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Fraternité disciplinée

La variété des origines et des contextes culturels et les différentes personnalités des fondateurs et des fondatrices ont influencé de manière profonde le style de vie, la finalité ecclésiale et l’organisation interne de la vie consacrée. Mais nous pouvons reconnaître un point de convergence qui rassemble tout le monde: la vie en communauté comme lieu de relation et de dialogue, de coresponsabilité et de multiplicité des formes, de synergie et de synodalité. Si dans la Règle de Benoît nous pouvons voir dans l’abbé une forme de gouvernement presque monarchique, dans celle de François, la relation de fraternité entre tous les membres est centrale; si dans le projet d’Ignace, le primat de la mission demande un esprit de décision marqué des responsables de la Compagnie de Jésus, dans la fondation de Vincent de Paul prévaut le service aux pauvres comme critère et guide. Et ainsi de suite.

Mais chez tous est évident comme style de vie, comme lieu d’habitation, comme rythme du temps, comme diaconie ecclésiale, comme lexique identificatif typique, et également comme visibilité, le principe de la communauté, du partage et de la cohabitation, de l’appartenance visible et en même temps globalisée. Il y a un « nous » très accentué et typique: par des habits et des activités, l’organisation et la structure juridique: pense globalement, agis localement. Et ce n’est pas seulement une accumulation matérielle transmise par l’histoire ou produite par des circonstances fortuites. C’est la source de la différenciation et de l’identification réciproque. Mais aussi une école de relations intéressante dans de nombreuses directions différentes.

Une école d’intersubjectivité. C’est la première donnée qui apparaît de toute cette variété de physionomies et de traditions. Même si à l’origine l’espace privilégié fut la solitude individuelle, très vite les expériences spontanées trouvèrent dans la cohabitation et dans la synodalité leur identité la plus naturelle. Pas tant au sens matériel de proximité des uns avec les autres, que surtout dans la conversatio, le partage de vie, de prière, de travail, de discernement, d’orientation évangélique.

Peut-être Pacôme et ses disciples étaient-ils davantage préoccupés de la discipline et de la bonne gestion ordonnée (et presque militaire) de la diversité, mais Basile avait déjà compris que la adelphòtes (« fraternité ») était une école d’authenticité et de maturité. L’insertion dans la vie commune était même pour lui le meilleur remède à l’isolement égoïste. C’est pourquoi, il voulait des fondations au milieu des gens, mixtes (hommes et femme, jeunes et personnes âgées), l’amour de la culture, l’hospitalité et l’étude.

Benoît était aussi contraire à tout individualisme vagabond (comme celui des sarabites): le monastère (qui en lui-même rappelle le moine « solitaire ») devait être un modèle de socialisation, de pactum civitatis dans un monde qui était en train de se dissoudre à cause des invasions barbares. La vie dans un monastère est un mélange ordonné et coresponsable de capacités et de caractères, d’expériences et de compétences, de réalisme et d’horizon de foi. C’est précisément les monastères qui ont jeté les bases de la civilisation démocratique du monde occidental, mais ils ont également été des laboratoires de dialogue entre cultures avec leur travail dans les scriptoria; avec la charrue, la croix et leur style de vie, ils ont enseigné à guérir les relations malades entre l’homme et la terre, entre homme et femme, entre mémoire et avenir, entre fidélité et innovation.

Une phase nouvelle et créative d’intersubjectivité a été gérée, fermentée et interprétée par le mouvement paupériste et évangélique qui fit éclore le mouvement des ordres dits mendiants, dont les franciscains sont comme le modèle paradigmatique. A la civilisation monastique des grands ensembles abbatiaux, se substitue la relation rapprochée et de proximité, itinérante et fraternelle, des frères enracinés dans le territoire, en petits groupes (couvents) présents dans les bourgs, interprètes du besoin religieux des minores, mais également impliqués dans la nouvelle demande de la religiosité populaire et insérés dans la culture plus dynamique promue par les universitates studiorum. Aujourd’hui encore, le modèle de relations instauré par les frères — avec le peuple, avec la religion populaire, avec la nature et les arts, avec la prédication itinérante et avec les voyages et les traditions — reste suggestif.

Les grandes congrégations nées à l’époque de la modernité ont offert un autre genre d’influence, toujours positive et créative: à partir des jésuites, et jusqu’aux dernières formes. Un esprit d’entreprise et de gestion remarquable à travers les écoles, les universités, les œuvres d’assistance, les entreprises missionnaires, les mille formes de diaconie. A travers cette variété a été donnée la possibilité à des hommes et des femmes d’assumer des responsabilités en tous genres, de mûrir des compétences et un esprit d’entreprise éclairés par l’idéal religieux, ainsi qu’un rôle de protagonistes en laissant une trace au niveau social — il suffit de penser à la diffusion des écoles pour les jeunes filles, à la promotion de la santé ou encore au soin des enfants et des personnes âgées — de manière durable. Ils ont travaillé en pionniers, avec une créativité et une ingéniosité qui suscitent l’émerveillement et qui aujourd’hui commencent à manquer, aussi bien en raison de la crise des vocations et de la créativité, dans une société aux changements rapides, qu’en raison de la transformation anthropologique en cours, qui exigerait un plus grand génie.

Il y a encore un avenir. Les fondations de vie consacrée plus récentes — celles des dernières décennies, pour les citer, mais pas qu’elles, car il existe également un ferment dans les institutions classiques —, examinées du point de vue de la capacité de relations, révèlent des ressources nouvelles et des initiatives qui méritent d’être soulignées.

Pour commencer, presque toutes ont la propension à dépasser les modèles classiques de la séparation entre hommes et femmes, laïcs et religieux, croyants et athées, et ainsi de suite. C’est pourquoi, il existe une capacité de relations mélangées qui rompt les tabou et les barrières, au point que ces expériences sont devenues des laboratoires de nouvelle fraternité, au-delà de toute étiquette ou classification.

En deuxième lieu, ces nouvelles expériences puisent, pour célébrer et vivre leur propre identité et projets, à des traditions religieuses et des univers culturels différents. Elles deviennent ainsi une vraie thérapie d’humanisation cosmique dont nous avons tant besoin, vue la tendance en cours à l’agressivité, au souverainisme méprisant, à l’individualisme compétitif, à la mythologie de la propre identité.

Bruno Secondin

EDITION PAPIER

 

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20 octobre 2019

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