique toujours la présence de Dieu — le don gratuit que vous avez reçu en rencontrant votre idéal de vie et, avec l’aide de Dieu, chercher à y correspondre avec foi, humilité et courage, comme la Vierge Marie après l’Annonciation.

Le deuxième thème que je voudrais vous proposer est celui de l’importance des crises. On ne peut pas vivre sans crise. Les crises sont une bénédiction, même sur le plan naturel — les crises de l’enfant lors de sa croissance jusqu’à l’âge adulte sont importantes — même dans la vie des institutions. J’en ai longuement parlé dans mon récent discours à la curie romaine. Il y a toujours la tentation de transformer la crise en conflit. Le conflit est mauvais, il peut devenir mauvais, il peut diviser, mais la crise est une opportunité pour grandir. Toute crise est un appel à une nouvelle maturité; c’est un temps de l’Esprit, qui suscite l'exigence de réaliser une mise à jour, sans se décourager face à la complexité humaine et à ses contradictions. Aujourd’hui, on souligne beaucoup l’importance de la résilience face aux difficultés, c’est-à-dire la capacité de les affronter de manière positive en en tirant des opportunités. Toute crise est une opportunité pour grandir. C’est le devoir de ceux qui occupent des postes de gouvernement, à tous les niveaux, de se prodiguer afin d'affronter les crises communautaires et organisationnelles de la manière la meilleure et la plus constructive; au contraire, les crises spirituelles des personnes, qui touchent l’intimité de l’individu et la sphère de la conscience, exigent d’être abordées avec prudence par ceux qui n’occupent pas des charges de gouvernement, à tout niveau, au sein du Mouvement. Et cela est depuis toujours une bonne règle de l’Eglise — chez les moines, toujours —, qui vaut non seulement pour les moments de crise des personnes, mais en général pour leur accompagnement sur le chemin spirituel. C’est la sage distinction entre for externe et for interne qui est indispen-sable selon ce que nous enseignent l’expérience et la tradition de l’Eglise. En effet, le mélange entre sphère de gouvernement et sphère de la -conscience donne lieu aux abus de pouvoir et d’autres abus dont nous avons été témoins, lorsque ces graves problèmes ont été dénoncés.

Enfin, le troisième point: vivre la spiritualité avec cohérence et réalisme. -Cohérence et réalisme. «Cette personne fait autorité… Pourquoi fait-elle autorité? Parce qu’elle est cohérente». Nous disons cela si souvent. Le but ultime de votre charisme coïncide avec l’intention que Jésus a présentée au Père dans sa dernière et grande prière: «Que tous soient un» (Jn 17, 21), unis, sachant bien que c’est l’œuvre de la grâce de Dieu Un et Trine: «Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous» (ibid.). Cette intention nécessite un engagement dans une double perspective: en dehors du Mouvement et à l’intérieur de celui-ci.

En ce qui concerne agir à l’extérieur, je vous encourage à être — et en cela la servante de Dieu Chiara Lubich a donné de nombreux exemples! — des témoins de la proximité avec un amour fraternel qui surmonte toutes les barrières et rejoint toutes les conditions humaines. Dépasser les barrières, ne pas avoir peur! C’est le chemin de la proximité fraternelle, qui transmet la présence du Ressuscité aux hommes et aux -femmes de notre temps, à partir des pauvres, des derniers, des rejetés; en travaillant avec des personnes de bonne volonté pour la promotion de la justice et de la paix. Il ne faut pas oublier que la proxi-mité a été le langage le plus authentique de Dieu. Pen-sons à ce passage du Deutéronome, quand le Seigneur a dit: «Pen-sez: quel peuple a eu des dieux aussi proche que je suis proche de vous?». Ce style de Dieu, de -proximité, a continué, continué, continué, pour arriver à la grande proximité, celle qui est essentielle: le Verbe fait chair, Dieu qui s’est fait l’un de nous. N’oubliez pas: la proximité c’est le style de Dieu, c’est le langage le plus authentique, selon moi.

Pour ce qui est de l’engagement à l’intérieur du Mouvement, je vous -exhorte à promouvoir toujours plus la synodalité, afin que tous les membres, en tant que dépositaires du même charisme, soient coresponsables et participent à la vie de l’Œuvre de Marie et à ses fins spécifiques. Qui a la responsabilité du gouvernement est appelé à favoriser et à mettre en œuvre une concertation transparente non seulement au sein des organes de direction, mais à tous les niveaux, en vertu de cette logique de communion selon laquelle chacun peut placer ses dons au service des autres, ses opinions, dans la vérité et avec liberté.

Chers frères et sœurs, à l’image de Chiara Lubich, écoutez toujours le cri d’abandon du Christ sur la croix, qui manifeste la plus haute mesure de l’amour. La grâce qui en découle est capable de susciter en nous, faibles et pécheurs, des réponses généreuses et parfois héroïques; elle est capable de transformer la souffrance et même les tragédies en une source de lumière et d’espérance pour l’humanité. Dans ce passage de la mort à la vie se trouve le cœur du christianisme et aussi de votre charisme. Je vous remercie beaucoup pour votre joyeux témoignage de l’Evangile que vous continuez à offrir à l’Eglise et au monde. Un témoignage joyeux. On dit que les focolarini sourient toujours, qu’ils ont toujours le sourire. Et je me souviens qu’une fois, j’ai entendu parler de l’ignorance de Dieu. Ils m’ont dit: «Mais tu sais que Dieu est ignorant? Il y a quatre choses que Dieu ne peut pas savoir» — «Mais de quelles choses s’agit-il?» — «Ce que pensent les jésuites, combien d’argent ont les salésiens, combien il y a de congrégations de sœurs, et la raison pour laquelle les focolarini sourient». Je confie vos intentions et vos projets de bien à l’intercession maternelle de Marie, la Très Sainte Mère de l’Eglise, et je vous bénis de tout cœur. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi, car j’en ai besoin. Merci!