Avis

Ce site utilise des cookies...
Les cookies sont de petits fichiers textes qui permettent d’améliorer votre expérience de navigation sur notre site. En navigant sur ce site vous autorisez l’utilisation des cookies. Vous trouverez davantage d’informations sur l’utilisation des cookies en consultant les Conditions d’utilisation.

Signe des temps

· ​La migration des peuples ·

A mon époque, on parlait d’« invasion barbares » pour décrire le phénomène historique du début du moyen-âge européen. Aujourd’hui, on l’appelle par le terme, politiquement plus correct, de « migration des peuples ». Dès la fin du troisième siècle, divers peuples commencèrent à éroder les frontières septentrionales et orientales de l’empire romain. Il était naturel que le mirage d’une cité prospère et puissante attire l’attention et la convoitise de ces peuples voisins qui n’avaient pas atteint un tel degré de civilisation et de bien-être. En dépit de l’effort de Dioclétien en vue de reconquérir les terres perdues, le processus marquait le début du déclin de Rome, dû à divers facteurs : sociaux, politiques, économiques, moraux et démographiques. En outre, lorsque Constantin établit son siège à Byzance, l’Occident devint la proie des peuples environnants qui profitaient des fissures de l’empire pour étendre leur propre pouvoir. Le sommet fut atteint lorsqu’Alaric conquit et pilla Rome en 410. Depuis, Huns, Ostrogoths, Wisigoths, Alamans et autres peuples continuèrent de dévaster l’empire. Il est évident que ce phénomène ne se manifesta pas seulement dans l’empire romain. C’était un fait qui se répéta dans chaque partie du monde tout au long de l’histoire des diverses civilisations orientales et occidentales. Il peut avoir lieu pour chercher des terres plus fertiles, ou simplement dans un but d’expansion. Nous nous arrêtons sur l’histoire romaine parce que celle-ci a quelque chose à dire à notre génération.

Les divers peuples qui s’emparèrent des territoires romains avaient eux aussi leurs coutumes, religions et cultures. Il était à prévoir que la culture plus forte et plus antique des Romains prévale sur celles plus faibles et moins consolidées. Mais il était inévitable que ces divers peuples laissent eux aussi leur empreinte sur les peuples de plus antique civilisation. Une fusion eut donc lieu avec une prédominance romaine qui, après une longue période d’adaptation, donna vie à la grande civilisation médiévale, avec ses universités, cathédrales, littérature, philosophie et art. Quelle autre ère apparaîtra après la fusion de toutes les races et cultures de l’Europe d’aujourd’hui ?

Si les envahisseurs d’alors trouvèrent un empire en déclin avec de nombreuses faiblesses, ils rencontrèrent également un peuple encore jeune avec un esprit fort et des croyances bien définies, avec des réponses crédibles aux problèmes de l’existence humaine : les chrétiens. Ceux-ci avaient imprégné l’empire depuis des siècles et avaient insufflé une nouvelle âme dans la pensée et dans la culture des peuples qui occupaient les territoires de l’empire. La nouvelle Europe était donc unie non seulement par une langue commune, mais par une foi commune et par une culture qui était l’héritage de la pensée grecque et romaine ainsi que du droit romain. Malgré cela, les nationalismes perdurèrent, dans le bien et dans le mal. Il y eut des guerres, certes, mais l’héritage gréco-romain-chrétien se développa dans les grandes traditions littéraires de chaque nation au moyen d’hommes comme Dante et Shakespeare.

N’importe quel élève connaît ce que nous avons dit jusqu’à présent. Nous l’avons évoqué parce que cela peut nous servir pour interpréter le phénomène analogue du mouvement constant vers l’Europe de masses de personnes provenant du Moyen-Orient et d’Afrique. Il serait faux et offensif de qualifier ce phénomène d’invasion dont nous devons nous défendre. Ce serait comme si nous appelions invasion l’émigration de centaines de milliers d’Italiens en Allemagne, en Belgique ou aux Etats-Unis, où ils se sont intégrés aux habitants, même au prix de nombreuses difficultés. Il ne s’agit là que d’un autre cas de ces événements qui reviennent dans l’histoire de chaque continent.

Prosper Grech
Cardinale-diacre de Santa Maria Goretti

EDITION PAPIER

 

EN DIRECT

Place Saint-pierre

21 août 2019

NOUVELLES SUR LE THÈME