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Garibaldi à la Sixtine

· La chapelle musicale pontificale  à l'époque de la République romaine de 1849 ·

Quand Mustafà  "trahit" en chantant pour les triumvirs

Les grands hommes ont presque tous le même défaut: ils pensent être immortels. Très peu d’entre eux ont la clairvoyance de préparer leur succession. Notamment parce qu’ils pensent que personne ne pourra être en mesure de les remplacer, que le passé est irrémédiablement révolu, et que les jeunes ne sont plus ce qu’ils étaient. A mon époque, aura pensé Giuseppe Baini, on étudiait et on se préparait à affronter les responsabilités qui allaient se présenter, mais aujourd’hui, les jeunes veulent tout et tout de suite. Il est probable que, si nous savions les déchiffrer, nous trouverions le même genre de discours dans les hiéroglyphes égyptiens. Il n’en reste pas moins que la terre a toujours continué de tourner, et qu’aux grands hommes ont souvent succédé d’autres hommes tout aussi grands, même si leurs prédécesseurs ne les considéraient pas comme tels.

Il n’est pas étonnant, alors, qu’à la mort de Giuseppe Baini, personne n’était prêt à prendre sa place à la tête de la Chapelle musicale pontificale. Personne n’était prêt à rassembler dans sa propre personne toute la gamme de compétences qui, réunies, font d’un musicien un bon directeur. Baino risqua donc d’être non seulement le premier, mais également le dernier directeur de la Sixtine. A sa mort, le 21 mai 1844, suivirent des décennies de retour au passé. Le chœur fut à nouveau dirigé par le doyen des basses, qui toutefois, comme c’était toujours le cas, ne s’occupait pas régulièrement de mettre au point les détails de l’interprétation ou de sélectionner le répertoire, mais se limitait à donner le la et pas grand chose de plus. En réalité, certaines personnes tentèrent d’occuper un rôle de premier plan, mais cela ne fonctionna pas et en l’absence d’un candidat à la forte personnalité, il semble que l’on ait commencé à penser à quelqu’un venu de l’extérieur.

Les raisons d’une telle confusion furent nombreuses, certaines pouvant être attribuées à des faits historiques, d’autres, la majorité, à la lenteur à assimiler les nouveautés. Parmi les événements qui influencèrent le plus la vie de la Sixtine, figurent certainement les événements de 1848 et la proclamation successive de la République romaine, qui déclara la chute du pouvoir temporel de Pie IX.  Alors que Carlo Armellini, Giuseppe Mazzini et Aurelio Saffi, entre autres, abolissaient la peine de mort et introduisaient des principes juridiques comme la laïcité de l’Etat, la liberté d’opinion, le droit au logement et le suffrage universel des hommes (sans interdire expressément le vote aux femmes), les activités de la Chapelle sixtine étaient interrompues. Certains continuèrent à tenir le journal des activités, et inévitablement, une fracture se produisit entre les chanteurs: d’une part, ceux qui refusaient tout type de collaboration avec les nouvelles autorités, et de l’autre, ceux qui ne restèrent pas insensibles aux attraits du pouvoir.

Les dates, pour une fois, revêtent un certain intérêt. Les travaux de l’assemblée, présidés par Giuseppe Galletti, avaient été officiellement inaugurés le 5 février avec le vote sur la proclamation de la République. Comme on le sait, Mamiani vota contre. Les bases de la Constitution, en revanche, furent soumises au vote et approuvées précisément le 9  février avec 118 voix favorables, 8 contraires et 12 abstentions. Précisément le 9 février 1849 fut célébré place Saint-Pierre un Te Deum d’action de grâce. On invita tant la chapelle Giulia, qui accepta, que la chapelle Sixtine, qui opposa un fier refus. Mais quatre chanteurs de la Sixtine prirent part à la fonction. Il s’agissait de Montecchiani, Poli, Chiari, et Domenico Mustafà, qui devait ensuite devenir directeur perpétuel de la Chapelle pontificale.

Peu après, les Français entrèrent à Rome et occupèrent le Trastevere, Castel Sant’Angelo, le Pincio et Porta del Popolo. Le général Oudinot fit publier un communiqué selon lequel ceux qui avaient refusé d’adhérer à la République étaient les «vrais amis de la liberté», les républicains étant «une poignée de partisans dévoyés», par ailleurs membres d’«une faction étrangère», tandis que la France était une «nation amie des populations romaines». Immédiatement après, il proclama la loi martiale.

C’est ainsi que commença une nouvelle ère, et les républicains furent persécutés à l’intérieur et à l’extérieur de Rome. Mais comme cela est souvent le cas, ce ne sont pas toujours les «coupables» qui sont punis, tout au moins pas tous. En particulier en ce qui concerne la Sixtine, les chanteurs qui ne surent pas résister aux sirènes républicaines subirent des punitions, mais de diverse teneur: Alessandro Montecchiano, Domenico Caramici et Pacifico Riccardi furent expulsés, tandis que Chiari, Poli et Mustafà durent se soumettre à des «exercices spirituels» pour une période, il faut bien le dire, assez brève. Lorsque Pie IX rentra à Rome, quelques mois plus tard, la Chapelle pontificale reprit son activité régulière. On ne parla plus de réforme pendant plusieurs années, d’ailleurs, c’était la période de la restauration.

EDITION PAPIER

 

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20 août 2019

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