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La saveur du salut

Pour entrer dans le film Le festin de Babette, il faut s’asseoir, prendre le temps de voir, de se sentir aimé et de déguster profondément ce qui va se jouer. Le titre ne parle-t-il pas de « festin » et donc de repas, voire de noces ? Or ce festin ne vient que dans la seconde partie du film. Comme si tout ce qui précédait, n’était qu’un prélude pour s’installer avec les personnages et savourer ce dîner. Tout au long du film, il s’agira de goûter. Goûter la vie et les choix des personnages, goûter la bonté, goûter la gratuité, la surabondance et l’amour, goûter le salut de Dieu et finalement goûter la grâce et la vérité car elles finiront par s’embrasser (Cf. Ps 84,11). Le repas de Babette sera le « lieu », « le moment » où l’appétit physique entre en harmonie avec l’appétit spirituel ; ce festin deviendra une véritable histoire d’amour.

La première scène du film nous montre la mer infinie qui suit les couleurs des pays scandinaves. Ce paysage reviendra régulièrement tout au long du film. Comme un horizon à ne pas perdre de vue. Nous sommes donc dans un village du Danemark, sur les côtes de Jutland au dix-neuvième siècle. Là, habitent deux sœurs, Martina et Filippa, filles du pasteur. Leur père est aussi fondateur d’une petite secte protestante. Ses deux filles sont pour lui « son bras droit et son bras gauche ». Leurs vies à tous les trois se déroulent en accord avec leurs principes de vie : servir, accueillir, prier et aimer. Les deux soeurs ont choisi malgré des propositions de mariage et de carrière, de demeurer dans leur village auprès de leur père, ainsi qu’après sa mort. Leur choix de vie est simple : servir les pauvres, les nourrir, accueillir les membres de la secte de leur père, et donner la parole, « le verbe ». Elles sont belles de cette beauté qui révèlent leur bonté de cœur : la porte de leur maison restera toujours ouverte à ceux qui se présentent de près ou de loin.

Trois autres personnages vont venir se confronter à cette vie -dite évangélique-. Tout d’abord le hussard, Lorens, qui vient passer trois mois non loin du village des deux sœurs. Il tombe amoureux de Martina, autour d’un pot à lait. Il assiste aux réunions du pasteur avec la secte, et devant ce qui lui semble inatteignable, à savoir la grâce personnifiée par Martina, il choisit la carrière brillante, et retourne dans sa vie d’officier. Puis arrive Achille Papin, chanteur lyrique, qui tombe amoureux de la voix (ou de la voie) de Filippa. Il lui apprend à chanter car, selon lui, elle est une étoile promise pour les foules. Filippa, elle même demandera à son père d’éconduire l’homme trop envahissant. Et enfin dans un orage qui ressemble à un déluge, arrive Babette. Le pasteur est mort, et ce sont les deux sœurs qui l’accueillent à leur service, gratuitement, car pour Babette ce qui compte c’est de rester et de vivre. Si elle est rejetée elle meurt, leur dit-elle.

Et Babette va nous entraîner dans une voie de salut : sa relation avec les autres est touchante et tout ce qu’elle prépare est délicieux,. Elle fait de tout son quotidien, un don discret, gratuit, et intense. Et, sans que rien ne fasse présager ce cadeau, arrive la grâce : elle gagne beaucoup d’argent à la loterie. Elle va faire de cela, un don débordant de générosité : pour fêter les cent ans de la naissance du pasteur, elle offre aux deux sœurs le repas pour les onze membres restants de la secte qui eux, au fil du temps, sont devenus « rances », amers et aigris.

Au cours de ce festin, nous assistons à ce que pourrait être le banquet des noces qui nous attend dans l’éternité. Babette, qui autrefois, était « le » chef prestigieux du Café Anglais à Paris, va préparer avec tout son corps et son âme un festin de roi et de reines. Au dernier moment le hussard devenu général sera présent, il est le douzième invité. Alors, ce repas prend l’allure de l’arche du salut, et ce festin devient le lieu de la réconciliation : les palais dégustent et les langues se délient.

Le général Lorens, jouit, savoure, déguste et rend grâce de la grâce qui lui est faite car, celle-ci, dit-il, « se donne et n’impose pas de conditions, elle est infinie, et se reçoit avec gratitude ». Lui, qui semblait perdu à cause de la superficialité de ses choix de carrière, se retrouve là où il était attendu par la grâce de l’amour, celui de Filippa à qui il dira son amour éternel.

Pour Babette, qui prépare, compose, créé, et sert, c’est pour elle aussi le moment de la rencontre avec elle-même et son génie culinaire. Elle a donné ce festin pour rendre heureux ceux qui le goûtent, « car un cri jailli du cœur de l’artiste, retentit dans le monde entier » (disait Achille Papin). Babette, comme baptisée par ce déluge du jour où elle est arrivée, va au-delà, elle franchit les lignes des convenances, elle donne et se donne dans ce banquet et partage tout ; son argent, sa vie, son cœur, sa dignité et sa reconnaissance. Tout au long de ce repas, elle restera dans la cuisine sans attendre aucune gratitude. Car ce n’est pas pour cela qu’elle l’a fait. Et pour terminer l’offrande de son service, elle plonge ses mains dans l’eau pour se laver le visage.

Quant aux onze membres de la communauté, sans le savoir, ils sont les « victimes » heureuses et graciées de ce festin. Ce moment devient pour eux, sourires échangés et fraternité retrouvée, réconciliations profondes et pardons offerts,. Ils termineront la soirée en dansant autour du puits du village.

Le festin de Babette est un enseignement sur le goût de la vie, et du salut de Dieu car selon le prophète Isaïe : « Toute chair verra (et goûtera) le salut de Dieu » (cf. Is 40,5 et Lc, 3, 5). Ceux que l’on croyait proches du salut, s’émerveillent car il leur ait proposé une proximité encore plus belle et intense, quant à ceux qui se trouvaient loin, voire même rejetés, c’est eux qui savourent cet inédit et cet inconnu de la grâce et de la vérité. Le pasteur en effet avait répété par deux fois cette phrase : « Les voies de Dieu traversent les mers là où l’œil humain ne voit pas la route ».

0 vous tous qui avez soif, venez vers les eaux, même celui qui n’a pas d’argent!
Venez, achetez et mangez […]
Écoutez-moi donc, et mangez ce qui est bon,
et vous vous délecterez de mets succulents (Is 55, 1-3).

Catherine Aubin

EDITION PAPIER

 

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17 septembre 2019

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