· Cité du Vatican ·

Première journée internationale de la fraternité humaine

La fraternité est la nouvelle
frontière de l’humanité

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09 février 2021

«Sœurs et frères. Voilà le mot: sœurs et frères». C'est par ce salut que le Pape François est intervenu au cours de la célébration — qui a eu lieu de façon virtuelle — de la première journée internationale de la fraternité humaine, instituée par les Nations unies, et de la présentation des deux lauréats du premier prix Zayed pour la fraternité humaine.

Avec le Pape est intervenu le grand imam d'Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, qui avait signé précisément avec le Pape, le 4 janvier il y a deux ans à Abou Dhabi, le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune.

Jeudi 4 février, l'événement a été retransmis en streaming, sous-titré en plusieurs langues, à partir de 14h30 (heure de Rome, 13h30 gmt ) par Vatican News et diffusé par Vatican Media.

Précisément au cours de cette rencontre virtuelle — organisée par le cheikh Mohammed Bin Zayed à Abou Dhabi — a été ensuite discerné le Prix Zayed au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, et à Latifa Ibn
Ziaten qui, dans les banlieues et dans les prisons françaises, a été capable de transformer la douleur de la mort violente de son fils en l'expérience de devenir une «seconde mère» pour de nombreux jeunes, prévenant ainsi les radicalismes.

L'attribution du prix a été décidé par un jury indépendant choisi par le Haut-Comité pour la fraternité humaine, qui s'inspire du Document signé à Abou Dhabi, et qui en a mis en avant les histoires concrètes.

Le discours du Pape


Au cours de la rencontre, le Pape a prononcé le discours suivant:

Sœurs et frères. Voilà le mot: sœurs et frères. Affirmer la fraternité.

Un merci spécial à vous, mon
frère, mon ami, mon compagnon de défis et de risques dans la lutte pour la fraternité, le grand imam Ahmed Al-Tayyeb, que je remercie pour sa compagnie sur le chemin de la ré-flexion et de la rédaction du document qui a été présenté il y a deux ans. Votre témoignage m'a beaucoup aidé parce qu'il a été un témoignage courageux. Je sais que ce n'était pas une tâche facile. Mais nous avons pu le faire ensemble, et nous aider réciproquement. La plus belle chose est que ce premier désir de fraternité s'est con-solidé en une vraie fraternité. Merci, mon frère, merci!

Je désire également remercier Son Altesse le cheick Mohammed bin
Zayed pour tous les efforts qu'il a réalisés pour que l'on puisse avancer sur ce chemin. Il a cru en ce projet. Il y a cru.

Et je pense qu'il est juste également de remercier — permettez-moi l'expression, Monsieur le juge — «l'enfant terrible» de tout ce projet, le juge Abdel Salam, ami, travailleur, plein d'idées, qui nous a aidé à aller de l'avant.

Merci à tous d'avoir parié sur la fraternité, parce qu'aujourd'hui, la fraternité est la nouvelle frontière de l'humanité. Soit nous sommes frères, soit nous nous détruisons mutuellement.

Aujourd'hui, il n'y a plus de temps pour l'indifférence. Nous ne pouvons pas nous en laver les mains, en prenant de la distance, en ne nous en souciant pas ou à travers le désintérêt. Soit nous sommes frères — permettez-moi —, soit tout s'écroule. C'est la frontière. La frontière sur laquelle nous devons construire; c'est le défi de notre siècle, c'est le défi de notre époque.

La fraternité signifie une main tendue; la fraternité signifie le respect. La fraternité, signifie écouter le cœur ouvert. La fraternité veut dire fermeté dans ses propres convictions. Parce qu'il n'y a pas de vraie fraternité si l'on négocie ses convictions.

Nous sommes frères, nés d'un même Père. Avec des cultures, des traditions différentes, mais tous frères. Et dans le respect de nos cultures et de nos traditions différentes, de nos ci-toyennetés différentes, il faut construire cette fraternité. Non pas en la négociant.

C'est le moment de l'écoute. C'est le moment de l'acceptation sincère. C'est le moment de la certitude qu'un monde sans frères est un monde d'ennemis. Je veux souligner cela. Nous ne pouvons pas dire: ou frères, ou pas frères. Disons-le clairement: ou
frères, ou ennemis. Parce que la négligence est une forme très subtile d'inimitié. Il n'y a pas besoin d'une guerre pour se faire des ennemis. La négligence suffit. Cela suffit, cette tech-nique — elle s'est transformée en une technique — cela suffit, cette attitude de détourner le regard, de ne pas se soucier de l'autre, comme s'il n'existait pas!

