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Il fut engendré

Matthieu 1, 1-17

Pendant le temps de l’attente qui peut réveiller et purifier notre désir, considérons le Noël du Seigneur en écoutant à nouveau la première page de l’Evangile selon Matthieu. Celui-ci s’ouvre par une série de noms, certains apparemment imprononçables, rappelant des histoires lointaines, qui sont toutefois là pour nous interpeller, pour nous demander d’entrer en communication avec notre histoire, pour que chaque événement puisse se trouver inscrit dans l’histoire du salut.

Toros Roslin, «Les ancêtres du Christ» (1262)

Avec l’incarnation de Jésus de Nazareth, le temps trouve son accomplissement: «Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi » (Galates 4, 4). L’Avent (qui signifie « venue ») invite à vivre l’attente de l’accomplissement des promesses, à renouveler l’attente du Royaume qui vient, en nous rendant vigilants.

«Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham» (Matthieu 1, 1). En Jésus, le Fils, l’histoire est récapitulée, chacun est reconnu de la «lignée de Jésus». La généalogie a pour fonction de résumer, sous une forme extrêmement condensée, toute l’histoire du salut du peuple d’Israël d’Abraham à Jésus, en passant par la descendance royale de David.

Dans l’Evangile de Luc (qui, comme Matthieu, rapporte dans les premiers chapitres les «évangiles de l’enfance») nous trouvons également une généalogie qui remonte toutefois de Jésus jusqu’à Adam pour arriver à Dieu (cf. Luc 3, 23-38): l’universalisme de Luc souligne que c’est précisément dans son humanité que Jésus est le Fils de Dieu.

Matthieu choisit l’expression grecque bìblos ghenéseos, copie de l’expression juive sefer toledot, « livre des générations », donc également « histoire »: en rappelant ceux qui l’ont précédé, et attendu, commence l’histoire de Jésus qui sera racontée dans l’Evangile, une histoire qui est Evangile, bonne nouvelle.

«Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham» (Matthieu 1, 1). Jésus est reconnu comme fils d’Abraham, comme chaque juif, héritier des promesses faites aux pères. Et il est le fils de David, dont est spécifiée la qualité de «roi» (Matthieu 1, 6): l’apôtre Paul fait allusion à la «lignée de David selon la chair» (Romains 1, 3), les prophètes pensaient au Messie comme au «germe de David» (Isaïe 11, 1; Jérémie 23, 5), et la dernière page de l’Apocalypse fait dire à Jésus: «Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin. » (Apocalypse 22, 16).

La généalogie est subdivisée en trois périodes de quatorze générations chacune: d’Abraham à David, c’est-à-dire la venue du règne davidique; de David à l’exil babylonien, la chute du règne; de l’exil babylonien jusqu’à la restauration messianique. Si l’on considère qu’il y a quatorze jours pour une demi phase lunaire, on peut reconnaître la première phase croissante, suivie par celle décroissante (exil), et enfin la phase croissante de la plénitude messianique.

Il est curieux de noter que parmi tant de noms masculins apparaissent des femmes, normalement laissées en marge de l’histoire: Tamar, qui par un subterfuge avait réussi à obtenir une descendance de Juda (cf. Genèse 38); Rahab, la prostituée de Jéricho qui avait offert l’hospitalité aux explorateurs (cf. Josué 2); Ruth, la moabite, qui avait séduit Booz (cf. Ruth 3); Bersabé, la femme d’Urie le Hittite, dont le roi David était tombé amoureux (allant jusqu’à consommer l’adultère et à faire tuer Urie, cf. 2 Samuel 11); enfin Marie, la jeune fille de Nazareth.

Dans l’histoire du salut n’apparaît donc pas seulement la lignée royale, mais bien le mélange multiforme de la vie, tumultueuse, fragile et « pleine d’erreurs » comme celle que nous avons toujours devant nous. L’évangéliste ne craint pas de rapporter, parmi les ancêtres de Jésus, également les signes du péché, du visage humain défiguré: les quatre premières femmes, à travers des unions « irrégulières », ont cependant contribué à la descendance messianique. Une vie pleine n’est pas une vie « parfaite ».

Avec Marie, l’intervention divine est soulignée au plus haut point: nous ne lisons plus, comme dans la longue série précédente que quelqu’un « engendra », mais: « Marie, de laquelle naquit Jésus » (Matthieu 1, 16), engendré par Dieu.

Dieu conduit l’histoire vers son accomplissement. Selon des manières que nous ne connaissons pas, il tire le bien également de nos replis obscurs. Laissons-lui place en nous!

par les sœurs de Bose

EDITION PAPIER

 

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22 novembre 2019

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