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A la racine spirituelle de la crise

«Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui»: en partant de saint Paul, le Pape écrit une «lettre au peuple de Dieu» dramatique et sans précédent. De cette manière, il étend à toute l’Eglise une profonde réflexion sur la tragédie des abus sexuels, car, soutient-il, «le seul chemin que nous ayons pour répondre à ce mal qui a gâché tant de vies est celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de Dieu».

Il est évident que dans cette situation dramatique, les dénonciations et les punitions ne suffisent pas, même si elles sont indispensables. Et il ne suffit pas de circonscrire la responsabilité au sein du clergé: il est nécessaire d’approfondir l’analyse, pour saisir l’origine de ce mal profond et l’extirper. C’est pourquoi tous les croyants, comme l’indique le Pape François, doivent se sentir concernés. Eux qui dans de nombreux cas ont été des victimes, mais dans d’autres cas, d’une certaine manière et dans diverses mesures, ont également été des complices.

Les modalités des abus sexuels révèlent des fautes très graves: la prêtrise prise pour un rôle de pouvoir à exercer sur les autres, la dissimulation hypocrite comme une pratique de comportement normale pour le «bien de l’Eglise». Concrètement, une attitude qui nie chaque parole prononcée par Jésus, comme le dénonce le Pape en citant le Magnificat.

Mais à travers cette lettre, Jorge Mario Bergoglio veut également étendre le regard aux laïcs qui ont supporté et se sont tus pendant tant de temps. Et beaucoup de personnes se demandent: pourquoi les fidèles ont-ils accepté de se taire même lorsqu’ils étaient au courant? Pourquoi ont-ils continué à fermer les yeux sans défendre les victimes? Ce sont des questions que s’est par exemple posées Isabelle de Gaulmyn dans un livre sur les abus sexuels à Lyon, dont elle-même, jeune scout, avait été le témoin et desquels, dans un certain sens, elle se sent un peu complice. En effet, même les laïcs préféraient accepter ces situations dans un contexte dont ils pouvaient tirer des avantages et des aides mondaines, plutôt que de courir le risque d’une bataille qui pouvait les voir perdants devant des structures de pouvoir perçues comme menaçantes.

Dans ces cas, en effet, certains fidèles aussi n’ont pas cru dans l’Evangile et préféré un mol acquiescement au lieu d’aider leur Eglise, cette communauté à laquelle, en vertu du sacerdoce baptismal, il appartiennent exactement comme le clergé. Certains fidèles également se sont ainsi endormis et ont fermé les yeux, comme si cette situation ne les concernait pas, confirmant par cette attitude le pire cléricalisme.

Car le cléricalisme, affirme le Pape dans sa lettre, est précisément cela: penser que l’Eglise est uniquement représentée par les prêtres, constitués selon une hiérarchie de pouvoir, et qu’elle n’est pas une communauté solidaire de croyants témoins de l’Evangile. En revanche, dit le Pape, «cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne», car «il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin». C’est précisément pour cela, rappelle le Pape François et ce n’est pas la première fois, que «dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme».

Dans ce texte, qui va à la racine spirituelle de la crise, le Pape nous demande à tous, en tant que corps unique et blessé de l’Eglise, de faire pénitence et de prier, en arrivant à proposer un jeûne qui «nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience». Il est en somme impossible d’imaginer une vraie conversion dans l’Eglise, dit le Pape, «sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu».

Lucetta Scaraffia

EDITION PAPIER

 

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25 janvier 2020

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