Cher frère grand imam, merci pour votre aide. Merci pour votre témoignage. Merci pour ce chemin que nous avons fait ensemble.

Le discours du grand imam


Le grand imam Ahmed Al-Tayyeb a renouvelé, pour sa part, l'engagement «à travailler avec mon frère le Pape François pour faire des principes de la fraternité humaine une réalité dans le monde entier». Le Pape, a dit le grand imam, est «frère et ami sur la voie de la fraternité et de la paix» et «son message selon lequel nous sommes tous frères est une pierre milliaire».

Il a ainsi lancé un nouveau «message de paix», une invitation «à la coopération et à la fin de la guerre», à «promouvoir la tolérance et l'harmonie, en refusant les politiques d'intolérance, de haine et de pouvoir».

Ahmed Al-Tayyeb a en outre souhaité que «le 4 février de chaque année soit une sonnette d'alarme pour le monde et pour ses responsables», un appel «à consolider les principes de la fraternité humaine», dans la
conscience que «nous sommes tous frères avec le droit de vivre en paix».

Au cours de la rencontre le primat de la communion anglicane, Justin Welby, archevêque de Canterbury, a pris la parole en répétant que le Document d'Abou Dhabi «inspire ce que nous pouvons faire ensemble et nous appelle à agir dans la solidarité» et en amitié. Puis Charles Michel, président du Conseil européen, a rappelé que «le dialogue permet la compréhension, la compréhension inspire la tolérance et la tolérance conduit au respect et cette chaîne de vertus rend possible la paix et la fraternité».

En outre, dans la perspective d'un dialogue et d'une amitié sans barrières, le juge Mohamed Abdel Salam, secrétaire général du Haut-Comité de la fraternité humaine, a demandé aux jeunes de «ne jamais cesser de rêver: soyez optimistes, pensez à l'avenir avec le sourire».

La rencontre était animée par Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, membre du jury avec Adama Dieng, sénégalais, ancien conseiller des Nations unies pour la prévention du génocide, Catherine Samba-Panza, ancienne présidente de la République centrafricaine, le cardinal Dominique Mamberti, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, et Muhammad Jusf Kalla, ancien vice-président de l'Indonésie.

Les lauréats du prix Zayed ont été présentés par la libérienne Leymah Gbowee, prix Nobel de la paix en 2011: «Ce sont deux personnes qui envoient un message fort sur la co-existence pacifique et le rôle que chacun d'entre nous peut jouer pour rendre le monde meilleur», a-t-elle déclaré.

Le salut du Pape au secrétaire général de l'Onu


Le secrétaire général de l'Onu, António Guterres, a cité la pandémie, les questions climatiques, les guerres et les conflits, le racisme, les divisions, la violence, les extrémismes et la discrimination, surtout religieuse, comme étant les grands défis urgents à relever. En poussant l'humanité vers l'unité dans le dialogue pour la paix. Il s'agit, a-t-il affirmé, de «vaincre la haine et de faire en sorte que la solidarité gagne la bataille».

Le Pape a exprimé ses remerciements à António Guterres à travers les paroles suivantes: «Je tiens à féliciter le secrétaire général des Nations unies pour cette récompense et à le remercier pour tous les efforts qu'il accomplit en faveur de la paix. Une paix qui ne peut être obtenue qu'avec un cœur fraternel. Merci pour ce que vous faites».

L'encouragement de François à Latifa Ibn Ziaten


Latifa Ibn Ziaten a témoigné, à son tour, de la façon dont une histoire personnelle peut inspirer une vision de paix et d'espérance. En invitant à la certitude que «nous sommes tous frères». Et François a immédiatement saisi précisément cette réalité dans son remerciement: «Chère sœur, tes dernières paroles n'ont pas été prononcées par ouï-dire ou par convention: "nous sommes tous frères". Ce sont des convictions. Et une conviction façonnée dans la douleur, dans tes blessures. Tu as passé ta vie à sourire, tu as passé ta vie à ne pas avoir de ressentiment, et à travers la douleur de la perte d'un enfant — seule une mère sait ce que cela signifie de perdre un enfant — à travers cette douleur, tu as le courage de dire «nous sommes tous frères» et de semer des mots d'amour. Merci pour ton témoignage. Et merci d'être la mère de ton fils, de tant de garçons et de filles; d'être la mère aujourd'hui de cette humanité qui t'écoute et qui apprend de toi: ou bien le chemin de la fraternité, des frères, ou nous perdons tout. Merci,
merci!».