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​Le Pape et la réalité

L'ouverture temporaire d'un centre médical sur la place Saint-Pierre et la visite du Pape aux patients qui y ont été soignés par des médecins bénévoles ont apporté sur les médias une nouvelle qu'en général ils ne préfèrent pas diffuser: la pauvreté augmente et est en train de frapper également des couches sociales qui n’étaient pas touchées auparavant. Une fois encore, un geste de Jorge Mario Bergoglio a fait émerger la réalité que l'on voulait oublier.

Les initiatives du Pape, en effet, ne concernent pas seulement le domaine de la charité et de la sollicitude à l'égard de qui a besoin, enseignant ainsi comment doit être concrète et vivante la mission du chrétien, mais agissent aussi à un niveau plus abstrait, et tout aussi nécessaire, celui de la réalité et de la vérité.

Le Pape François a commencé cette mission dès le premier jour de son pontificat, prononçant ce mot, pauvres, qui semblait désormais disparu de notre vocabulaire, comme s'il s'agissait d'une catégorie désormais inexistante, une catégorie du passé. Le mot, qui indique un phénomène ample et général, avait été en effet substitué par des termes plus restreints, qui faisaient référence à des catégories spécifiques : les moins nantis, les migrants, les sans-abri. Ainsi présentés, ils semblaient des groupes peu consistants et en voie de diminution : la réalité était en revanche bien différente, les pauvres existaient encore et étaient nombreux et en forte augmentation.

En ramenant devant les yeux du monde la réalité – et nous ne devons pas oublier que le Pape l'a fait pour de nombreux autres problèmes, comme pour la dégradation de l'environnement dans les pays du Tiers-monde, très grave mais caché derrière des problèmes de pollution dans les villes occidentales – François joue un rôle théorique très important : celui de ramener la vérité des faits à la place d'un mensonge qui vise systématiquement à le contrefaire. Démontrant au monde entier que le vrai danger réside non pas tant dans qui oppose le faux au vrai, mais en qui substitue la réalité avec le fictif. Le mensonge en effet a le devoir d’éliminer complètement cette distinction, et donc de faire perdre de vue la vérité qui est dans la réalité. Comme l'écrit Anna Arendt, « ce qui est violé dans la construction idéologique d'une fausse réalité de la part de la propagande n'est pas tant le précepte moral, mais le tissu ontologique de la réalité ». Avec sa capacité à démasquer, qu'il sait appliquer à de nombreuses questions, François démontre comment l'engagement spirituel chrétien est toujours lié à la vérité et donc à la justice, et comment celles-ci sont vécues dans le moment historique.

Cela explique le succès – mais aussi les nombreuses oppositions – de celui qui dans les faits est vraiment un Pape dérangeant. Espérons qu'il réussisse à porter cette méthode illuminante également à l’intérieur de l'Eglise, où la négation de la réalité, la volonté délibérée de traiter la vérité des faits comme s'il s'agissait d'opinions, et donc en tant que tel négligeables, dans le but de sauver l'image de l'institution, ont démontré à plusieurs reprises que le problème n'est pas seulement une stratégie défensive.

Lucetta Scaraffia

EDITION PAPIER

 

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Place Saint-pierre

22 juillet 2019

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