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Le devoir de la mémoire

· Le jour où l’on commémore les victimes de la Shoah ·

Si l’homme sans ombre, Peter Schlemihl, la création littéraire de Chamisso, est contraint à devenir errant une fois perdue son ombre, que peut-il arriver à qui devient un homme sans mémoire ? On sait bien quel enfer psychologique vit celui qui, pour une raison ou une autre, se retrouve vidé de sa propre histoire, de son identité. Dans ce cas on invoque le destin. Dans le cas, en revanche, où l’on cherche à effacer et oublier un événement comme la Shoah, on ne peut pas invoquer le destin.

Seul une admonestation biblique qui traverse les siècles et les générations d’Israël — zachor (« rappelle toi ») — permet de rester une personne et de supporter le gouffre d’horreur qui a dévasté et continue de dévaster. Ce n’est pas une question de chiffres ou de chiffres arrondis, parfois niés, malgré l’évidence historique plus qu’établie. Pour la tradition juive, le meurtre d’une seule personne est déjà une immense tragédie, parce qu’elle a été créée à l’image et à la ressemblance du Créateur, parce qu’elle a traversé l’histoire avec le signe de l’alliance. A plus forte raison lorsque la destruction – mise en œuvre par la machine bureaucratique hautement efficace du nazisme – a envahi toute l’Europe et supprimé de la surface de la terre des villages entiers, des traditions, une culture et a répandu dans l’air l’odeur des cadavres brûlés.

Si l’on a tant cherché puis tant écrit – et tout cela est nécessaire et indispensable – pour établir une réalité historique stable, peut-être a-t-on encore peu écrit dans la vie concrète de qui n’appartient pas par le sang et la descendance au peuple juif. L’horreur de la Shoah a contraint les chrétiens à s’interroger jusqu’au fond. Un maître de la mémoire fut le bienheureux Jean-Paul II, qui n’a certes pas souffert de refoulements.

La mémoire est telle qu’elle devient une source vive, qui toujours jaillit, prête à suggérer de nouveaux progrès dans la connaissance et la fraternité. Bien plus que  la tolérance, parce que l’histoire enseigne où conduit la tolérance : uniquement à des progrès relativement bons tant que l’intérêt personnel n’est pas mis en cause.

La nécessité de la mémoire demande et exige bien davantage, au moins pour qui en saisit la portée transformatrice : elle veut susciter une attitude nouvelle, toujours nouvelle, qui vienne découvrir comment la personne humaine, libre dans son adhésion de foi, peut vivre l’arc de sa propre vie en transparence, sans la crainte d’être éliminée parce que qualifiée de différente au nom d’une idéologie.

Le bienheureux Jean-Paul II a tourné son regard vers le présent et l’avenir, en indiquant à l’Eglise, et donc à chaque chrétien, l’attitude de qui se tourne vers le Père Créateur et apprend de lui comment vivre. Notre mémoire, purifiée par la connaissance de ce qui est advenu, rendue pleine de compassion pour la souffrance et la douleur infligées, en est bouleversée et peut avoir un sursaut qui réponde au mysterium iniquitatis par la  force et la vigueur du mysterium gratiae .

Aujourd’hui, l’Eglise catholique et le peuple juif font l’expérience d’un rapprochement et d’une compréhension impensables il y a quelques décennies. Et ce n’est pas une mode : c’est une conscience qui repose sur les existences effacées au cœur du XXe siècle, mais qui se laisse emporter, dans une mémoire qui lie la longue chaîne des générations, par une espérance qui traverse les siècles.

EDITION PAPIER

 

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24 août 2019

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