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Passion dévorante

· Sainte Battista Camilla da Varano racontée par Caroline Pigozzi ·

«La vie de Sainte Battista Camilla da Varano, totalement immergée dans les profondeurs divines, fut une ascension constante sur la voie de la perfection avec un amour héroïque envers Dieu et le prochain.» C’est avec ces mots résonnant sur toute la place Saint-Pierre que Benoît XVI, ému, a canonisé, le 17 octobre 2010, la Sainte désormais fêtée chaque 31 mai. Une femme noble par sa naissance et par son âme, ayant déjà marqué deux Souverains Pontifes. Grégoire XVI,qui l’a béatifiée en 1843, et Léon XIII, lequel a rouvert son procès en canonisation et reconnu dès 1877 le miracle d’une fillette italienne guérie de rachitisme. Mais il aura fallu plus d’un demi-millénaire pour qu’elle soit proclamée Sainte.

Issue d’un milieu très privilégié, notre protagoniste voit le jour le 9 avril 1458 dans la région des Marches. Elle est la fille de Giulio Cesare di Varano, duc de Varano, seigneur de Camerino, à la tête de ce petit Etat indépendant, comme d’autres fort convoités par le Pape. La future Sainte est donc bien née, selon l’expression consacrée de l’époque. Son père, allié aux importantes familles de la haute aristocratie régnant dans les diverses cités italiennes, a eu trois enfants légitimes, et six hors mariage dont elle. Une blessure secrète? Cela n’empêchera pas sa fille naturelle d’être élevée à la cour des Varano, dans leur palais grandiose où elle reçoit la très bonne éducation d’une aristocrate accomplie, étudiant le latin, l’histoire de l’art, la peinture, les grands classiques de la culture humaniste, mais aussi la musique, la danse, l’équitation.

Sa jeunesse oscille entre plaisirs et mysticisme. En effet, depuis ses 10 ans, chaque vendredi, marquée par les prédications de Frères franciscains, Domenico da Leonessa et Pietro da Mogliano, Camilla vénère en silence le Christ dans le plus profond de son cœur. Une passion dévorante qui aurait pu guider uniquement son quotidien mais qui va lui dicter d’entrer en religion.

Compliqué avec un pater familias autoritaire qui, fidèle à la tradition, a déjà trouvé pour son enfant le beau parti qui flatterait sa vanité en ce XVe siècle où l’Eglise souffre d’un relâchement des mœurs. Pourtant, le duc va respecter son choix, et comme il veut le meilleur pour sa fille préférée, lorsqu’à 23 ans elle entre chez les Clarisses obéissant aux règles strictes de l’amour du Christ dans la pauvreté et la fraternité, il fait ériger à Camerino un monastère pour Suora Battista.

Accompagnée de huit religieuses, voile noir, robe brune, elle devient la mère abbesse de son couvent et se consacre, vingt années durant, à l’adoration du Christ et à l’écriture. Une œuvre impressionnante: lettres, prières, poésies, traités, écrits historiques… d’une grande spiritualité et teneur intellectuelle.

Si jusque-là la moniale a pu s’abandonner à Dieu et Lui seul, avec sérénité, les deux décennies suivantes seront plus douloureuses. Le Pape Alexandre VI Borgia excommunie le duc de Varano, officiellement pour des raisons financières. Cela le prive de ses honneurs et droits seigneuriaux et permet à l’ambitieux Cesare Borgia, fils d’Alexandre VI, d’annexer les vastes terres du seigneur de Camerino afin d’agrandir les Etats Pontificaux. Cupidité oblige! Dans un climat belliqueux, il organise une terrible révolte, fait emprisonner puis étrangler le duc de Varano et trois de ses fils. Sœur Battista, anéantie, parvient néanmoins à s’échapper et à protéger la duchesse de Varano et son petit frère, puis part en exil pour Venise. Elle ne reviendra jamais dans son couvent car elle craint des représailles au sein de la communauté. Elle tente alors de se réfugier à Fermo, mais la population locale, terrifiée de devoir affronter l’impitoyable Cesare Borgia, la repousse. L’héroïque aristocrate va se mettre à l’abri à Atri, dans les Abruzzes, jusqu’à l’élection de Jules II, qui lui permet de retourner dans sa ville natale. Nous sommes en 1503, la famille retrouve sa légitimité et le seul Varano toujours en vie, Giovanni Maria, est rétabli à la tête de son duché. Quant au Pape mécène, il va aider la religieuse à fonder le monastère des Clarisses de Fermo, dans les Marches de son enfance.

Mais la femme de caractère, empreinte de sagesse, veut mener jusqu’au bout l’œuvre de sa vie. C’est ainsi qu’elle rejoint le monastère voisin de San Severino pour diriger avec autant d’austérité, de bonté que de pédagogie la formation des sœurs passées à l’Observance. Le 31 mai 1524 à Camerino, la mission qu’elle s’était fixée dans sa prime jeunesse s’arrête. Elle a 66 ans.

La canonisation récente de Sainte Battista Camilla da Varano a remis en lumière l’Ordre fondé en 1212 par Sœur Claire d’Assise. Ces 15 000 moniales cloîtrées de par le monde continuent, en quelque sorte, d’accompagner notre quotidien, puisqu’une coutume ancrée dans notre histoire suggère depuis des lustres de déposer des œufs chez les Clarisses pour retenir la pluie les jours de cérémonie. Des héritières de Suora Camilla qui font encore la pluie et le beau temps!

Caroline Pigozzi a été journaliste politique du “Figaro Magazine” et depuis 1992, elle est grand reporter à “Paris Match” et écrit sur la religion pour la radio Europe 1. Parmi ses ouvrages, Le Pape en privé (2000, traduit en dix langues), Jean-Paul II intime (2005, traduit en huit langues) et Les robes rouges (2010). Avec Henri Madelin, elle a écrit Ainsi fait-il (2014).

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