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Quarante ans de collaboration

· Les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Bénin ·

A l’occasion du voyage de Benoît XVI au Bénin, qui aura lieu du 18 au 20 novembre prochain, pour la publication de l’Exhortation apostolique post-synodale de la deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du synode des évêques, nous publions ci-dessous une réflexion de l’ambassadeur du Bénin près le Saint-Siège sur les quarante ans de relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le pays africain:

Les quarante ans de relations diplomatiques entre le Bénin et le Saint-Siège doivent beaucoup au vécu quotidien de la laïcité au Bénin. Cette dernière est par ailleurs l’une des raisons de l’ouverture de l’ambassade du Bénin près le Saint-Siège. La perception de la laicité au Bénin peut s’analyser à la lumière de la définition qu’en donnent les pères de l’Eglise.

Le principe de la laïcité exprime la responsabilité de l’Etat d’assurer et de garantir le bon exercice de la liberté du culte, de permettre aux différentes religions d’apporter leur pierre à l’édification d’un vivre ensemble dans notre société et d’apporter leur contribution aux multiples débats qui traversent notre société. Le Pape souligne avec une grande finesse d’analyse que si l’on veut éviter un repli communautariste défensif et agressif de la part des communautés religieuses, seule une laïcité de dialogue permet à chacun de trouver sa place dans la société.

Lors de la présentation de mes Lettres de Créance au Saint-Père le 28 mai 2010, j’ai été frappé par l’analyse qu’a faite le Pape Be- noît XVI du vécu de la laïcité dans mon pays, le Bénin. «Il y a vingt ans, en février 1990, disait-il, s’est réunie la Conférence des Forces vives de la Nation. Cet événement majeur — qui n’était pas uniquement politique, mais témoignait également de la relation intime entre la foi et son expression dans la vie publique du Bénin — a déterminé votre avenir et continue d’inspirer votre présent. Je demande à Dieu de bénir les efforts de tous ceux qui travaillent à l’édification d’une société érigée sur la justice et la paix, dans la reconnaissance des droits de toutes les composantes de la nation. La réalisation d’un tel idéal nécessite l’union fraternelle, l’amour de la justice et la valorisation du travail».

De manière singulière, en matière diplomatique, le lien entre la foi et son expression dans la vie publique au Bénin s’explique par la qualité du dialogue structuré et les perspectives des relations. Mais avant, faisons la connaissance du Bénin.

Les religions dans le pays

La Constitution garantit la liberté religieuse et le gouvernement respecte généralement ce droit et lui assure un fondement politique. Il s’efforce de le protéger contre les violations des individus ou de l’Etat, et favorise la libre pratique des cultes. Les relations ordinairement bonnes entre les différents groupes religieux ont contribué à un réel ancrage de la liberté de religion dans le pays.

Selon un sondage effectué en 2002, 27% de la population est d’obédience catholique, 24% est musulmane, et 18% pratique le culte vaudou, qui tire précisément son origine de cette partie de l’Afrique. D’autres groupes religieux sont aussi représentés dans le pays. Selon les termes de l’article 2 de la Constitution, qui proclame la laïcité de l’Etat, les écoles publiques ne sont pas autorisées à dispenser un enseignement religieux. Les groupes religieux sont cependant autorisés à fonder des écoles privées.

En septembre 2007, s’adressant aux évêques du Bénin en visite ad limina à Castel Gandolfo, le Pape Benoît XVI a déclaré que «pour éviter de voir se développer quelque forme d’intolérance et pour prévenir toute violence, convient-il d’encourager un dialogue sincère, fondé sur une connaissance réciproque toujours plus vraie». Dans son discours, le Pape Benoît XVI a aussi rappelé aux évêques que le dialogue entre chrétiens et musulmans devait se singulariser «notamment par des relations humaines respectueuses, par une entente sur les valeurs de la vie et par une coopération mutuelle en tout ce qui promeut le bien-être commun». A ce sujet, Sa Sainteté a fait observer qu’«un tel dialogue exige aussi de préparer des personnes compétentes pour aider à connaître et à comprendre les valeurs religieuses que nous avons en commun et à respecter loyalement les différences». Tout ceci faisant maintenant partie de la réalité du pays, le Pape a exprimé sa satisfaction de constater «l’atmosphère de compréhension réciproque» qui caractérise les relations entre chrétiens et musulmans au Bénin.

Le dialogue structuré

Les fins poursuivies par l’Eglise et par les Etats ne sont pas du même ordre et l’Eglise et l’Etat, chacun dans son ordre, sont des sociétés parfaites, ayant par conséquent leurs droits, leurs moyens et leurs lois propres, chacun dans le domaine de sa compétence. Mais l’un et l’autre doivent aussi se préoccuper du bien de celui qui leur est commun: l’homme, appelé par Dieu au salut éternel et se trouvant en ce monde pour, avec l’aide de la grâce divine, gagner ce salut par son action, laquelle tend également à sa propre prospérité et à celle de ses semblables, dans une vie commune pacifique (Paul VI, lettre apost. Sollicitudo omnium ecclesiarum ).

Le bien des personnes et des communautés humaines est encouragé par un «dialogue structuré» entre l’Eglise et les autorités civiles, ce qui trouve aussi une expression dans la stipulation d’accords mutuels (les missions diplomatiques à Cotonou et à Rome sont des outils de grande importance dans ce dialogue). Ce dialogue tend à établir ou à renforcer des rapports de compréhension et de collaboration mutuelles, ainsi qu’à prévenir ou à résoudre d’éventuels désaccords, avec pour objectif de contribuer au progrès de chaque peuple et de toute l’humanité dans la justice et dans la paix.

Plusieurs outils permettent ce dialogue, à savoir, l’établissement des relations diplomatique et l’envoi des missions.

Etablissement des relations diplomatiques

La République du Bénin a accédé à l’indépendance le 1er août 1960. Le 23 février 1961, Monsieur Oke Assogba, alors Ministre des affaires étrangères, a adressé au Cardinal Domenico Tardini une lettre par laquelle le Bénin a entrepris des négociations pour l’établissement des relations diplomatiques. L’accord favorable du Saint-Siège a été donné en mai 1971. Le communiqué conjoint consacrant l’établissement des relations diplomatiques entre les deux Etats a été lu le 30 juin 1971. A peine nées, les relations diplomatiques entre le Bénin et le Saint-Siège furent interrompues de façon unilatérale par le gouvernement militaire révolutionnaire du Bénin. Mais en réalité, cette décision était simplement théorique, car le Saint-Siège avait poursuivi sa mission dans le pays par l’intermédiaire des évêques, religieux et religieuses de tous ordres. En effet, selon le canon 265 du C. de D.C., «le Pontife romain a le droit, indépendamment de l’autorité civile, d’envoyer ses légats avec ou sans juridiction, dans toutes les régions du monde». La souveraineté internationale est ainsi considérée comme étant dans la nature même du Saint-Siège, ce qu’ont réaffirmé les accords de Latran du 11 février 1929 signés avec l’Etat italien.

L’envoi de missions

Le texte de l’article 2 de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques distingue deux situations: l’établissement de relations diplomatiques et l’envoi de missions diplomatiques permanentes. La seconde n’est, en effet, qu’une des modalités de la première. On distingue deux sortes de missions: les missions permanentes et les missions spéciales. Il est à noter que la nonciature apostolique n’a été installée au Bénin que courant 1993, tandis que depuis mai 2010, le siège de l’Ambassade est à Rome.

EDITION PAPIER

 

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19 février 2020

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